L'Index IA 2026 publié par Stanford HAI le 13 avril confirme ce que plusieurs classements signalaient depuis un an : la Chine a comblé l'essentiel de son retard sur les États-Unis en performance des modèles. L'écart est tombé à 2,7 points de pourcentage en mars 2026, contre 17 à 32 points fin 2023. Sur les publications, les brevets et l'automatisation industrielle, la Chine est déjà en tête.
Ce chiffre est une photographie, pas une tendance linéaire. En février 2025, DeepSeek-R1 avait brièvement égalé le meilleur modèle américain avant d'être dépassé. Depuis, les tops chinois et américains se sont échangé la première place à plusieurs reprises. Les auteurs du rapport notent eux-mêmes que la course ne se résume plus à la performance brute : selon l'indicateur consulté, le leader change.
Sur le nombre de modèles notables publiés, les États-Unis restent devant (50 contre 30 en 2025), mais l'écart s'est resserré par rapport à 2024 (40 contre 15). La quasi-totalité de ces modèles vient désormais du secteur privé, avec une transparence en recul : sur les 95 modèles les plus marquants de 2025, 80 ont été publiés sans leur code d'entraînement.
Sur les brevets ensuite, l'écart devient massif. Près de 70 % des brevets IA délivrés dans le monde le sont en Chine. Stanford nuance en rappelant que les brevets américains conservent un impact réel supérieur, mais le volume signale où se construit la prochaine génération de propriété intellectuelle.
Sur la robotique industrielle, la domination est sans débat. La Chine a installé 295 000 robots industriels en 2024, soit 51,1 % des installations mondiales. Le Japon suit loin derrière avec 44 500 unités, les États-Unis avec 34 200, autour de 3 % du total.
Dernier terrain, l'infrastructure publique : la Chine dispose de 85 supercalculateurs IA ouverts au public, plus du double de l'Amérique du Nord, et le premier parc mondial.
Cette diffusion n'est pas laissée au hasard. Le Conseil des affaires d'État a publié en août 2025 une feuille de route "IA Plus" visant 70 % d'adoption des dispositifs IA dans les grands secteurs d'ici 2027, et plus de 90 % d'ici 2030. La SASAC pousse l'intégration dans les entreprises d'État, et la logique appliquée ressemble à celle qui avait structuré la montée manufacturière chinoise : déployer vite, massivement, quitte à itérer ensuite.
Les usages ne sont pas non plus les mêmes qu'aux États-Unis. Le marché chinois est décrit par l'ancien dirigeant d'OpenAI Zack Kass comme "techno-centré sur le consommateur" : adoption rapide côté grand public, plus lente côté grandes entreprises traditionnelles, à l'inverse du schéma américain. Les assistants de code, les agents conversationnels, les avatars de livestream e-commerce, les fonctions embarquées dans les véhicules électriques sont déjà massivement présents dans le quotidien.
Mais un autre curseur s'est retourné : celui du talent. Le nombre de chercheurs et développeurs IA entrant aux États-Unis a chuté de 89 % depuis 2017, dont 80 % sur la seule dernière année, selon les chiffres de l'Index. La relève du programme H-1B, désormais assortie d'un droit de 100 000 dollars par embauche, a tari le flux. Côté inverse, CNN recensait 85 scientifiques américains ayant rejoint à temps plein des institutions chinoises depuis début 2025, la moitié sur la seule année en cours.
Une analyse de Stanford HAI sur l'équipe de DeepSeek a montré qu'une part significative de ses chercheurs clés avait été formée aux États-Unis avant de rentrer en Chine. Le rapport suggère que restreindre le flux entrant ne protège pas forcément l'avance américaine : cela peut aussi en accélérer le transfert.
Pour les entreprises françaises installées en Chine, la question n'est plus de choisir entre outils occidentaux ou chinois, mais de composer avec les deux. Les équipes locales utilisent couramment des modèles domestiques pour les tâches internes, tandis que les sièges continuent de s'appuyer sur l'offre américaine ou européenne. Cette dualité pose des questions concrètes de souveraineté des données, de conformité, de compatibilité des workflows, qui reviennent de plus en plus dans les comités RH et IT.
Un dernier point à garder en tête : l'Index ne déclare pas de vainqueur. Il documente, sur 400 pages, que la course n'est plus à sens unique, et que la réponse à "qui mène ?" dépend désormais de la page consultée.
Et vous ? Utilisez-vous des modèles chinois (DeepSeek, Qwen, Kimi, Doubao) au quotidien dans votre travail en Chine ? Avez-vous observé le basculement dans votre secteur ou dans vos équipes locales ?
| Indicateur | Chine | USA |
|---|---|---|
| Écart sur benchmarks (mars 2026) | -2,7 pts | Leader |
| Modèles notables publiés en 2025 | 30 | 50 |
| Brevets IA délivrés (part mondiale) | 69,7 % | - |
| Publications IA (part mondiale) | 23,2 % | - |
| Robots industriels installés (2024) | 295 000 | 34 200 |
| Investissement privé IA en 2025 | 12,4 Md $ | 285,9 Md $ |
| Adoption IA en milieu professionnel | >80 % | ~58 % |
Un écart qui se compte désormais en points, plus en dizaines de points
Stanford mesure chaque année la performance des modèles sur des tests standards (MMLU, MATH, HumanEval, Humanity's Last Exam). Fin 2023, le meilleur modèle américain devançait son équivalent chinois de 17,5 à 31,6 points selon les tests. Fin 2024, ces écarts étaient déjà ramenés entre 0,3 et 3,7 points. En mars 2026, l'écart global n'est plus que de 2,7 points.Ce chiffre est une photographie, pas une tendance linéaire. En février 2025, DeepSeek-R1 avait brièvement égalé le meilleur modèle américain avant d'être dépassé. Depuis, les tops chinois et américains se sont échangé la première place à plusieurs reprises. Les auteurs du rapport notent eux-mêmes que la course ne se résume plus à la performance brute : selon l'indicateur consulté, le leader change.
Sur le nombre de modèles notables publiés, les États-Unis restent devant (50 contre 30 en 2025), mais l'écart s'est resserré par rapport à 2024 (40 contre 15). La quasi-totalité de ces modèles vient désormais du secteur privé, avec une transparence en recul : sur les 95 modèles les plus marquants de 2025, 80 ont été publiés sans leur code d'entraînement.
Là où la Chine est déjà clairement devant
Le rapport identifie quatre terrains où la bascule est déjà faite. Sur les publications scientifiques d'abord : la Chine signe 23,2 % de la production mondiale en IA et récolte 22,6 % des citations. Sur le top 100 des papiers les plus cités, sa part est passée de 33 en 2021 à 41 en 2024.Sur les brevets ensuite, l'écart devient massif. Près de 70 % des brevets IA délivrés dans le monde le sont en Chine. Stanford nuance en rappelant que les brevets américains conservent un impact réel supérieur, mais le volume signale où se construit la prochaine génération de propriété intellectuelle.
Sur la robotique industrielle, la domination est sans débat. La Chine a installé 295 000 robots industriels en 2024, soit 51,1 % des installations mondiales. Le Japon suit loin derrière avec 44 500 unités, les États-Unis avec 34 200, autour de 3 % du total.
Dernier terrain, l'infrastructure publique : la Chine dispose de 85 supercalculateurs IA ouverts au public, plus du double de l'Amérique du Nord, et le premier parc mondial.
Une adoption qui s'ancre dans le tissu économique
Le différentiel le plus frappant pour qui vit en Chine n'est pas dans les benchmarks. C'est dans la diffusion. L'Index rapporte que plus de 80 % des actifs chinois utilisent l'IA dans un cadre professionnel, contre 58 % en moyenne mondiale. Côté industrie, 67 % des entreprises manufacturières chinoises ont déployé l'IA en production, contre 34 % de leurs homologues américaines selon une étude Deloitte reprise par le rapport.Cette diffusion n'est pas laissée au hasard. Le Conseil des affaires d'État a publié en août 2025 une feuille de route "IA Plus" visant 70 % d'adoption des dispositifs IA dans les grands secteurs d'ici 2027, et plus de 90 % d'ici 2030. La SASAC pousse l'intégration dans les entreprises d'État, et la logique appliquée ressemble à celle qui avait structuré la montée manufacturière chinoise : déployer vite, massivement, quitte à itérer ensuite.
Les usages ne sont pas non plus les mêmes qu'aux États-Unis. Le marché chinois est décrit par l'ancien dirigeant d'OpenAI Zack Kass comme "techno-centré sur le consommateur" : adoption rapide côté grand public, plus lente côté grandes entreprises traditionnelles, à l'inverse du schéma américain. Les assistants de code, les agents conversationnels, les avatars de livestream e-commerce, les fonctions embarquées dans les véhicules électriques sont déjà massivement présents dans le quotidien.
Le paradoxe : les États-Unis mènent au capital, décrochent sur le talent
Sur deux terrains structurants, les États-Unis conservent une avance nette. L'investissement privé en IA y a atteint 285,9 milliards de dollars en 2025, soit 23 fois le montant chinois déclaré de 12,4 milliards, même si Stanford précise que cette comparaison sous-estime probablement l'effort public chinois. Côté infrastructure, environ 75 % de la puissance de calcul GPU mondiale reste contrôlée depuis les États-Unis, et la chaîne d'approvisionnement en puces de pointe dépend d'une seule fonderie, TSMC à Taïwan.Mais un autre curseur s'est retourné : celui du talent. Le nombre de chercheurs et développeurs IA entrant aux États-Unis a chuté de 89 % depuis 2017, dont 80 % sur la seule dernière année, selon les chiffres de l'Index. La relève du programme H-1B, désormais assortie d'un droit de 100 000 dollars par embauche, a tari le flux. Côté inverse, CNN recensait 85 scientifiques américains ayant rejoint à temps plein des institutions chinoises depuis début 2025, la moitié sur la seule année en cours.
Stanford HAI a dit:Les décideurs doivent réinvestir pour attirer et retenir les meilleurs talents mondiaux en IA.
Une analyse de Stanford HAI sur l'équipe de DeepSeek a montré qu'une part significative de ses chercheurs clés avait été formée aux États-Unis avant de rentrer en Chine. Le rapport suggère que restreindre le flux entrant ne protège pas forcément l'avance américaine : cela peut aussi en accélérer le transfert.
Ce que ça signifie concrètement
Pour qui lit depuis Shanghai, Pékin, Shenzhen ou Chengdu, le rapport met des chiffres sur une réalité déjà tangible. Les modèles chinois comme DeepSeek, Qwen, Kimi ou l'agent OpenClaw de Tencent sont devenus des outils courants dans les équipes tech locales. Les assistants embarqués dans les véhicules, les applications financières, les plateformes e-commerce ne sont plus en rattrapage mais souvent en avance sur leurs équivalents occidentaux en matière de fluidité d'usage.Pour les entreprises françaises installées en Chine, la question n'est plus de choisir entre outils occidentaux ou chinois, mais de composer avec les deux. Les équipes locales utilisent couramment des modèles domestiques pour les tâches internes, tandis que les sièges continuent de s'appuyer sur l'offre américaine ou européenne. Cette dualité pose des questions concrètes de souveraineté des données, de conformité, de compatibilité des workflows, qui reviennent de plus en plus dans les comités RH et IT.
Un dernier point à garder en tête : l'Index ne déclare pas de vainqueur. Il documente, sur 400 pages, que la course n'est plus à sens unique, et que la réponse à "qui mène ?" dépend désormais de la page consultée.
- Stanford HAI, 2026 AI Index Report, publié le 13 avril 2026 : https://hai.stanford.edu/ai-index/2026-ai-index-report
- IEEE Spectrum, "Stanford's AI Index for 2026 Shows the State of AI", 15 avril 2026
- SiliconANGLE, "China has erased the US lead in AI, Stanford H