Chanter en Chine pendant la pandémie de Covid-19 / Par Sarah Defoin-Merlin, doctorante en géographie - université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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02/03/2021

Le chant est omniprésent en Chine : dans la rue, à la télévision, à l'école, au sein du Parti. À partir d'une promenade sonore dans un quartier de Shanghai, l'autrice montre le rôle joué par le chant lors de la pandémie de Covid-19, qui l'a contrainte à inventer un « terrain à distance ». Le chant est utilisé autant pour témoigner du soutien de la population aux personnes mobilisées pendant la crise sanitaire que comme élément rassembleur par la suite, le tout fortement encadré par la communication officielle des autorités.

Sommaire
  1. 1. De l'étude du chant comme géo-indicateur de l'organisation socio-spatiale de la métropole shanghaienne à la réalisation d'un terrain virtuel à distance
  2. 2. Au cœur de la crise sanitaire chinoise : le chant entre encouragements et promotion des mesures gouvernementales
  3. 3. Une fois la phase la plus critique passée, le chant : une manière de repartir .
Extrait : Mardi 31 décembre 2019, 15h45, dans une rapide brève, les téléspectateurs du Canal 13 de la Télévision Centrale de Chine (CCTV 13) apprennent l’existence de 27 cas de pneumonies d’origine virale inconnue à Wuhan.
Lundi 20 janvier 2020, 21h00, lors du journal diffusé sur la CCTV 4, le décompte des cas inquiète. Stabilisé à 44 depuis le 17 janvier, le nombre total passe à 224 en à peine une journée avec Pékin et le Guangdong comme nouveaux foyers. La Thaïlande, le Japon et la Corée du Sud commencent également à être touchés. Le président Xi Jinping puis le premier ministre Li Keqiang s’expriment pour la première fois publiquement à ce sujet.
Jeudi 23 janvier 2020, 10h00, la suspension de tous les moyens de circulation est décrétée à Wuhan. Les habitants ont interdiction de sortir sans raison impérative. Le nouveau coronavirus continue son expansion : États-Unis, Taïwan, Singapour, Vietnam puis, du 24 janvier au 31 janvier, France, Népal, Canada, et Cambodge sont entre autres touchés (Kamps, Hoffmann, 2020).

Concomitantes au virus, c’est ensuite la stratégie de défense chinoise et ses conséquences qui se répandent. À partir du 10 mars 2020, suivant l’exemple de l’Italie, les pays européens se confinent. Des pratiques de sociabilité nouvelles, venues de Chine, émergent là où la population se voit dans l’obligation de rester chez elle. L’idée, partie de Wuhan, de se « réunir » tous les soirs à distance pour s’encourager mutuellement, se propage selon une vitesse et des destinations identiques à celles du Covid-19. En Italie, puis en Espagne et en France les voisins se donnent à leur tour rendez-vous le soir pour discuter, chanter et jouer de la musique. Certaines de ces images sont relayées sur des chaînes d’informations chinoises. La New China TV indique ainsi dans une vidéo publiée le 15 mars 2020 que plusieurs Italiens crient « Merci la Chine » depuis leur balcon en signe de reconnaissance pour la dépêche sur place d’une équipe d’experts médicaux. Seraient ensuite chantés l’hymne national italien et parfois même l’hymne chinois. Si l’on peut douter de cette dernière affirmation, elle illustre, néanmoins, comment un chant, même en étant seulement mentionné, peut servir l’image de la Chine, ici en promouvant auprès de sa population sa grandeur influente jusqu’en Europe.

Le propos central de cet article sera de montrer en quoi la crise du Covid-19 rend d’autant plus visible la place structurante du chant dans la vie quotidienne chinoise et son utilisation par le pouvoir comme moyen de légitimation et outil de propagande. Les restrictions de circulation puis la fermeture des frontières nous ont amené à envisager autrement un sujet de recherche initialement centré sur le chant comme géo-indicateur de l’organisation socio-spatiale shanghaienne. Les éléments exposés ici ont été récoltés virtuellement et à distance depuis décembre 2019, sur la base des moyens de communication officiels chinois, ainsi que par l'intermédiaire de contacts sur place.

Dans une première partie, après être revenue sur l’intérêt de s’appuyer sur le chant pour mieux comprendre le fonctionnement de la société chinoise, nous soulignerons les spécificités méthodologiques d’une approche géo-musicale dans un contexte de crise sanitaire rendant l’accès au terrain impossible. Nous montrerons dans un second temps que, dès le début de la lutte contre le coronavirus, le chant a spontanément été mobilisé par la population et les artistes pour s’encourager à tenir ensemble. La récupération politique de telles initiatives et le recours au chant comme outil de soft power et signe de reprise de la vie économique et culturelle, une fois le cœur de la crise passé, seront abordés dans une troisième partie.

Suite de l'analyse >>>


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