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Le Chinois Mo Yan, Prix Nobel de littérature

Discussion dans 'Culture Chinoise' créé par lafoy-china, 11 Octobre 2012.

  1. lafoy-china

    lafoy-china Alpha & Oméga
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    L'académie suédoise salue un auteur qui «unit avec un réalisme hallucinatoire, imagination et réalité, perspective historique et sociale».

    Les bookmakers qui donnaient l'écrivain chinois Mo Yan dans les grands favoris pour le Nobel de littérature 2012 ne s'étaient donc pas trompés. Cette décision des jurés de Stockholm va sans doute réjouir la Chine qui trouve, avec celui que l'on a surnommé le «Faulkner chinois», le plus célèbre et le plus prolifique de ses écrivains, une consolation à son absence totale au palmarès du plus prestigieux prix littéraire au monde. Totale si l'on se range du côté des autorités chinoises qui ont toujours refusé de reconnaître Gao Xinjian, le Prix Nobel 2000, comme un citoyen chinois au motif qu'il était naturalisé français mais surtout que ses écrits n'étaient pas politiquement corrects.

    Né en 1955, Mo Yan, de son vrai nom Guan Moye, est originaire de Gaomi dans la province de Shandong. Enfant, le petit Moye fut renvoyé de l'école car on le jugeait «mauvais élément». Le fait que ses parents et grands-parents étaient des paysans plutôt aisés et considérés, selon ses dires, comme des «grandes gueules et des fanfarons», n'est sans doute pas étranger à cette humiliation. Toutefois, l'écrivain a reconnu avoir eu à l'époque un «franc-parler» qui pouvait expliquer la décision des autorités scolaires de le chasser. Après son renvoi, Moye retourna vivre dans la ferme de ses parents. Les famines consécutives à la Révolution culturelle lui laissent de cuisants souvenirs. À cette époque, il se nourrissait d'écorces d'arbres. Il travaillera à la ferme jusqu'à ses dix-sept ans. Et c'est sans doute là, où il s'occupe des animaux, des récoltes de sorgho et d'ail et trouve dans les paysages une forme de consolation. C'est auprès de ses grands-parents qu'il apprendra de nombreuses histoires de contes et légendes des campagnes chinoises, pleines de démons et de fantômes.

    La misère était telle que l'électricité n'arrivant pas jusqu'à son village, le seul divertissement consistait à écouter les anciens à la lueur de feux. Gamin, Moye parlait tout naturellement aux bêtes qu'il gardait et inventait des histoires fantastiques. Autant de pépites qui lui serviront plus tard, dans ses livres. Lui-même dira un jour qu'une enfance malheureuse est une source d'inspiration infinie. L'académie suédoise qui salue un auteur qui «unit avec un réalisme hallucinatoire, imagination et réalité, perspective historique et sociale» ne s'y trompe pas.

    Garçon solitaire

    À seize ans, pour fuir la misère de la campagne, il essaie d'être incorporé dans l'Armée du peuple. Son «origine de classe» le desservant, il n'y parvient pas et se voit contraint d'aller travailler dans une usine de coton. Il lui faudra attendre quatre ans avant d'être enfin intégré à l'armée. Garçon solitaire, taiseux, il songe déjà à devenir écrivain. En plus de la nourriture, l'armée lui offre le temps pour pouvoir écrire, entre deux tours de garde et les corvées habituelles.

    L'armée lui permet également de reprendre des études interrompues. En 1981, il publie son premier roman Le Radis de cristal, l'histoire d'un gamin silencieux qui décrit sa campagne avec poésie. Curieusement, il choisit comme nom de plume Mo Yan qui signifie en chinois «Celui qui ne parle pas». C'est le début d'une carrière de trente ans jalonnée par la publication de quelque 80 livres (romans, nouvelles, essais).

    En 1984, Mo Yan entre au département de littérature de l'institut de l'armée. Deux ans, plus tard il publie Le Clan du sorgho, histoire de la révolte héroïque d'un village contre l'invasion japonaise. Un thème souvent abordé dans son œuvre. Le cinéaste Zeng Yimou le portera à l'écran sous le titre Le Sorgho rouge, film qui obtiendra l'ours d'or à Berlin, en 1988. Mo Yan rencontre le succès.

    Manier l'humour et la satire


    L'impossibilité d'écrire librement sous l'ère Mao se transforme peu à peu avec les réformes menées par les dirigeants au pouvoir et le premier d'entre eux, Deng Xiao Ping, qui encourage une certaine forme d'initiative individuelle et d'enrichissement. Un thème que Mo Yan abordera dans La Dure Loi du karma, énorme roman mettant en scène la réincarnation en différents animaux d'un pauvre bougre. L'occasion pour l'écrivain de manier l'humour et la satire, tout en suivant l'évolution d'une Chine passée de la «libération» maoïste, à la Révolution culturelle et enfin à l'époque marchande actuelle.

    Au même moment, la Chine s'ouvre aux grandes œuvres littéraires occidentales. Mo Yan dévore pêle-mêle Balzac, Proust, Zola, Stendhal, Maupassant, le Nouveau Roman, Michel Tournier. Mais c'est avec Kafka, Faulkner, Garcia Marquez et son réalisme magique qu'il trouve ses plus grandes influences.
    Le mélange du réel et du fabuleux le ravit. Pour autant, son désir n'est pas de copier le roman occidental mais plutôt d'imaginer des histoires qui reflètent vraiment la Chine. Pour passer à travers les mailles d'une censure toujours active, Mo Yan utilise les techniques du conte et de la fable.

    Au-delà du féerique et des métaphores, l'écrivain ne se prive pas d'accabler la bureaucratie et les dérives communistes. Il a trouvé sa voie. En l'espace de quelques années, il va publier de grands livres comme Le Pays de l'alcool en 1993, parodie de polar dans laquelle il imagine un trafic de chair d'enfants et de cannibalisme. Imaginant un roman dans le roman, Mo Yan fait l'apologie de l'alcool et de la dive bouteille toute rabelaisienne, montrant les mafieux tout comme les cadres du parti s'enivrer à mort.

    Se consacrer à son art

    En 1995, il connaît quelques ennuis avec la censure en publiant Beaux seins, belles fesses, l'épopée d'une paysanne et de ses neuf enfants, huit filles et un garçon qui refuse de quitter son sein jusqu'à l'âge de douze ans. Obsédé par les poitrines, il finira au cours des années 1990 plus libérales par créer une usine de soutiens-gorge. Une fois encore, Mo Yan en profite pour dérouler tout le XXe siècle chinois de l'invasion japonaise jusqu'au capitalisme sans borne d'aujourd'hui. Ce livre de 832 pages laisse le lecteur pantois tant son souffle est épique et regorge de personnages hauts en couleur et de scènes de violence, de drôlerie. La censure reprochera à Mo Yan d'avoir mis sur le même plan la cruauté des communistes et des soldats du Guomindang, parti opposant.

    Depuis quelques années, Mo Yan cherche à se renouveler et à ne pas faire comme un John Irving écrivant sans cesse le même livre. L'écrivain constate qu'avec l'arrivée de la société marchande, l'élévation du niveau de vie, la prolifération des médias, la politisation connaît une forte décrue et le rôle de l'écrivain tend à disparaître. L'écrivain aujourd'hui n'a plus, à ses yeux, le devoir de parler au nom du peuple mais de se consacrer uniquement à son art, quitte à ne plus avoir qu'un petit nombre de lecteurs. En France, les livres de Mo Yan sont traduits depuis 1990.

    Dix-huit titres (seulement!) sont disponibles à ce jour, quelques-uns chez Philippe Picquier, la plupart aux éditions du Seuil qui publient ces jours-ci Le Veau et Le Coureur de fond , deux nouvelles datant de 1998.

    Source :http://www.lefigaro.fr/livres/2012/...-chinois-mo-yan-prix-nobel-de-litterature.php


    En 2008, dans la grande série d'été du Figaro proposant 30 nouvelles d'écrivains du monde entier commençant par la même phrase de l'Odyssée d'Homère, Mo Yan avait donné un texte de son cru intitulé Le Viel Homme et le château bleu .
     
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    #1 lafoy-china, 11 Octobre 2012
    Dernière édition: 11 Octobre 2012

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