Guerre des prix automobile : Pékin siffle la fin de la partie

Mathieu

Alpha & Oméga
Admin
15 Oct 2006
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Shanghai, People Square
www.murailledechine.com
Le régulateur chinois interdit désormais de vendre une voiture sous son coût de production. Après trois ans de soldes à perte qui ont laminé les marges du secteur, la mesure veut assainir le marché. Premiers effets : des prix qui se stabilisent, mais une demande encore atone.

IndicateurValeurÉvolution
Prix moyen d'une voiture (2025)~170 000 yuans (~21 500 €)-7 %
Marge nette du secteur (T1 2026)3,2 %en baisse
Bénéfice net de BYD (T1 2026)~4,1 mds yuans (~517 M€)-55 %
Ventes de voitures particulières (avril 2026)1,4 M unités-21,5 %
Part des électrifiés dans les ventes (avril)60 %record




Ce que dit la nouvelle règle​

Le 12 février 2026, l'Administration d'État pour la régulation du marché (SAMR) a publié des lignes directrices sur les pratiques tarifaires du secteur automobile, applicables immédiatement. Le principe est simple : aucun constructeur ne peut vendre un véhicule à un prix inférieur à son coût total de production.

La définition de ce coût est volontairement large. Elle inclut les frais de fabrication, mais aussi les charges administratives, les coûts de financement et les budgets commerciaux et marketing. Cette précision ferme la principale faille utilisée jusqu'ici : afficher un prix « catalogue » correct tout en le ramenant sous le coût réel via des remises et des subventions.

Le texte interdit aussi de vendre une version mieux équipée au même prix qu'une finition d'entrée de gamme, d'imposer des ententes tarifaires entre constructeurs et fournisseurs, ou de contraindre les concessionnaires à des ventes à perte. Les déstockages classiques de véhicules invendus restent autorisés. La mesure conclut un processus engagé fin 2025 : un projet soumis à consultation le 12 décembre, puis un séminaire le 14 janvier réunissant la SAMR, le ministère de l'Industrie, la Commission au plan et dix-sept constructeurs, dont Tesla, Xiaomi et Xpeng.




Pourquoi Pékin intervient​

La décision répond à une dégradation devenue intenable. En 2025, le prix moyen d'une voiture est tombé à environ 170 000 yuans, soit près de 21 500 euros, une baisse de 7 % et le premier recul après six années de hausse continue. Sur le seul premier semestre 2025, près des trois quarts des concessionnaires vendaient certains modèles en dessous de leur prix d'achat, et plus de la moitié travaillaient à perte.

L'addition est lourde à l'échelle du secteur. Un membre de l'association des concessionnaires chiffre à environ 471 milliards de yuans, soit près de 60 milliards d'euros, la valeur de production détruite par la guerre des prix sur trois ans. En 2025, plus de 170 modèles ont baissé leurs tarifs. La pression s'est propagée à toute la chaîne d'approvisionnement, certains fournisseurs attendant jusqu'à 300 jours pour être payés. C'est ce mécanisme de course au volume à n'importe quel prix, baptisé en interne « involution », que la mesure cherche à enrayer.




Un marché déjà en transition​

Les chiffres du premier trimestre 2026 montrent un secteur sous tension. Le bénéfice de l'industrie a reculé de 18 % sur un an et la marge nette est tombée à 3,2 %, un plancher. Le cas de BYD est parlant : le leader du marché a vu son bénéfice net chuter de 55 %, à environ 4,1 milliards de yuans (517 millions d'euros), pour un chiffre d'affaires en baisse de 12 %, à 150 milliards de yuans (environ 19 milliards d'euros).

La faiblesse de la demande ne tient pas qu'à la nouvelle règle. La détaxe à l'achat des véhicules électriques, totale en 2024 et 2025, a été ramenée à la moitié du taux standard pour 2026 et 2027, ce qui a poussé de nombreux acheteurs à anticiper leur achat fin 2025. La flambée des prix des carburants liée au conflit au Moyen-Orient a par ailleurs pesé sur les modèles thermiques, dont les ventes ont reculé de plus de 30 % en avril.

Dans ce contexte, l'export devient la soupape. Chez BYD, les ventes à l'étranger ont représenté près de la moitié des volumes au premier trimestre. À l'inverse, l'amont de la filière respire : le fabricant de batteries CATL a vu son bénéfice progresser de près de 49 % sur le trimestre, signe que la valeur s'est déplacée des assembleurs vers leurs fournisseurs.

Wu Peng a dit:
Ces pratiques perturbent l'ordre du marché et nuisent aux consommateurs comme aux entreprises.




Ce que ça change pour qui achète une voiture en Chine​

Pour un acheteur sur place, l'effet le plus concret est la fin des remises extrêmes. Ceux qui attendaient des soldes spectaculaires en 2026 trouveront des tarifs plus stables et des promotions plus encadrées. La concurrence ne disparaît pas pour autant : elle se déplace vers l'équipement, l'autonomie, les services connectés et les conditions de financement, qui restent des leviers autorisés.

Quelques points à vérifier au moment de l'achat : le maintien ou non des aides à la reprise, qui varient selon les provinces, et le détail des options, certaines fonctions autrefois offertes étant désormais facturées. Le prix affiché bouge moins, mais la valeur réelle se joue de plus en plus sur le contenu du véhicule.

💬 Vous avez acheté ou comptez acheter une voiture en Chine ? Partagez vos retours sur l'évolution des prix et des conditions dans les commentaires.

SAMR, lignes directrices sur les pratiques tarifaires du secteur automobile (12 février 2026). China Passenger Car Association (CPCA) et données de Cui Dongshu. China Automobile Dealers Association (CADA). Résultats BYD T1 2026 (CnEVPost, Bloomberg). Données sectorielles T1 2026 (Gasgoo). SCMP, Automotive World. Taux de change retenu : environ 7,90 yuans pour 1 euro (mai 2026).