Je m’accroupis et ouvris ma valise dans laquelle se trouvaient absolument tous les papiers de
notre société. Mr Canon avait une vue plongeante sur tous les tampons officiels ainsi que sur la licence
d’exploitation de Tian Fu An. Tout le monde trouvait Mr Canon était extrêmement tendu. Pour d’étendre
l’atmosphère, Anne pointa le doigt vers la valise et dit « ça, c’est notre valise RTL ». Au même moment, je
continuais à chercher les cartes consulaires dans la valise. Comme j’étais accroupi, j’apercevais le badge
pendant au cou de Mr Canon. Son badge tremblait ! Comme je ne trouvais pas rapidement ces deux
cartes, il me proposa de m’aider. Je lui tendis la moitié de la pile de papiers qu’il mit sur son bureau.
Anne et Maman fixaient les mains de Mr Canon. En quelques secondes, il trouva les deux cartes. Je
m’exclamais : « Ah, ça c’est la chance des débutants ! ». Et tout le monde rigola. La blague
tomba juste à point pour détendre Mr Canon. Avant cela, il nous semblait qu’il allait défaillir. Il me rendit
alors la pile de documents et je les rangeais dans la valise. Personne, chez la famille Gou, ne les avait
lâchés du regard. Je remis tout en place, referma la valise et alla me rasseoir, la valise à mes pieds. La
plaisanterie sur la valise RTL n’avait pas suffi. Le crayon que tenait Mr Canon tremblait. Il commença à
entrer des informations dans son ordinateur. Pendant ce temps, Anne remarqua qu’un français
était entré dans la salle de réunion qui faisait face au bureau dans lequel nous étions. Cette personne semblait
nous regarder et après un instant d’hésitation, elle rebroussa chemin et quitta la salle de réunion.
Mr Canon, entre-temps, avait imprimé les deux papiers officiels qu’il signa et tamponna. À aucun moment, il
n’avait fait de commentaire sur notre situation pourtant calamiteuse. Il nous demanda quand même ce que nous
comptions faire en France. Nous lui avons répondu que nous allions écrire un livre. Il rétorqua, que, de toute
façon, il ne fallait pas nous faire d’illusions, notre hameau était très probablement déjà utilisé.
Qu’importe, cela nous arrangeait ! Nous possédions les titres de propriété du hameau, nous connaissions les
coordonnées GPS de celui-ci. Si quelqu’un utilisait notre hameau, toute la planète saurait que les chinois
sont des voleurs. Ils n’avaient qu’à attendre trente-six ans que le terrain leur revienne !
Tout était dit. La réunion se termina et Mr Canon nous raccompagna vers la sortie. En traversant la salle
commune, nous avons eu le temps de remarquer un fait étrange. Il nous semblait que la tension était
retombée, et plus surprenant encore, le personnel chinois du consulat nous souriait. Elles nous
regardaient avec bienveillance et amusement. Une fois sortis du consulat, Mr Canon nous rattrapa
en courant. Il nous dit avoir omis de coller les timbres fiscaux sur nos documents. Il les récupéra, courra dans
son bureau et alla s’exécuter. Deux minutes plus tard, il nous les rendit dument timbrés. En attendant
l’ascenseur, une petite dame boulotte, avec une pile de documents dans les bras, visiblement française nous
rejoignis. Elle attendait elle aussi l’ascenseur. Anne avait remarqué que cette dame semblait bien nerveuse.
Une fois tout le monde dans l’ascenseur, Maman s’exclama : « On va bien rigoler à raconter tout ça en
France ». À ces mots, la petite dame tressaillit et se jeta vers la sortie dès que les portes s’ouvrirent.
Le soir même nous étions dans l’avion.