La NDRC est intervenue deux fois en deux semaines pour plafonner la hausse des prix des carburants, une première depuis la création du mécanisme en 2013. Les compagnies aériennes chinoises ont multiplié par six leurs surcharges sur les vols domestiques. Un choc visible dans le quotidien, mais qui reste sans commune mesure avec ce que paient désormais les voyageurs au départ d'Europe.
Le 7 avril, second tour. La NDRC plafonne cette fois à 420 yuans par tonne pour l'essence et 400 yuans pour le diesel, alors que l'application mécanique du système aurait entraîné 800 et 770 yuans. Les trois majors pétrolières publiques (CNPC, Sinopec, CNOOC) et les raffineurs privés ont reçu l'instruction de maintenir leur production et de garantir la continuité de l'approvisionnement.
Selon Lyu Zhichen, responsable à la NDRC, l'économie pour un automobiliste s'établit à environ 15 yuans par plein, tandis qu'un chauffeur routier économise entre 150 et 200 yuans. Malgré ce plafond, un foyer parcourant 1 500 kilomètres par mois voit sa facture grimper de 100 à 200 yuans chaque mois, d'après un calcul relayé par le média automobile Gasgoo. Pour un chauffeur VTC ou un livreur indépendant, le surcoût mensuel peut atteindre 5 000 yuans.
Le calcul est mécanique. Selon l'IATA, le prix moyen du kérosène est passé de 95,50 dollars à 197 dollars le baril en un mois. Les coûts de transport ont augmenté de 10 % en un mois selon les données officielles, provoquant une course aux réservations. Plusieurs médias chinois ont relaté le cas de voyageurs achetant à l'avance des dizaines de billets pour anticiper les prochaines hausses.
Pour la communauté francophone qui prend régulièrement l'avion entre Pékin, Shanghai, Canton ou Chengdu, le supplément peut atteindre 800 yuans aller-retour pour une famille de quatre sur un vol long courrier domestique. Le train à grande vitesse redevient mécaniquement compétitif sur les axes de moins de 1 500 kilomètres.
L'indice des prix à la consommation (CPI) reste au contraire sous pression, à +1,0 % en mars, en retrait par rapport aux 1,3 % de février. Les analystes parlent d'une inflation par les coûts plutôt que d'un retour à la croissance : les marges se compriment, le pouvoir d'achat des ménages s'effrite sans que la confiance revienne. Morgan Stanley a révisé à la baisse sa prévision de croissance chinoise pour 2026 de 10 points de base, à 4,7 %, en tablant sur un Brent moyen à 110 dollars au deuxième trimestre.
Le 13 avril, Air France-KLM a doublé sa surcharge long-courrier économie pour la porter à 100 euros aller-retour, soit environ 800 yuans, après une première hausse de 50 euros le 11 mars. Pour les destinations Amérique du Nord, la majoration atteint 70 euros. En classes business et La Première, elle grimpe à 200, voire 400 euros aller-retour. Sur un Paris-Montréal, la seule taxe YR atteint désormais 319 euros, avant même le tarif du billet.
Les autres compagnies suivent la même trajectoire. Cathay Pacific a doublé sa surcharge Hong Kong-Europe dès mars, de 62 à 129 euros, et la révise désormais toutes les deux semaines. Le directeur général de l'IATA Willie Walsh a confirmé le 20 mars que les tarifs aériens de l'été 2026 seront 20 à 40 % plus élevés qu'en 2025, hausse qu'il juge inévitable.
La Chine encaisse donc le choc avec des amortisseurs structurels nettement plus efficaces que ses voisins asiatiques ou que l'Europe : une autosuffisance énergétique de 85 %, des importations volontairement diversifiées (Russie 17,4 %, Arabie saoudite 14,9 %, Iran au-dessus de 10 %), un stockage anticipé dès janvier-février avec des importations en hausse de 16 %, l'ouverture partielle des réserves stratégiques aux raffineurs publics, et un mécanisme NDRC activable en quelques jours. L'Europe, davantage exposée aux importations gazières et avec un marché aérien moins concentré, dispose de leviers d'amortissement nettement plus limités.
Le retour vers la France change en revanche d'échelle. Les compagnies européennes révisent leurs surcharges toutes les deux semaines, et la double hausse Air France-KLM en cinq semaines suggère qu'une troisième vague reste possible si le Brent ne reflue pas. Pour le Labour Day (1er-5 mai) ou un retour estival, mieux vaut anticiper.
Le rendez-vous à surveiller reste le 5 de chaque mois, date à laquelle la Civil Aviation Administration of China réajuste les surcharges domestiques. La grande distribution et le e-commerce n'ont pas encore répercuté massivement les coûts logistiques sur les prix en rayon, la demande intérieure étant trop faible pour absorber une hausse franche.
| Indicateur Chine | Évolution |
|---|---|
| Surcharge carburant vol court (moins de 800 km) | 10 → 60 yuans (~7,50 €) |
| Surcharge carburant vol long (plus de 800 km) | 20 → 120 yuans (~15 €) |
| Coût transport (mars, mois sur mois) | +10 % |
| PPI Chine (mars, sur un an) | +0,5 % (sortie de déflation après 41 mois) |
| Économie par plein grâce au plafond NDRC | ~15 yuans (voiture) / 150-200 yuans (camion) |
Deux interventions de l'État en deux semaines
Le 23 mars à minuit, la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) a activé pour la première fois depuis 2013 les mesures de contrôle temporaire sur les prix des carburants raffinés. Le mécanisme standard aurait imposé une hausse de 2 205 yuans par tonne pour l'essence et de 2 120 yuans pour le diesel, liée à la flambée du Brent passé de 82 à 120 dollars en quelques semaines. La hausse effectivement appliquée a été ramenée à 1 160 et 1 115 yuans respectivement, soit environ la moitié.Le 7 avril, second tour. La NDRC plafonne cette fois à 420 yuans par tonne pour l'essence et 400 yuans pour le diesel, alors que l'application mécanique du système aurait entraîné 800 et 770 yuans. Les trois majors pétrolières publiques (CNPC, Sinopec, CNOOC) et les raffineurs privés ont reçu l'instruction de maintenir leur production et de garantir la continuité de l'approvisionnement.
Selon Lyu Zhichen, responsable à la NDRC, l'économie pour un automobiliste s'établit à environ 15 yuans par plein, tandis qu'un chauffeur routier économise entre 150 et 200 yuans. Malgré ce plafond, un foyer parcourant 1 500 kilomètres par mois voit sa facture grimper de 100 à 200 yuans chaque mois, d'après un calcul relayé par le média automobile Gasgoo. Pour un chauffeur VTC ou un livreur indépendant, le surcoût mensuel peut atteindre 5 000 yuans.
Lin Boqiang a dit:Ces soutiens illustrent la force institutionnelle du mécanisme chinois de fixation des prix du pétrole raffiné et, plus largement, les avantages du système de gouvernance des prix de l'énergie.
Des billets d'avion domestiques à surcharge multipliée par six
Le 5 avril, Air China, China Southern, China Eastern, Xiamen Airlines, Spring Airlines et Juneyao Airlines ont simultanément ajusté leurs surcharges carburant sur les vols domestiques. Pour les trajets de moins de 800 kilomètres, la surcharge passe de 10 à 60 yuans par passager. Au-delà de 800 kilomètres, elle bondit de 20 à 120 yuans. Une multiplication par six en une nuit.Le calcul est mécanique. Selon l'IATA, le prix moyen du kérosène est passé de 95,50 dollars à 197 dollars le baril en un mois. Les coûts de transport ont augmenté de 10 % en un mois selon les données officielles, provoquant une course aux réservations. Plusieurs médias chinois ont relaté le cas de voyageurs achetant à l'avance des dizaines de billets pour anticiper les prochaines hausses.
Pour la communauté francophone qui prend régulièrement l'avion entre Pékin, Shanghai, Canton ou Chengdu, le supplément peut atteindre 800 yuans aller-retour pour une famille de quatre sur un vol long courrier domestique. Le train à grande vitesse redevient mécaniquement compétitif sur les axes de moins de 1 500 kilomètres.
La déflation industrielle s'achève par la mauvaise porte
L'indice des prix à la production (PPI) a renoué avec la hausse en mars, à +0,5 % sur un an. C'est le premier chiffre positif depuis septembre 2022 et la fin officielle de 41 mois de déflation industrielle. Mais la hausse est importée, tirée par l'énergie, et non par un rebond de la demande intérieure.L'indice des prix à la consommation (CPI) reste au contraire sous pression, à +1,0 % en mars, en retrait par rapport aux 1,3 % de février. Les analystes parlent d'une inflation par les coûts plutôt que d'un retour à la croissance : les marges se compriment, le pouvoir d'achat des ménages s'effrite sans que la confiance revienne. Morgan Stanley a révisé à la baisse sa prévision de croissance chinoise pour 2026 de 10 points de base, à 4,7 %, en tablant sur un Brent moyen à 110 dollars au deuxième trimestre.
En perspective : la lecture par pourcentages est trompeuse
Le multiplicateur impressionne, mais c'est la valeur absolue qui sort du portefeuille. Multiplier par six une surcharge chinoise de 20 yuans donne 120 yuans, soit environ 15 euros. Doubler une surcharge Air France de 50 euros donne 100 euros. Le ratio sonne plus dramatique côté chinois, le montant pèse plus lourd côté européen.Le 13 avril, Air France-KLM a doublé sa surcharge long-courrier économie pour la porter à 100 euros aller-retour, soit environ 800 yuans, après une première hausse de 50 euros le 11 mars. Pour les destinations Amérique du Nord, la majoration atteint 70 euros. En classes business et La Première, elle grimpe à 200, voire 400 euros aller-retour. Sur un Paris-Montréal, la seule taxe YR atteint désormais 319 euros, avant même le tarif du billet.
Les autres compagnies suivent la même trajectoire. Cathay Pacific a doublé sa surcharge Hong Kong-Europe dès mars, de 62 à 129 euros, et la révise désormais toutes les deux semaines. Le directeur général de l'IATA Willie Walsh a confirmé le 20 mars que les tarifs aériens de l'été 2026 seront 20 à 40 % plus élevés qu'en 2025, hausse qu'il juge inévitable.
La Chine encaisse donc le choc avec des amortisseurs structurels nettement plus efficaces que ses voisins asiatiques ou que l'Europe : une autosuffisance énergétique de 85 %, des importations volontairement diversifiées (Russie 17,4 %, Arabie saoudite 14,9 %, Iran au-dessus de 10 %), un stockage anticipé dès janvier-février avec des importations en hausse de 16 %, l'ouverture partielle des réserves stratégiques aux raffineurs publics, et un mécanisme NDRC activable en quelques jours. L'Europe, davantage exposée aux importations gazières et avec un marché aérien moins concentré, dispose de leviers d'amortissement nettement plus limités.
Ce que ça signifie concrètement
Pour les francophones installés en Chine, le tableau se lit en deux temps. Le quotidien intérieur reste largement préservé : les pleins coûtent un peu plus cher mais le plafond NDRC absorbe la moitié de la hausse théorique, et voyager intra-Chine en avion demeure très accessible. À titre de comparaison, 800 yuans de surcharge pour une famille de quatre en aller-retour long courrier domestique, c'est moins que la majoration imposée à un seul voyageur Air France en classe économique sur un retour vers Paris.Le retour vers la France change en revanche d'échelle. Les compagnies européennes révisent leurs surcharges toutes les deux semaines, et la double hausse Air France-KLM en cinq semaines suggère qu'une troisième vague reste possible si le Brent ne reflue pas. Pour le Labour Day (1er-5 mai) ou un retour estival, mieux vaut anticiper.
Le rendez-vous à surveiller reste le 5 de chaque mois, date à laquelle la Civil Aviation Administration of China réajuste les surcharges domestiques. La grande distribution et le e-commerce n'ont pas encore répercuté massivement les coûts logistiques sur les prix en rayon, la demande intérieure étant trop faible pour absorber une hausse franche.
- NDRC, communiqués des 23 mars et 7 avril 2026
- Xinhua, Global Times, China.org.cn, 8 avril 2026
- CNBC, "China factory prices return to growth after 3 years", 10 avril 2026
- CNN, "China has so far weathered the historic oil crisis", 14 avril 2026
- Reuters via Japan Times, "Chinese airlines to raise fuel surcharges on domestic flights", 2 avril 2026
- Wego Travel, "Air France and KLM Fuel Surcharge 2026", 14 avril 2026
- Air Journal, "Air France double encore sa surcharge carburant", 11 avril 2026
- Ulysse, "Surcharge carburant Air France avril 2026", avril 2026
- Arab News, "Air France-KLM hikes long-haul ticket prices", 12 mars 2026
- Gasgoo, "Fuel Prices in China Near the '¥9 Era'", mars 2026
- Bruegel, Analysis 06/2026, "What the war in Iran means for China"
- National Bureau of Statistics of China, PPI et CPI mars 2026