Depuis février 2026, les deux principales métropoles chinoises appliquent à la lettre les multiplicateurs salariaux qui conditionnent l'une des voies d'accès aux permis de travail de catégories A et B. Un dossier déposé sur ce seul critère et qui n'atteint pas le montant exact est désormais rejeté automatiquement par le système national. Voici ce qui change, et pourquoi la plupart des candidats diplômés ne sont pas concernés par ces montants.
Ce qui a changé, c'est le contrôle. Pendant plusieurs années, Pékin et Shanghai ont appliqué ces seuils avec souplesse, notamment durant la période pandémique, dans une logique d'attractivité. Le 3 février 2026, Shanghai a mis à jour son système en ligne de gestion des permis de travail. Le 4 février, le Centre pékinois pour les talents étrangers a publié une nouvelle version de sa lettre d'engagement salarial, assortie d'une responsabilité explicite en cas de fausse déclaration. Depuis le 5 février, les montants sont vérifiés directement dans le système national.
Les seuils n'avaient pas bougé depuis 2017. Leur réindexation sur les salaires sociaux moyens de 2025, soit 11 937 RMB par mois à Pékin et 12 434 RMB à Shanghai, produit mécaniquement un saut d'environ 50 %. Sur une base annuelle, la voie salariale de la catégorie A exige désormais 859 464 RMB à Pékin et 895 248 RMB à Shanghai, la catégorie B respectivement 572 976 et 596 832 RMB.
Les mesures ont pris effet au 1er janvier 2026 selon le cabinet Morgan Lewis, mais n'ont été rendues visibles qu'en février, au moment de la mise à jour du portail. Plusieurs dossiers déposés en début d'année ont donc été instruits sous un régime que ni les employeurs ni les candidats ne connaissaient encore.
Les autres voies d'éligibilité sont ouvertes et échappent entièrement à ces montants. Pour la catégorie B, trois portes alternatives suffisent, chacune à elle seule : un diplôme de niveau licence ou supérieur assorti d'au moins deux ans d'expérience professionnelle, une certification professionnelle reconnue internationalement, ou un score d'au moins 60 points au barème d'évaluation. Ce barème attribue jusqu'à 20 points pour la rémunération rapportée à la moyenne locale, 15 pour le diplôme, 15 pour l'expérience, 10 pour l'âge avec un maximum entre 26 et 45 ans, 10 pour un niveau HSK 4 ou supérieur, 10 pour une affectation en zone de développement national et 10 pour les brevets ou distinctions. La catégorie A commence à 85 points.
Le salaire ne disparaît pas pour autant. Le contrat doit rester cohérent et crédible au regard du poste, et une rémunération dérisoire peut attirer l'attention de l'administration. Mais par ces voies-là, il n'existe plus de montant-plancher couperet : le salaire compte pour quelques points, il n'est plus une barrière.
Pour un cadre français diplômé avec quelques années d'expérience, c'est donc presque toujours la voie du diplôme ou des points qui s'applique, et le chiffre de 6 000 € mensuels devient sans objet. La voie salariale sert avant tout aux profils qui n'ont ni le diplôme ni l'expérience requis mais que l'employeur veut faire embaucher rapidement en compensant par une rémunération élevée. Shanghai a par ailleurs élargi son dispositif en février, avec une liste de professions prioritaires couvrant les circuits intégrés, la biomédecine, l'intelligence artificielle et la finance.
La mise à jour de février s'est accompagnée d'autres durcissements techniques qui piègent les dossiers pour des raisons administratives. La rubrique « expérience professionnelle » est devenue « parcours professionnel et éducatif » et doit couvrir les dix dernières années sans aucune interruption, périodes de chômage comprises : un mois manquant génère une erreur système. Les noms ne peuvent contenir que les 26 lettres de l'alphabet latin et des séparateurs simples, ce qui pose un problème direct aux patronymes français comportant des caractères accentués. Toutes les pièces jointes, sauf le passeport, doivent être au format PDF.
Deux points méritent une vigilance particulière. Si un permis expire pendant l'instruction d'une prolongation, d'une modification ou d'une annulation, le système clôture automatiquement le dossier et invalide le permis. Et la limite d'âge de 60 ans pour les catégories B et C, longtemps appliquée avec discernement, fait désormais l'objet de refus systématiques : au delà, seul un basculement vers la catégorie A permet de poursuivre une activité.
Le délai moyen national est passé de quinze à vingt jours ouvrés à environ six jours, Shanghai traitant fréquemment en trois jours. Le nombre de déplacements physiques est tombé de trois ou quatre à un au maximum, voire zéro dans certaines villes. Depuis le 1er décembre 2024, la carte de permis de travail distincte a disparu au profit de la Join in Card, qui intègre l'information dans la carte de sécurité sociale, avec une version électronique consultable en anglais depuis l'application dédiée.
Les délais externes, eux, n'ont pas bougé. L'authentification du diplôme et du casier judiciaire prend toujours quatre à huit semaines, ce qui reste la principale source de retard.
Pour les employeurs, le calendrier compte autant que le montant. Une demande de renouvellement se dépose 30 à 60 jours avant l'expiration, mais les cabinets de mobilité internationale recommandent de traiter les cas sensibles plusieurs mois à l'avance, avec une marge de 15 à 20 % au dessus du seuil pour ceux qui restent sur la voie salariale.
Reste une inconnue de calendrier. Les seuils actuels reposent sur les salaires moyens de 2025. Leur publication annuelle par les bureaux statistiques locaux entraînera une nouvelle révision, et le cabinet Fragomen relevait dès avril que d'autres villes pourraient à leur tour aligner leurs exigences. Les moyennes de référence 2025 hors des deux capitales économiques donnent un ordre de grandeur : 9 183 RMB pour le Guangdong, 8 433 RMB pour le Zhejiang, 8 254 RMB pour le Jiangsu. À multiplicateur identique, une demande de catégorie B par la voie salariale à Shenzhen se situerait autour de 36 700 RMB mensuels, contre 49 736 RMB à Shanghai.
Votre dossier a-t-il été affecté ? Renouvellement retardé, reclassement, bascule vers la voie des points : partagez votre expérience en commentaire, elle sera utile à ceux qui aborderont l'échéance dans les prochains mois.
| Ville | Catégorie | Salaire mensuel minimum (voie salariale) | Équivalent | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Pékin | A (haut niveau) | 71 622 RMB | environ 9 280 € | +51 % |
| Pékin | B (professionnel) | 47 748 RMB | environ 6 190 € | +51 % |
| Shanghai | A (haut niveau) | 74 604 RMB | environ 9 660 € | +49 % |
| Shanghai | B (professionnel) | 49 736 RMB | environ 6 440 € | +49 % |
Une règle ancienne, une application nouvelle
Le principe n'est pas neuf. La circulaire de 2017 sur la mise en œuvre générale du système de permis de travail pour les étrangers prévoyait déjà une voie d'accès rapide dite « engagement salarial » : un ressortissant étranger dont la rémunération mensuelle atteint six fois le salaire social moyen local peut prétendre à la catégorie A, quatre fois pour la catégorie B. L'intérêt de cette voie tient à sa simplicité, puisqu'elle réduit fortement le volume de pièces à fournir et raccourcit les délais d'approbation.Ce qui a changé, c'est le contrôle. Pendant plusieurs années, Pékin et Shanghai ont appliqué ces seuils avec souplesse, notamment durant la période pandémique, dans une logique d'attractivité. Le 3 février 2026, Shanghai a mis à jour son système en ligne de gestion des permis de travail. Le 4 février, le Centre pékinois pour les talents étrangers a publié une nouvelle version de sa lettre d'engagement salarial, assortie d'une responsabilité explicite en cas de fausse déclaration. Depuis le 5 février, les montants sont vérifiés directement dans le système national.
Les seuils n'avaient pas bougé depuis 2017. Leur réindexation sur les salaires sociaux moyens de 2025, soit 11 937 RMB par mois à Pékin et 12 434 RMB à Shanghai, produit mécaniquement un saut d'environ 50 %. Sur une base annuelle, la voie salariale de la catégorie A exige désormais 859 464 RMB à Pékin et 895 248 RMB à Shanghai, la catégorie B respectivement 572 976 et 596 832 RMB.
China Briefing a dit:Les systèmes locaux bloquent automatiquement les dossiers qui n'atteignent pas ces montants.
Les mesures ont pris effet au 1er janvier 2026 selon le cabinet Morgan Lewis, mais n'ont été rendues visibles qu'en février, au moment de la mise à jour du portail. Plusieurs dossiers déposés en début d'année ont donc été instruits sous un régime que ni les employeurs ni les candidats ne connaissaient encore.
La nuance décisive : ces seuils ne concernent qu'une seule voie
C'est le point le plus souvent perdu dans la couverture de cette réforme, et il change tout. Les multiplicateurs de six et quatre fois ne s'appliquent que si le candidat demande son classement sur le seul critère du salaire. Concrètement, la voie salariale consiste à dire à l'administration : « je ne coche pas nécessairement les autres cases, mais ma rémunération atteint le multiplicateur, classez-moi sur cette base. » En échange, le dossier est plus léger et l'instruction plus rapide. C'est un raccourci, pas la norme, et c'est précisément pour cela que le seuil est haut.Les autres voies d'éligibilité sont ouvertes et échappent entièrement à ces montants. Pour la catégorie B, trois portes alternatives suffisent, chacune à elle seule : un diplôme de niveau licence ou supérieur assorti d'au moins deux ans d'expérience professionnelle, une certification professionnelle reconnue internationalement, ou un score d'au moins 60 points au barème d'évaluation. Ce barème attribue jusqu'à 20 points pour la rémunération rapportée à la moyenne locale, 15 pour le diplôme, 15 pour l'expérience, 10 pour l'âge avec un maximum entre 26 et 45 ans, 10 pour un niveau HSK 4 ou supérieur, 10 pour une affectation en zone de développement national et 10 pour les brevets ou distinctions. La catégorie A commence à 85 points.
Le salaire ne disparaît pas pour autant. Le contrat doit rester cohérent et crédible au regard du poste, et une rémunération dérisoire peut attirer l'attention de l'administration. Mais par ces voies-là, il n'existe plus de montant-plancher couperet : le salaire compte pour quelques points, il n'est plus une barrière.
Pour un cadre français diplômé avec quelques années d'expérience, c'est donc presque toujours la voie du diplôme ou des points qui s'applique, et le chiffre de 6 000 € mensuels devient sans objet. La voie salariale sert avant tout aux profils qui n'ont ni le diplôme ni l'expérience requis mais que l'employeur veut faire embaucher rapidement en compensant par une rémunération élevée. Shanghai a par ailleurs élargi son dispositif en février, avec une liste de professions prioritaires couvrant les circuits intégrés, la biomédecine, l'intelligence artificielle et la finance.
Les renouvellements sont le vrai point de tension
Un salarié déjà titulaire d'un permis valide mais dont le classement reposait sur la voie salariale peut se retrouver dans trois situations au moment du renouvellement. Le reclassement de la catégorie A vers la catégorie B, qui impose de produire des pièces jusqu'ici non exigées comme l'authentification du diplôme ou le certificat de casier judiciaire. L'allongement des délais lié à ces vérifications supplémentaires. Le rejet pur et simple si l'ajustement salarial ne peut être ni justifié ni mis en œuvre avant l'échéance. Là encore, basculer vers la voie du diplôme ou des points est souvent la solution.La mise à jour de février s'est accompagnée d'autres durcissements techniques qui piègent les dossiers pour des raisons administratives. La rubrique « expérience professionnelle » est devenue « parcours professionnel et éducatif » et doit couvrir les dix dernières années sans aucune interruption, périodes de chômage comprises : un mois manquant génère une erreur système. Les noms ne peuvent contenir que les 26 lettres de l'alphabet latin et des séparateurs simples, ce qui pose un problème direct aux patronymes français comportant des caractères accentués. Toutes les pièces jointes, sauf le passeport, doivent être au format PDF.
Deux points méritent une vigilance particulière. Si un permis expire pendant l'instruction d'une prolongation, d'une modification ou d'une annulation, le système clôture automatiquement le dossier et invalide le permis. Et la limite d'âge de 60 ans pour les catégories B et C, longtemps appliquée avec discernement, fait désormais l'objet de refus systématiques : au delà, seul un basculement vers la catégorie A permet de poursuivre une activité.
En contrepoint, une procédure nettement simplifiée
Ce tour de vis intervient dans un cadre administratif qui s'est par ailleurs allégé. Le guichet unique lancé fin 2025 regroupe en une seule demande en ligne le permis de travail, le titre de séjour et l'inscription à la sécurité sociale, instruits en parallèle par les trois administrations concernées plutôt que séquentiellement.Le délai moyen national est passé de quinze à vingt jours ouvrés à environ six jours, Shanghai traitant fréquemment en trois jours. Le nombre de déplacements physiques est tombé de trois ou quatre à un au maximum, voire zéro dans certaines villes. Depuis le 1er décembre 2024, la carte de permis de travail distincte a disparu au profit de la Join in Card, qui intègre l'information dans la carte de sécurité sociale, avec une version électronique consultable en anglais depuis l'application dédiée.
Les délais externes, eux, n'ont pas bougé. L'authentification du diplôme et du casier judiciaire prend toujours quatre à huit semaines, ce qui reste la principale source de retard.
Ce que ça signifie concrètement
Le premier réflexe est de vérifier sur quelle voie repose votre classement actuel. Si c'est la voie salariale et que l'échéance approche, comparez la rémunération mensuelle brute inscrite au contrat avec le seuil de votre ville et de votre catégorie. Si l'écart est faible, un ajustement contractuel négocié en amont coûte moins cher qu'un dossier rejeté. S'il est important, l'arbitrage porte sur la bascule vers la voie du diplôme ou des points, et sur les pièces à réunir dès maintenant.Pour les employeurs, le calendrier compte autant que le montant. Une demande de renouvellement se dépose 30 à 60 jours avant l'expiration, mais les cabinets de mobilité internationale recommandent de traiter les cas sensibles plusieurs mois à l'avance, avec une marge de 15 à 20 % au dessus du seuil pour ceux qui restent sur la voie salariale.
Reste une inconnue de calendrier. Les seuils actuels reposent sur les salaires moyens de 2025. Leur publication annuelle par les bureaux statistiques locaux entraînera une nouvelle révision, et le cabinet Fragomen relevait dès avril que d'autres villes pourraient à leur tour aligner leurs exigences. Les moyennes de référence 2025 hors des deux capitales économiques donnent un ordre de grandeur : 9 183 RMB pour le Guangdong, 8 433 RMB pour le Zhejiang, 8 254 RMB pour le Jiangsu. À multiplicateur identique, une demande de catégorie B par la voie salariale à Shenzhen se situerait autour de 36 700 RMB mensuels, contre 49 736 RMB à Shanghai.
China Briefing (Dezan Shira & Associates), « China Enforces Higher Salary Thresholds for A/B Work Permits », 12 février 2026
China Briefing, « China Foreigner's Work Permit Salary Benchmarks: Employer Strategies », mai 2026
KPMG, GMS Flash Alert 2026-087, avril 2026
Vialto Partners, alerte immigration Chine, 13 février 2026
BAL (Berry Appleman & Leiden), alerte immigration, 18 février 2026
Morgan Lewis, « Beijing and Shanghai Significantly Increase Foreign Category A and B Work Permit Salary Thresholds », mars 2026
Notice sur la mise en œuvre intégrale du système de permis de travail pour les étrangers en Chine (2017)
Centre pékinois pour les talents étrangers, lettre d'engagement salarial, 4 février 2026
Système de gestion des permis de travail de Shanghai, mise à jour du 3 février 2026
HiredChina, guide du permis de travail 2026 et réforme du guichet unique, avril 2026
Conversion au taux BCE du 20 juillet 2026 : 1 EUR = 7,72 RMB
China Briefing, « China Foreigner's Work Permit Salary Benchmarks: Employer Strategies », mai 2026
KPMG, GMS Flash Alert 2026-087, avril 2026
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Conversion au taux BCE du 20 juillet 2026 : 1 EUR = 7,72 RMB
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