Pékin vient d'annoncer un programme de garantie de prêts massif pour ses petites et moyennes entreprises. Le principe : l'État absorbe désormais 80 % du risque de défaut sur les nouveaux crédits, ne laissant que 20 % aux banques. Le plafond de prêt garanti double, passant de 10 à 20 millions de yuans par emprunteur, et une subvention de 1,5 point sur les taux d'intérêt vient compléter le dispositif. Objectif affiché : débloquer le crédit pour un tissu économique qui représente 60 % du PIB et 80 % des emplois urbains.
Les PME se retrouvent prises en étau. D'un côté, leurs clients allongent les délais de paiement pour préserver leur propre trésorerie. De l'autre, les banques refusent de prêter à des entreprises dont le collatéral immobilier a perdu une bonne partie de sa valeur. Des sociétés parfaitement viables se retrouvent au bord de l'asphyxie, non pas parce qu'elles sont mal gérées, mais parce que la liquidité ne circule plus.
En substituant une garantie souveraine à ces garanties physiques dévalorisées, l'État permet de relancer la machine. Les banques peuvent à nouveau prêter sans craindre qu'un seul défaut efface les profits de dizaines d'autres prêts. Le Fonds National de Garantie de Financement, créé en 2018, voit ainsi son rôle et sa puissance de feu considérablement élargis.
Le nouveau plafond de 20 millions de yuans (environ 2,6 millions d'euros) n'est pas anodin : il permet désormais de financer des projets de modernisation industrielle ou d'expansion, et plus seulement le fonds de roulement de survie.
Côté coût du crédit, la subvention de 1,5 point change la donne. Une PME qui obtient un prêt à 3,8 % ne paiera effectivement que 2,3 %. Dans un environnement où les entreprises peinent à répercuter leurs coûts sur leurs prix de vente, cette réduction est loin d'être symbolique.
Le programme cible d'ailleurs explicitement les PME engagées dans l'innovation et la transformation technologique. L'objectif est de faire émerger des "Petits Géants" (小巨人), ces entreprises spécialisées capables de rivaliser à l'international dans des niches industrielles. Les sociétés qui investissent fortement en R&D bénéficient d'un accès privilégié aux garanties et à des plafonds de prêt plus élevés.
Le contexte géopolitique pèse aussi dans l'équation. Avec le retour de Donald Trump et la menace de tarifs douaniers à 60 % sur les produits chinois, sécuriser le tissu productif national devient une priorité stratégique.
Le premier, c'est la "trappe à liquidité". Si la confiance ne revient pas, les PME pourraient utiliser ces prêts pour refinancer leurs dettes existantes à meilleur taux, sans investir un yuan de plus dans l'économie réelle.
Le deuxième problème est structurel : ce plan soutient l'offre, mais ne règle pas la faiblesse de la demande. Si les ménages chinois continuent d'épargner par précaution plutôt que de consommer, les entreprises auront beau avoir accès au crédit, elles n'auront personne à qui vendre.
Enfin, avec l'État qui absorbe 80 % du risque, le spectre de l'aléa moral plane. Les banques pourraient relâcher leur vigilance et distribuer des crédits à des entreprises peu viables, préparant une nouvelle vague de créances douteuses d'ici deux à trois ans.
Source : https://www.chinadailyasia.com/hk/article/627416
Pourquoi maintenant ?
Les chiffres de fin 2025 expliquent l'urgence. La croissance chinoise est tombée à 4,5 % au quatrième trimestre, son plus bas depuis la réouverture post-Covid. L'investissement immobilier s'est effondré de 17,2 % sur l'année, entraînant dans sa chute tout un écosystème de sous-traitants et fournisseurs.Les PME se retrouvent prises en étau. D'un côté, leurs clients allongent les délais de paiement pour préserver leur propre trésorerie. De l'autre, les banques refusent de prêter à des entreprises dont le collatéral immobilier a perdu une bonne partie de sa valeur. Des sociétés parfaitement viables se retrouvent au bord de l'asphyxie, non pas parce qu'elles sont mal gérées, mais parce que la liquidité ne circule plus.
Comment ça marche concrètement
Jusqu'ici, les banques chinoises exigeaient quasi systématiquement des garanties immobilières pour prêter aux petites entreprises. Avec l'effondrement du marché, ces garanties ne valent plus grand-chose. Un entrepreneur qui offrait son usine en collatéral il y a trois ans se retrouve aujourd'hui avec un actif déprécié et une capacité d'emprunt réduite à peau de chagrin.En substituant une garantie souveraine à ces garanties physiques dévalorisées, l'État permet de relancer la machine. Les banques peuvent à nouveau prêter sans craindre qu'un seul défaut efface les profits de dizaines d'autres prêts. Le Fonds National de Garantie de Financement, créé en 2018, voit ainsi son rôle et sa puissance de feu considérablement élargis.
Le nouveau plafond de 20 millions de yuans (environ 2,6 millions d'euros) n'est pas anodin : il permet désormais de financer des projets de modernisation industrielle ou d'expansion, et plus seulement le fonds de roulement de survie.
Côté coût du crédit, la subvention de 1,5 point change la donne. Une PME qui obtient un prêt à 3,8 % ne paiera effectivement que 2,3 %. Dans un environnement où les entreprises peinent à répercuter leurs coûts sur leurs prix de vente, cette réduction est loin d'être symbolique.
Une vision stratégique derrière l'urgence
Au-delà du sauvetage immédiat, Pékin poursuit une ambition plus large. La Chine cherche à tourner la page du modèle "immobilier + export" pour basculer vers ce qu'elle appelle les "Nouvelles Forces Productives de Qualité" : moins de béton, plus d'innovation technologique et de montée en gamme industrielle.Le programme cible d'ailleurs explicitement les PME engagées dans l'innovation et la transformation technologique. L'objectif est de faire émerger des "Petits Géants" (小巨人), ces entreprises spécialisées capables de rivaliser à l'international dans des niches industrielles. Les sociétés qui investissent fortement en R&D bénéficient d'un accès privilégié aux garanties et à des plafonds de prêt plus élevés.
Le contexte géopolitique pèse aussi dans l'équation. Avec le retour de Donald Trump et la menace de tarifs douaniers à 60 % sur les produits chinois, sécuriser le tissu productif national devient une priorité stratégique.
Les limites du dispositif
Plusieurs risques pèsent sur l'efficacité réelle du programme.Le premier, c'est la "trappe à liquidité". Si la confiance ne revient pas, les PME pourraient utiliser ces prêts pour refinancer leurs dettes existantes à meilleur taux, sans investir un yuan de plus dans l'économie réelle.
Le deuxième problème est structurel : ce plan soutient l'offre, mais ne règle pas la faiblesse de la demande. Si les ménages chinois continuent d'épargner par précaution plutôt que de consommer, les entreprises auront beau avoir accès au crédit, elles n'auront personne à qui vendre.
Enfin, avec l'État qui absorbe 80 % du risque, le spectre de l'aléa moral plane. Les banques pourraient relâcher leur vigilance et distribuer des crédits à des entreprises peu viables, préparant une nouvelle vague de créances douteuses d'ici deux à trois ans.
Ce qu'il faut retenir
Ce programme de 500 milliards de yuans marque un tournant pragmatique. C'est une mesure de stabilisation, pas de relance : elle devrait éviter une cascade de faillites parmi des entreprises saines mais asphyxiées. Mais la vraie reprise dépendra de la capacité du gouvernement à restaurer la confiance des ménages — un chantier autrement plus complexe.Source : https://www.chinadailyasia.com/hk/article/627416