Mon jeune ami, ton raisonnement est erroné. Cela n’a absolument rien à voir avec le capitalisme. Tu ne comprends pas la situation de la Chine à l’époque. La Chine était alors confrontée à de multiples menaces de guerre : la guerre de Corée contre les États-Unis, la guerre de l’île de Zhenbao au nord contre l’Union soviétique, la guerre contre l’Inde à l’ouest, la menace d’un conflit à l’est lié à la reprise par la force de Taïwan, ainsi que la guerre au sud contre le Vietnam soutenu par l’Union soviétique. Ces conflits impliquaient plus de 30 pays européens membres de l’OTAN, les États-Unis, l’Union soviétique et d’autres grandes puissances. À l’époque, le fait que la Chine ait réussi à assurer la paix et la prospérité de son peuple, ainsi que son bonheur et son unité, était déjà un véritable miracle. Si le contexte avait été pacifique à l’époque, le développement de la Chine aurait certainement été bien meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui.

chwpaul, le problème de ton argument, c'est la chronologie. Reprenons les guerres que tu cites :
Corée : 1950-53, soit cinq ans avant le Grand Bond en avant.
Inde : octobre-novembre 1962, un conflit frontalier d'un mois, après le pic de la famine.
Zhenbao / Damanski : mars 1969, huit ans après.
Vietnam : février-mars 1979, trois ans après la mort de Mao, en pleine ouverture, et c'est la Chine qui a attaqué.
La grande famine, elle, se situe entre 1959 et 1961. Autrement dit : sur ces trois années, la Chine n'était engagée dans aucune guerre. Et les « 30 pays de l'OTAN » n'ont jamais mené de guerre contre la Chine. Aucune des menaces que tu invoques ne couvre la période où les gens sont morts de faim.
Sur le bilan : les estimations vont de 15 à 20 millions (chiffres officiels chinois) à 36-45 millions selon Frank Dikötter, qui a dépouillé les archives provinciales.
Les causes documentées sont politiques, pas militaires : la collectivisation forcée en communes populaires, la mobilisation des paysans hors des champs pour les petits hauts-fourneaux et les grands travaux (la récolte de 1958 a pourri sur pied faute de bras), les rapports de production falsifiés par les cadres, et surtout des réquisitions d'État calculées sur ces chiffres gonflés : les récoltes de 1959 à 1961 sont déficitaires, ce qui n'empêche pas Mao d'en prélever une part plus grande.
La Chine a même continué d'exporter des céréales en 1959-60. Et à la conférence de Lushan, en 1959, Peng Dehuai, qui a osé alerter, a été purgé, ce qui a bloqué toute correction pendant deux ans.
Ce n'est pas une lecture « occidentale ». C'est en substance ce que dit la Résolution du PCC de 1981 sur certaines questions de l'histoire du Parti, qui reconnaît les « graves erreurs » du Grand Bond en avant et de la Révolution culturelle. Le Parti lui-même n'a jamais invoqué les guerres étrangères pour expliquer la famine.
Quant au tournant de 1978 : si les difficultés venaient des menaces extérieures, on ne comprend pas pourquoi Deng a choisi de changer l'organisation interne de l'agriculture, ni pourquoi ça a marché aussi vite. De 1978 à 1984, la production agricole croît de 11,1 % par an, contre 3,2 % en moyenne de 1953 à 1978.
En 1984, la Chine produit 407 millions de tonnes de céréales, plus du double du record atteint du vivant de Mao.
Mêmes terres, mêmes paysans, même climat, quasi mêmes technologies. Ce qui a changé, ce sont le système de responsabilité familiale, la hausse de 49 % des prix agricoles entre 1978 et 1982 et la liberté enfin donnée aux paysans de choisir leurs cultures.
Ajoute que 1979, c'est aussi l'année de la guerre contre le Vietnam et du maximum de tension avec l'URSS : le contexte n'était donc pas plus « pacifique » qu'avant. C'est même l'inverse de ce que tu affirmes.