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Un partenariat entre Beijing et Washington est il possible ?

Discussion dans 'Informations Chine' créé par mam721, 2 Décembre 2011.

  1. mam721

    mam721 Membre Silver

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    Un partenariat entre Beijing et Washington est il possible ? [Update]

    La question de la relation Washington Beijing s'impose comme l'une des plus centrales des relations internationales. Face à une administration Obama ouverte au dialogue et à une Chine de plus en plus décomplexée, un partenariat durable est il possible ?

    L'amérique d'Obama peut elle s'engager durablement dans un nouveau partenariat avec la chine? En théorie, bien sur, et par nécessité sans doute, notamment pour répondre aux enjeux globaux, comme la crise économique internationale, ou encore les questions environnementales et énergétiques. Quelle que soit la perception que les spécialiste de la Chine à Whashington ont de Beijing génère des inquiétudes outre atlantique, qu'il est difficile de ne pas entrevoir, derrière les déclarations de bonne intentions, des lignes de tensions révélatrices des difficultés dans la mise en place de la smart Diplomacy, véritable slogan de la politique étrangère des deux premières années de l'administration Obama.

    Jean Luc DOMENACH estime que pour définir la relation Beijing Washington le "terme de jeu parait plus approprié que celui de conflit, et a fortiori de nouvelle Guerre froide, qui a encombré les journaux occidentaux". Rien de comparable donc avec la confrontation Whashington Moscou qui risquait a tout moment de dégénérer en escalade militaire et en confrontation planétaire. La Chine sait quelle est et quelle restera à bien des égards la place des etats unis sur la scène internationale. Si la rivalité est réelle, notamment dans le futur, il est déplacé de comparer cette situationa vec celle de la guerre froide et l'opposition des deux blocs. Pour autant, dans ce jeu, les Etats Unis se doivent de définir de nouvelles règles adaptées à la nette progression de la Chine, tant au niveau régionale qu'international. C'est le cas dans le domaine économique, le "miracle chinois" s'étant poursuivi sous l'administration Bush. Mais également au plan stratégique: Beijing joue un role de plus en plus important dans plusieurs dossiers et voit sa diplomatie monter en puissance de manière considérable.

    Dans la relation entre les deux pays, la marge de manœuvre politique de Washington est désormais d'autant plus réduite que la chine est devenue une puissance commerciale qui impose le respect et dont les consommateurs américains ne peuvent plus se passer. Les Etats Unis sont même aujourd’hui débiteurs vis-a-vis de la puissance émergente. Les importations américaines en provenance de Chine, déjà 6 fois supérieures aux exportations vers Beijing, progressent de 30% par an, ce qui a pour effet de provoquer un déficit commercial vertigineux: plus de 200 milliards de dollars par an. Et les prévisions tablent sur une aggravation de cette tendance dans les prochaines années. Nul besoin dès lors de rappeler les multiples enjeux internes aux USA qui pourraient influencer l'attitude diplomatique envers un état perçu a tort ou à raison non seulement comme potentiellement menaçant mais également comme dangereux pour la santé de l'économie américaine. Pour toutes ces raisons, et dans le cadre de sa politique d'acteur responsable, les USA encouragent la Chine à agir raisonnablement en tant que puissance influente autant sur la scène économique que sécuritaire. La Chine apprécie dans l'ensemble cette position américaine, mais ne souhaite pas nécessairement jouer un rôle dicté par Washington. Sur ce point, Zbigniew Brzezinski et John Mearsheimer s’interrogent: "Pourquoi devons nous penser que la Chine agirait différemment des USA?" Ils rappellent ainsi que les tentations hégémoniques régionales sont également été observées aux USA au XIXème siècle, et qu'une telle attitude de la part de la Chine en Asie du Nord-Est, même dangereuse, ne serait dès lors que la conséquence logique de sa montée en puissance.

    dans ce contexte, si le smart power s'impose dans la relation avec la chine, les succès de celui-ci ne seront possibles qu'en fonction des réponses de Beijing. Or, on n peut légitimement s'interroger sur ces réponses quand on sait que les dirigeants de Beijing et les principaux experts chinois des USA estiment que ce pays est engagé dans la voie du déclin sur le long-terme. De même, si les limites à l'amélioration des relations Washington-Beijing sont nombreuses, l'acceptation par les USA de l'existence d'un soft power chinois sera indispensable pour permettre un partenariat à la fois solide et durable.

    Pour certains observateurs américains; le soft power américain a décliner en Asie du Nord-Est. Plus que la présence militaire, c'est en effet la capacité d'influence de Washington qui est mise à mal dans cette région, notamment dans le domaine économique. Le rapport Global Trends 2025, rendu publique en novembre2008 par le National Intelligence Council, prévoit même un glissement progressif du pouvoir économique de l'occident vers l'orient et met l'accent sur la montée en puissance de l'économie chinoise. Dès lors, les "Etats unis ne seront plus que l'un des principaux acteurs sur la scène internationale, même s'ils resteront le plus puissant".

    En pleine crise économique, la campgne présidentielle américaine de 2008 fut d'ailleurs l'occasion de multiples interrogations sur le déclin progressif de Washington et sur les conséquences de cette perte d'hégémonie. Après l'arrivée au pouvoir de Barack Obama, l'économie morose ne fit que confirmer les difficultés auxquelles sont aujourd'hui exposés les USA, et les membres de l'administration reconnaissent eux-mêmes l'ampleur de la tâche. Cependant, une des particularités de l’administration Obama a consisté, en particulier dans la relation avec la Chine, à ne pas revenir sur le Soft Power hésitant des années Clinton, mais à proposer un Smart Power axé sur le partenariat. Plus qu'une rupture avec les années Bush, c'est une nouvelle donne qui est ici imposée aux pays asiaitiques, Chine en tête. Cela s'explique notamment par le fait que plusieurs experts de l'administration Obama estiment que la montée en puissance de l'économie chinoise peut avoir des effets positifs sur l'économie américaine: ils préconisent donc un plus grand partenariat.

    Si l'affrontement du XXIème siècle est entre la Chine et les USA, la chine aura l'avantage. Si cet affrontement est entre la Chine et un système occidental ravivé, ce dernier triomphera.

    Parallèlement au poids déclinant de l'économie américaine, Washington s'inquiète de la dégradation de l'image des USA sur la scène internationale, en Asie Pacifique comme ailleurs, ce qui a pour effet de diminuer l'influence de la première puissance mondiale. Au centre des critiques: l'unilatéralisme américain des années Bush et le Hard Power
    privilégié par la Maison Blanche pendant les huit années de présidence républicaine. L'administration Obama doit redoubler d'efforts afin d'inverser la tendance, mais certains observateurs estiment déjà que les conséquences néfastes de l'unilatéralisme seront durables et que c'est l'unipolarité née suite à la Guerre Froide qui est irrémédiablement en train de disparaitre. Sur ce point, aucune région n'est plus pertinente que l'Asie Pacifique, en particulier compte tenu de l'émergence de la Chine, pour comprendre le déclin de Washington.

    Reste cependant à savoir ce qui s'imposera durablement après l'unipolarité. Pour Jogn Ikenberry, très critique à l'égard de la politique étrangère menée sous l'administration Bush, le "moment unipolaire des USA va inévitablement vers sa fin.Si l'affrontement du XXIème siècle est entre la Chine et les USA, la chine aura l'avantage. Si cet affrontement est entre la Chine et un système occidental ravivé, ce dernier triomphera." Cet affrontement serait bien évidemment celui de deux modèles, a savoir une Chine poursuivant sa croissance économique exceptionnelle, mais refusant dans le même temps les nécessaires réformes politiques, sur la base des considérations actuelles. Dans la relation avec la Chine, le Smart Power américain est donc plus une stratégie sinon la seule de maintien de la puissance qu'une option une stratégie que le président américain s'est efforcé de mettre en place, notamment à l'occasion de ses deux tournées asiatiques, fin 2009 et 2010, au cours desquelles il a ménagé le partenaire chinois, mais cherché dans le même temps à renforcer le partenariat avec les autres puissances asiatiques, au premier rang desquelles le Japon et la Corée du Sud. Les inquiétudes constantes sur la montée en puissance militaire de la Chine, malgré le souhait de maintenir un dialogue sur les questions stratégiques sont également symptomatiques de cette stratégie qui cherche à définir une nouvelle relation associant un partenaire accru et une méfiance maitnenue.

    Comment définir le Smart Power à l'égard de la chine?

    Parmi les différents points développés dans le smart power figure sans surprise le dialogue avec la chine sur les réponses à apporter à la crise économique internationale. Le secrétaire au trésor Timothy Geithner a mis l'accent sur l'importance d'un tandem sino-américain fort dès sa première visite officielle à Beijing le 1er juin 2009. Il n'en a pas moins abordé les sujets qui fâchent comme l'éternelle question du taux de change de la monnaie chinoise, que les Occidentaux, Américains en tête jugent sous évaluées, au bénéfice des exportations chinoises. Etant donné leur importance, les actions de " la chine et des USA, individuellement et ensemble ont un impact direct sur la stabilité et la force du système économique international" a déclaré Timothy Geithner à l'Université de Beijing ou il a étudié le chinois. "Les problèmes internationaux ne pourront être résolus sans la coopération entre les USA et la CHine. Ceci est valable dans absolument tous les domaines, de la reprise économique à la refondation financière, en passant par le changement climatique et la politique énergétique. Moyennant quoi, les deux pays ont des défis à relever". a t il souligné. Côté américain, les autorités doivent notamment "créer un système financier plus stable, plus fort, protégeant mieux consommateurs et investisseurs" et faire en sorte que les "volumes d'épargnes croissent", tout en réduisant le déficit budgétaire. Quand à la Chine, elle doit accroître la consommation intérieure, dépendre moins des ses exportations et permettre au Yuan de s'apprécier grâce à un meilleur régime de taux de change: "Une plus grande flexibilité du taux de change aidera à rééquilibrer le modèle de croissance, soutiendra la demande intérieure et permettra à la politique monétaire d'etre davantage capable de réussir une croissance soutenue avec une inflation basse à l'avenir". Le ton est donné: Washington souhaite coopérer davantage avec Beijing sur les questions économiques et monétaires mais ne lâchent pas la pression sur les points litigieux.


    L'administration Obama souhaite étendre la coopération avec la Chine à d'autre domaines notamment à des enjeux globaux contemporains, tels que l'énergie, le climat ou l’environnement. Hillary Clinton effectua son premier déplacement officiel en Asie en tant que Secrétaire d'Etat se rendant successivement au Japon, en Indonésie, en Corée du Sud et finalement en Chine à la mi-février 2009. Lors de cette tournée, elle était accompagnée de Todd Stern, son représentant en Chine à la spécial pour les questions liées au changement climatique. Cet ancien conseiller du président Bill Clinton, négociateur des accords de Kyoto, était tout particulièrement attendu en Chine. "Il est clair que les USA vont mettre l'accent sur le climat dans leur relation globale avec la Chine", analysait Michael Green, ancien responsable du Conseil de Sécurité Nationale, quelques jours avant la tournée. "Ce devrait être une tournée d'écoute" jugeait pour sa part Elizabeth Economy, directrice des études sur l'Asie au Consil on Foreign Relations ajoutant "qu'il faut entendre de la bouche des Chinois quelles sont leurs priorités dans leurs relations avec les USA parce que c'est ainsi que nous pourrons obtenir du poids". Ce déplacement marquait ainsi de manière très nette qu'avant de prendre des décisions dans cette région jugée prioritaire, la nouvelle administration se mettait à l'écoute de ses partenaires et alliés. Il exprima également le souhait de Washington de travailler de concert avec la Chine sur des questions globales. C'est une des particularités du Smart Power: les enjeux sont de taille et le besoin de travailler avec la chine est tout aussi indispensable.
     
    #1 mam721, 2 Décembre 2011
    Dernière édition: 7 Décembre 2011
  2. mam721

    mam721 Membre Silver

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    Les limites de la nouvelle relation Beijing Washington

    Si la coopération entre la Chine est nécessaire, voire indispensable, il n'en est pas encore certain qu'elle soit couronnée de succès. Les nombreux désaccords aux sommets de Copenhague sur le réchauffement climatique en décembre 2009 ou du G20 à Séoul en novembre 2010 l'attestent. De même pour Brian Klein du Consil on Foreign Relations, basé à Tokyo, les pays d'Asie ne doivent pas attendre de miracle de la part de Washington face à la crise économique internationale. Les USA sont pour l'heure engagés dans de vastes plans de sauvetage de leur propre économie et doivent faire face aux divergences sur les réformes à adopter. La défaite des démocrates aux élections mi-mandat en novembre 2010 a d'ailleurs confirmer cette réalité. Face à la crise économique, l'attitude de l'administration Obama consiste donc à panser les plaies et sans, surprise; les premières mesures adoptées consistent à renforcer les moyens de prévention aux USA, sans tenir compte des implications directes dans leurs relations extérieures. Ces mesures, qui firent craindre à certains observateurs en Asie que les USA pourraient privilégier une forme d'isolationnisme, ont cependant été adoptées en concertation avec les autres puissances. Par ailleurs, comme l'a confirmé l'engagement américain dans le cadre des initiatives du G20, les mesures de réponse à la crise aux USA ne doivent pas impliquer un retrait de Washington du devant de la scène internationale, mais un traitement des priorités dans un contexte de crise aux conséquences particulièrement douloureuses et encore incertaines à l'intérieur même du pays.

    Pendant que Washington dépensait son énergie en Irak, la Chine s'armait afin de pouvoir peser plus lourdement sur le reste du monde en mettant en avant sa capacité d'influence.


    C'est en tout cas au niveau des échanges économiques et commerciaux que les ambitions américaines semblent à la fois très marquées et à certains égards réalisables. Valérie Niquet estime que "si la perspective d'un G2 sino-américain doit être fortement relativisée, l'émergence d'un immense ensemble américano-asiatique, nouveau coeur dynamique du monde, doit être plus que jamais pris en compte". Il faut dire que les pays d'asie disposent d'un potentiel important et que les USA resteront encore la première puissance économique mondiale pendant plusieurs années voire plus, en fonction de ses opportunités et de ses choix. C'est donc en poursuivant une stratégie régionale, et non plus en se focalisant exclusivement sur tel ou tel partenaire, que les uSA pourraient voir leur politique asiatique couronnée de succès.

    Les craintes de la faisabilité d'un nouveau partenariat Washington Beijing se révèlent encore plus évident dans le domaine militaire. dans l'administration Obama, Kurt Campbell estime que la guerre en Irak a été suivi de près par la Chine, qui a orienté la modernisation de l'APL en tenant compte de l'expérience américaine, et "une des leçons de l'Irak est que la Chine s'est engagée dans une augmentation drastique de son budget de défense, avec non seulement des effets sur les investissements militaires mais également des changements notables de stratégie et de doctrine militaire". Ainsi; pendant que Washington dépensait son énergie en Irak, la Chine s'armait afin de pouvoir peser plus lourdement sur le reste du monde en mettant en avant sa capacité d'influence.

    La plus grade crainte pour les USA est de voir la Chine les égaler militairement. Les analyses prospectives de la communauté du renseignement américain, exposées dans les rapports Global Trends publiés par la National Intelligence Council, arrivent généralement à la conclusion que la Chine émerge comme la principale puissance militaire aux côtés des USA. En 2004, le rapport Global Trends 2020 indique qu'en 2020 "le produit national brut chinois dépassera celui des puissance économique occidentales individuellees exception faite des USA. Notre projection mentale du monde de 2020 changera radicalement. La Chine dépassera la Russie et d'autres pays avec, dans les deux prochaines décénnies, le deuxième plus important budget de défense, elle sera à tous les égards une puissance militaire de premier plan. Quatre ans plus, tard l'analyse n'avait guère évolué : "d'ici 2025, la Chine aura la deuxième économie du monde et sera une puissance militaire majeure. Peu de pays sont destinées à avoir autant d'impact sur le monde dans les 20 prochaines années". La question des intentions et des ambitions stratégiques de Beijing découlant de cette nouvelle capacité est au coeur de toutes les interrogations aux USA, et particulièrement au Pentagone.

    Quoi qu'il en soit, pour l'heure, la Chine est davantage à la recherche d'un compromis que d'une confrontation, mais un compromis assez nettement en sa faveur, traduisant ainsi la position de force dans laquelle l'empire du milieu se trouve ne Asie Pacifique. Pour Joshua Cooper Ramo, le consensus de Beijing suggère que "l'objectif de la Chine n'est pas de provoquer un conflit, mais de l'éviter". Car c'est en l'évitant que Beijing aurait tout à y gagner. Selon plusieurs sources, l'APL verrait même d'un bon oeil une sorte de "Yalta du Pacifique" dans lequel le Pacifique-Est serait sous tutelle américaine et le Pacifique-Ouest sous tutelle chinoise, ce qui renforcerait le leadership chinois sur la rive asiatique, mais qui impliquerait dans le même temps de plus grande rivalités entre les deux pays dans le Pacifique;

    L'enjeu est de taille: les USA pourront ils longtemps résister à l'émergence de la Chine dans la région et contrer son leadership? Pour John Mearsheimer, "il est clair que le scénario le plus dangereux pour les USA serait de voir la Chine devenir une puissance hégémonique potentielle en Asie du Nord Est. Bien entendu, les perspectives de voir la Chine accéder à ce niveau dépendront largement de la vitesse à laquelle se développera son économie. Elle chercherait alors indiscutablement à imposer son hégémonie dans la région, comme les USA le firent dans l'hémisphère occidental au XIXème siècle". Une sorte de montée en puissance irrémédiable donc qui ne se fera pas sans vague, mais qui pourrait avoir pour effet de mettre Washington en difficulté. D'ailleurs, selon Ted Fishman, "un des objectifs de la Chine dans ses agissements politiques est de diminuer l'influence des USA en Asie. Le match Chine-USA es asie s'inscrit sur le long terme mais il est en marche". Sur la question chinoise, David Sanger note de son coté que le "problème chinois est un problème de leadership, de partenariat et de confiance, la confiance que l'amérique est suffisament forte pour gérer l'émergence d'autres superpuissances et suffisamment sécurisée pour ne pas devenir paranoïaque par rapport au fait que l'avance de l'amérique vis a vis d'un de ses plus grands compétiteurs est en train de fondre".

    En tout état de cause, la Chine se montre de plus en plus décidée à partager le leadership avec Washington dans la région avant peut être d'aller plus loin. L'affaire du Kitty Hawk du 26 octobre 2006 qui vit un sous marin chinois de classe Song faire surface dans la zone d'influence de l'US Navy, fut le signe avant coureur de ce que la Chine cherche à démontrer: la toute puissance navale des USA en Asie Pacifique appartiendra bientôt au passé.

    Et les incidents se poursuivront. L'un d'eux marqua l'entrée en fonction du nouveau gouvernement Obama, dans l'île d'Hainan, au sud de la Chine. En mars 2009, en mer de chine, le navire américain USNS Impeccable fut suivi et approché par cinq navires militaires chinois. Washington chercha à apaiser les tensions, et offrit sur ce point une oreille complice à Beijing. Suite à l'incident au large de Hainan, Hillary Clinton a ainsi déclaré à son homologue chinois, lors d'un entretien que "nous devons travailler dur à l'avenir afin d’empêcher de tels incidents aux conséquences incertaines" "travailler dur et surtout ensemble". Voila ce que recherche la Chine. Et voila ce que déplorent certains cercles stratégiques américains qui craignent de voir les USA perdre leur hégémonie en Asie Orientale, avant de la voir disparaitre complétement.

    Accepter le soft power chinois


    Un des plus grands défis de l'administration obama dans sa relation avec Beijing consiste à accepter enfin l'émergence d'un soft power chinois. En s'opposant systématiquement à l'unilatéralisme de Washington, mais de manière contenue, et en proposant dans le même temps le slogan attractif d'émergence (ou d'ascension) pacifique, la Chine a profité de la détérioration considérable de l'image des USA pour s'imposer et devenir, à son tour, incontournable. Certes, le poids de la puissance économique chinoise et ses capacités en matières d'investissements comptent pour beaucoup dans la reconnaissance internationale dont ce pays fais désormais l'objet, mais rien n'aurait été possible si ce constat n'avait pas été accompagné d'une stratégie finement élaborée. Beijing aurait pu se contenter de ne pas souscrire à la politique étrangère aventureuse de l'administration Bush, mais elle est allé plus loin en proposant une véritable alternative qui lui vaut une reconnaissance et un soutien sans précedent dans les pays dits du Sud, auxquels elle revendique d'ailleurs encore appartenir.

    Comme le note je journaliste chinois basé à Paris,Zheng Ruolin, "la Chine est devenue un partenaire majeure non seulement pour les pays occidentaux, mais également pour les pays du Sud, en Afrique et en Amérique latine notamment". Il ajoute que l'émergence de la chine apporte de nombreux soutiens politiques aux régions dans lequelles les USA souffrent d'un déficit d'image et sont perçus comme une puissance impérialiste. La Chine se substituerait donc à Washington dans les pays où la perception de la puissance américaine a été mise à rude épreuve ces dernières années. Même Barack Obama le fit remarquer lors de la campagne présidentielle 2008 lors d'un débat télévisé l'opposant à John McCain. Pour lui, tandis que les USA ont détérioré leur image sur la scène internationale, d'autres acteurs comme la Chine en ont profité pour y renforcé leurs influence. Et d'avancer les cas de l'Afrique et de l'Amérique Latine comme les exemples les plus nets de cette stratégie payante de Beijing. Les "amis" de Beijing, intéressés ou parfois instrumentalisés, sont en tout cas devenus les vecteurs de son soft power. Face à cela, les "ennemis" de Washington qui sont parfois les mêmes causent un tort à la première puissance mondiale nettement plus importabt que celui supposé.

    Pour l'heure, la plupart des analystes américains, s'ils suivent de près le soft power chinois, n'en relèvent que rarement le caractère menaçant pour la première puissance mondiale et s'associent aux experts chinois pour tenter d'en déterminer les implications. Joseph Nye et Wang Jisi se sont notamment efforcés de définir le soft power chinois en tenant compte de cinq éléments. Pour eux:
    _ le soft power chinois ne semble pas dirigé contre le soft power américain
    _ l'idée selon laquelle le modèle de développement et de parti unique combinés en Chine dispute le modèle occidentale est excéssive
    _ le soft power chinois peut aider la diplomatie américaine
    _ l'attitude chinoise à l'égard du soft power américain est purement défensive
    _ les chinois s'inspirent du soft power américain

    Certains experts américains estiment que face à cette montée en puissance de la Chine qui s'appuie sur le soft power Washington ne doit surtout pas durcir sa position, au risque de perdre en crédibilité, mais au contraire privilégier le soft power américain. Comme le rappelle John Ikenberry, "les USA ne peuvent empêcher la montée en puissance de la Chine, mais ils peuvent s'assurer que cette montée en puissance respecte les règles et les institutions que Washington et ses partenaires ont mis en place au siècle dernier afin de mieux servir les intérêts de l'ensemble des États à l'avenir". Plutôt que de chercher à s'opposer, sans succès, à la montée en puissance de la Chine, le professeur de Princeton recommande ainsi un soft power qui permettrait d'établir un ordre mondial moins chaotique en invitant la Chine à accepter les valeurs occidentales dans les relations entre États.

    Même approche positive du coté chinois, Chen Zhiya, secrétaire général de la China Foundation for International and Stratégic Studies (CFISS) estime que : les USA et la Chine ne sont pas ennemis, et ne le seront a priori jamais. La Chine n'a pas l'intention de défier les USA militairement; tout problème survenant entre la Chine et les USA à propos de Taiwan engagerait une opération de gestion de crise plutôt que 'une confrontation stratégique; la Chine et les USA devraient travailler à des plus étroites coopérations dans le domaine militaire.

    Les souhaits de Beijing de garder profil bas sur la scène internationale, de refuser le statut d’hyper-puissance et de ne pas chercher à imposer un modèle se retrouvent une volonté très nette des dirigeants chinois à faciliter l'émergence d'une multipolarité au sein de laquelle la Chine serait un élément important. Pour ce faire, Beijing s'est mué en champion du multilatéralisme refusant toute forme d'hégémonie d'une puissance sur la scène internationale. Cette stratégie, que nous qualifierons de propre aux puissances moyennes, a le mérite de servir l'image de la Chine sur la scène internationale tout en assurant une place de choix à Beijing dans le concert des nations : ou comment la défense du multilatéralisme et la recherche de la multipolarité sont devenues les instruments d'une sorte de smart power chinois.

    Dans un article publié en 2004, Walter Russel Mead, chercheur au Conseil on Foreign Relations (CFR), notait pour sa part que la projection des succès économiques d'une nation peut lui permettre d'attirer d'autres pays qui estiment qu'a son contact ils verront leur économie progresser. Ce concept qualifiéé de Sticky Power trouve une parfaite illustration dans la Chine contemporaine, de nombreux états se voyant dans une situation de quasi impossibilité de ne pas l'accepter, sans porter de jugement sur la nature de son régime. Le Sticky Power serait ainsi à mi-chemin entre le Hard Power et le Soft Power; les stratégies utilisés ne seraient pas coercitives et ne relèveraient pas uniquement de la capacité d'influence. Or aujourd’hui, les USA ne peuvent ignorer la pouvoir de la Chine, notamment dans le domaine économique, qui lui permet de voir sa diplomatie progresser dans de nombreuses régions. Pour Beijing, ce Sticky Power est un Soft Power plus avancé qu'il est tout bonnement impossible de refuser.

    Preuve de passage de relais entre les USA et la Chine, la chaine de télévision chinoise internationale CCTV9 rapportait le 20 mai 2009 des propos tenus par Joseph Nye à l'égard du Soft Power chinois: "Selon le professeur Nye, le développement du Soft Power de la Chine est impressionnant, les USA pourraient s'inspirer de ses remarquables progrès accomplis en la matière". Le professeur d'Harvard critiquait ici autant les carences du Soft Power américain qu'il louait les mérites de la stratégie de rayonnement de la Chine. Il n'en demeure pas moins que l'inventeur du concept voit dans la Chine le digne hériter de sa théorie, et il n'est pas le seul.
     
    #2 mam721, 2 Décembre 2011
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  3. mam721

    mam721 Membre Silver

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    L'administration Obama cherche à profiter de cette émergence bienveillante de la Chine pour s'associer à elle dans la gestion des grands enjeux internationaux, même si elle continue à la regarder avec méfiance. mais sur le long terme ce qui est établi de façon indiscutable, c'est que Beijing voie son influence se renforcer de manière considérable sans même avoir à trop forcer, presque naturellement. Pour Fareed Zakaria, "la Chine a plus de chances de rester une puissance asymétrique. Elle est déjà en train d'explorer et de développer des moyens de compliquer et de réduire la suprématie militaire américaine, comme les technologies liées à l'espace et à Internet. et plus important, elle va utiliser sa puissance économique et ses moyens politiques pour atteindre ses objectifs sans avoir à faire usage de sa force militaire". En d'autres termes, privilégier le Soft Power et la puissance de son économie et moins ses capacités de Hard Power. Washington doit donc apprendre à tolérer le Soft Power chinois, et ses implications pour espérer établir un partenariat durable avec Beijing. Là est sans doute le principal défi du Smart Power de la présidence Obama.
     
  4. jpgarand

    jpgarand Membre Bronze

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    Excellent article !

    J'aime beaucoup ton article !

    Il est vrai que l'hegemonie americaine mondiale est chose du passe. Il est temps pour USA d'arreter de vouloir tout controler, tout dicter. Le Hard Power ne peut vener qu'a un affrontement mondial a plus ou moins long terme.

    Je souhaite simplement que l'attitude "Soft" de la Chine n'est pas qu'un premier pas strategique vers une nouvelle hegemonie mondiale... Si la Chine se base veritablement sur les politiques americaines pour batir leur politique etrangere, que feront-ils lorsqu'ils deviendront "tout-puissant" au sommet de l'economie et de la puissance militaire au niveau mondial ?
     

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