Condamné le 29 juin à New York, l'ancien promoteur immobilier chinois avait bâti aux États-Unis une image d'opposant au Parti communiste. La justice américaine y a vu le décor d'une escroquerie à un milliard de dollars montée aux dépens de ceux qui croyaient financer un combat politique.
Le montant correspond à l'ampleur du dossier. Selon l'accusation, entre 2018 et 2023, Guo Wengui a convaincu des milliers de personnes d'investir plus d'un milliard de dollars dans un ensemble de sociétés et de programmes qu'il contrôlait. Les preuves versées au procès établissent un détournement d'au moins 550 millions de dollars.
Un jury l'avait déclaré coupable à l'unanimité en juillet 2024, au terme de sept semaines d'audience, sur neuf des douze chefs retenus : association de malfaiteurs, fraude électronique, infractions à la législation sur les valeurs mobilières et blanchiment d'argent. Il avait été arrêté par le FBI en mars 2023 dans son appartement de Manhattan donnant sur Central Park, et maintenu en détention depuis.
Le point de départ remonte à 2018 avec la création de deux structures présentées comme caritatives, la Rule of Law Foundation et la Rule of Law Society. Guo Wengui promettait d'y apporter lui-même les cent premiers millions de dollars. Adossée à cette caution morale, une émission d'actions non enregistrée est lancée pour sa société de médias GTV.
Lorsque la Securities and Exchange Commission s'intéresse à cette émission, le dispositif se déplace. Un programme de prêts entre partisans, censé donner accès à des actions GTV assorties d'intérêts, rapporte environ cent millions de dollars supplémentaires. En parallèle, la vente d'adhésions au club G|CLUBS, qui promettait elle aussi des actions GTV contre des cotisations, dégage au moins 240 millions de dollars, soit près de 210 millions d'euros. L'accusation relève que les contreparties réelles offertes aux adhérents étaient quasi inexistantes.
La dernière strate est annoncée en 2021 lors d'une diffusion sur GTV : la Himalaya Exchange, présentée comme un écosystème de cryptomonnaies avec ses jetons H Coin et H Dollar. Selon le dossier, ces actifs n'avaient aucune existence sur une blockchain. Ils se réduisaient à des lignes inscrites dans un tableur interne.
L'argent collecté a financé un train de vie documenté au procès : un manoir de près de 4 600 mètres carrés, une Lamborghini d'un million de dollars, un yacht de 37 millions.
Il y construit alors une seconde identité publique, celle du milliardaire persécuté devenu voix de l'opposition au Parti communiste chinois. L'audience trouve son public au sein de la diaspora chinoise aux États-Unis. En 2020, il lance avec Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, une initiative baptisée Nouvel État fédéral de Chine, dont l'objectif affiché est le renversement du pouvoir à Pékin. Il rejoint également le club de golf de Mar-a-Lago.
C'est ce capital de crédibilité militante que les investissements viennent monétiser. Lors de ses diffusions en direct, il garantissait des rendements et s'engageait personnellement à couvrir les pertes éventuelles. Plusieurs témoins ont décrit à la barre des économies entières englouties. L'une d'elles a expliqué avoir hypothéqué une deuxième fois son logement pour investir 100 000 dollars, et n'avoir récupéré que 20 000 dollars par la voie d'une procédure de la SEC.
La juge Torres a relevé l'absence de reconnaissance des faits et le recours à ses partisans pour intimider ceux qui le mettaient en cause. Lors de sa prise de parole, Guo Wengui s'est surtout plaint de ses conditions de détention et a réaffirmé que sa venue aux États-Unis visait à combattre le Parti communiste.
Ils ont également fait valoir devant la juge qu'une peine lourde reviendrait à valider la campagne de discrédit menée contre lui, et ont souligné que des prévenus jugés dans des affaires comparables avaient écopé de deux à quatre ans. Un agent de probation a par ailleurs signalé au tribunal la présence de cicatrices attribuées à des sévices subis en Chine, ayant donné lieu à des interventions chirurgicales étalées de 1993 à 2022.
Ces éléments n'ont pas modifié la lecture du tribunal, qui a suivi la réquisition des procureurs.
| Élément | Montant / durée |
|---|---|
| Peine prononcée | 30 ans de prison |
| Restitution ordonnée | 889 M$ (environ 778 M€) |
| Fonds levés auprès des investisseurs | plus de 1 md$ (environ 875 M€) |
| Préjudice retenu par le tribunal | au moins 550 M$ (environ 481 M€) |
| Chefs d'accusation retenus | 9 sur 12 |
| Victimes identifiées | plus de 1 000 dans le monde |
Une peine parmi les plus lourdes prononcées pour ce type de fraude
La juge fédérale Analisa Torres a prononcé le 29 juin, au tribunal de Manhattan, une peine de trente ans de prison contre Guo Wengui, également connu sous les noms de Miles Guo et Ho Wan Kwok. Elle a assorti sa décision d'une restitution de 889 millions de dollars, soit environ 778 millions d'euros au taux du 30 juin 2026 (1 EUR = 1,143 USD).Le montant correspond à l'ampleur du dossier. Selon l'accusation, entre 2018 et 2023, Guo Wengui a convaincu des milliers de personnes d'investir plus d'un milliard de dollars dans un ensemble de sociétés et de programmes qu'il contrôlait. Les preuves versées au procès établissent un détournement d'au moins 550 millions de dollars.
Un jury l'avait déclaré coupable à l'unanimité en juillet 2024, au terme de sept semaines d'audience, sur neuf des douze chefs retenus : association de malfaiteurs, fraude électronique, infractions à la législation sur les valeurs mobilières et blanchiment d'argent. Il avait été arrêté par le FBI en mars 2023 dans son appartement de Manhattan donnant sur Central Park, et maintenu en détention depuis.
Trois étages de montage financier
Le dossier du ministère américain de la Justice décrit une construction en couches successives, chacune servant à alimenter la suivante.Le point de départ remonte à 2018 avec la création de deux structures présentées comme caritatives, la Rule of Law Foundation et la Rule of Law Society. Guo Wengui promettait d'y apporter lui-même les cent premiers millions de dollars. Adossée à cette caution morale, une émission d'actions non enregistrée est lancée pour sa société de médias GTV.
Lorsque la Securities and Exchange Commission s'intéresse à cette émission, le dispositif se déplace. Un programme de prêts entre partisans, censé donner accès à des actions GTV assorties d'intérêts, rapporte environ cent millions de dollars supplémentaires. En parallèle, la vente d'adhésions au club G|CLUBS, qui promettait elle aussi des actions GTV contre des cotisations, dégage au moins 240 millions de dollars, soit près de 210 millions d'euros. L'accusation relève que les contreparties réelles offertes aux adhérents étaient quasi inexistantes.
La dernière strate est annoncée en 2021 lors d'une diffusion sur GTV : la Himalaya Exchange, présentée comme un écosystème de cryptomonnaies avec ses jetons H Coin et H Dollar. Selon le dossier, ces actifs n'avaient aucune existence sur une blockchain. Ils se réduisaient à des lignes inscrites dans un tableur interne.
L'argent collecté a financé un train de vie documenté au procès : un manoir de près de 4 600 mètres carrés, une Lamborghini d'un million de dollars, un yacht de 37 millions.
Le costume de l'opposant
Ce qui distingue ce dossier d'une escroquerie financière ordinaire tient au registre employé pour recruter les investisseurs. Promoteur immobilier enrichi en Chine et longtemps bien introduit auprès des autorités, Guo Wengui quitte le pays au moment de la campagne anticorruption lancée par Xi Jinping, qui touche plusieurs personnes de son entourage. Il passe par Hong Kong et Londres avant de s'installer aux États-Unis, où il demande l'asile.Il y construit alors une seconde identité publique, celle du milliardaire persécuté devenu voix de l'opposition au Parti communiste chinois. L'audience trouve son public au sein de la diaspora chinoise aux États-Unis. En 2020, il lance avec Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, une initiative baptisée Nouvel État fédéral de Chine, dont l'objectif affiché est le renversement du pouvoir à Pékin. Il rejoint également le club de golf de Mar-a-Lago.
C'est ce capital de crédibilité militante que les investissements viennent monétiser. Lors de ses diffusions en direct, il garantissait des rendements et s'engageait personnellement à couvrir les pertes éventuelles. Plusieurs témoins ont décrit à la barre des économies entières englouties. L'une d'elles a expliqué avoir hypothéqué une deuxième fois son logement pour investir 100 000 dollars, et n'avoir récupéré que 20 000 dollars par la voie d'une procédure de la SEC.
Ryan Finkel a dit:Pas un militant pour la démocratie, c'est un escroc, un arnaqueur et un voleur.
La juge Torres a relevé l'absence de reconnaissance des faits et le recours à ses partisans pour intimider ceux qui le mettaient en cause. Lors de sa prise de parole, Guo Wengui s'est surtout plaint de ses conditions de détention et a réaffirmé que sa venue aux États-Unis visait à combattre le Parti communiste.
Une défense qui invoque la géopolitique
Les avocats de Guo Wengui ont construit leur plaidoirie autour de l'idée d'une persécution d'État. Ils soutiennent que sa fortune s'est développée lorsque sa famille est devenue le premier actionnaire du plus grand courtier coté de Chine, et qu'il est devenu une cible après avoir mis en cause la probité de responsables chinois. Selon eux, l'étalage de richesse relevait de la provocation politique à l'égard de Pékin.Ils ont également fait valoir devant la juge qu'une peine lourde reviendrait à valider la campagne de discrédit menée contre lui, et ont souligné que des prévenus jugés dans des affaires comparables avaient écopé de deux à quatre ans. Un agent de probation a par ailleurs signalé au tribunal la présence de cicatrices attribuées à des sévices subis en Chine, ayant donné lieu à des interventions chirurgicales étalées de 1993 à 2022.
Ces éléments n'ont pas modifié la lecture du tribunal, qui a suivi la réquisition des procureurs.
Les suites
Guo Wengui et ses conseils ont annoncé faire appel de la condamnation et de la peine, qu'ils jugent excessive, en maintenant l'innocence de leur client.Son ancienne collaboratrice Yvette Wang a été condamnée l'an dernier à dix ans de prison pour son rôle dans le dispositif. La SEC mène de son côté une procédure civile parallèle. Le ministère chinois des Affaires étrangères a pris acte de la décision américaine et rappelé que Guo Wengui fait l'objet d'une notice rouge d'Interpol, la Chine réclamant sa remise pour des faits distincts.Le dossier est enregistré sous la référence U.S. v. Guo, tribunal fédéral du district sud de New York.Département de la Justice des États-Unis, bureau du procureur du district sud de New York, communiqué sur la condamnation de Miles GuoCourthouse News Service, compte rendu d'audience du 29 juin 2026CNN, NPR, Al Jazeera, BBC News, dépêches du 29 et 30 juin 2026 Reuters, couverture de l'ouverture du procès (mai 2024) Fortune / Bloomberg, couverture de l'arrestation (mars 2023)Taux de change EUR/USD au 30 juin 2026 : 1 EUR = 1,1431 USD