Économie chinoise début 2026 : un démarrage solide mais l'immobilier reste le maillon faible

Mathieu

Alpha & Oméga
Admin
15 Oct 2006
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Shanghai, People Square
www.murailledechine.com
Les premiers chiffres économiques de l'année viennent de tomber, et le bilan est contrasté. D'un côté, la production industrielle et les exportations surpassent les attentes des analystes. De l'autre, le marché immobilier poursuit sa descente entamée il y a maintenant quatre ans. Décryptage d'une économie à deux vitesses qui concerne directement ceux qui vivent et travaillent ici.


Indicateur (jan-fév 2026)RésultatPrévisions analystesDécembre 2025
Production industrielle+6,3 %+5,3 %+5,2 %
Ventes au détail+2,8 %+2,5 %+0,9 %
Exportations (USD)+21,8 %+7,1 %+6,6 %
Investissement immobilier-11,1 %
Investissement fixe (hors rural)+1,8 %-3,8 % (2025)
Chômage urbain5,3 %5,3 %






Un début d'année meilleur que prévu​

Le Bureau national des statistiques (NBS) a publié le 16 mars les données combinées de janvier-février, une pratique habituelle pour lisser les distorsions liées au Nouvel An chinois, dont les dates varient chaque année.

Et le verdict a plutôt surpris les marchés. La production industrielle a progressé de 6,3 % en glissement annuel, en nette accélération par rapport aux 5,2 % de décembre. Les analystes tablaient sur 5,3 %. Le secteur manufacturier high-tech tire particulièrement son épingle du jeu avec une croissance de 13,1 %, soit presque le double du rythme global. Côté produits, les chiffres donnent le tournis : la production d'imprimantes 3D bondit de 54 %, celle des batteries lithium-ion de 43 %, et les robots industriels affichent +31 %.

Les ventes au détail ont quant à elles grimpé de 2,8 %, contre seulement 0,9 % en décembre. Un rebond porté par les dépenses du Nouvel An chinois. L'alimentaire (+10,2 %), l'habillement (+10,4 %) et le tabac-alcool (+19,1 %) ont mené la danse. Les ventes de services, elles, ont progressé de 5,6 %, signe que le tourisme intérieur et la restauration restent des moteurs de consommation.

Mais attention à ne pas s'emballer. Le PMI manufacturier est passé à 49 en février, son plus bas en quatre mois et le deuxième mois consécutif en zone de contraction. Concrètement, ça signifie que l'activité manufacturière au sens large reste fragile, même si certains segments high-tech explosent les compteurs.




Le commerce extérieur en mode turbo​

C'est probablement la donnée la plus spectaculaire de ce début 2026. Les exportations chinoises ont bondi de 21,8 % en dollars sur les deux premiers mois, la plus forte hausse en quatre ans, et trois fois supérieure aux prévisions des analystes de Reuters qui tablaient sur 7,1 %. L'excédent commercial atteint déjà 213,6 milliards de dollars, bien au-dessus des 169 milliards de la même période l'an dernier.

Les exportations de produits électromécaniques et haute technologie ont progressé de 24,3 %, portées par le boom mondial de l'IA. Les échanges avec l'ASEAN bondissent de 29,4 %, et ceux avec l'Europe de 27,8 %. À l'inverse, les exportations vers les États-Unis reculent encore de 11 %, conséquence persistante des tensions tarifaires de 2025, même si la situation s'est partiellement apaisée après le sommet Xi-Trump d'octobre dernier et la décision de la Cour suprême américaine d'invalider certains droits de douane IEEPA.

Pour ceux qui font du sourcing ou de l'import-export depuis la Chine, cette dynamique reste à surveiller de près.

Wang Wentao a dit:
L'environnement extérieur du commerce reste complexe et sévère, notamment avec les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient qui affecte les chaînes d'approvisionnement et le marché de l'énergie.




L'immobilier, le boulet persistant​

Et puis il y a l'éléphant dans la pièce. L'investissement immobilier a chuté de 11,1 % sur les deux premiers mois, à 961,2 milliards de yuans. Les surfaces vendues reculent de 13,5 %. Les mises en chantier s'effondrent de 23,1 %. En février, les prix des logements neufs dans les 70 principales villes ont encore baissé de 3,2 % en glissement annuel.

Pour replacer les choses dans leur contexte : les ventes de logements neufs sont tombées à 8 400 milliards de yuans en 2025, soit moins de la moitié du pic de 18 200 milliards atteint en 2021. S&P Global a d'ailleurs revu ses prévisions à la baisse dès février, anticipant désormais un recul de 10 à 14 % des ventes en 2026, contre 5 à 8 % estimés en octobre.

Une note un peu plus encourageante tout de même : le rythme de baisse des prix ralentit. En mois sur mois, les prix des logements neufs n'ont reculé que de 0,28 % en février contre 0,37 % en janvier. Shanghai reste la seule grande ville à avoir enregistré une hausse des prix en 2025 (+5,7 %), tandis que Pékin, Canton et Shenzhen affichaient des baisses d'au moins 3 %.

Pour ceux de la communauté qui réfléchissent à investir dans l'immobilier chinois, la prudence reste de mise. Goldman Sachs estime que le frein immobilier sur la croissance devrait se réduire progressivement, mais un vrai retournement de tendance n'est pas attendu avant 2027 au plus tôt.




15e Plan quinquennal : la tech comme moteur, la conso comme promesse​

Ces données économiques arrivent dans un contexte politique important : l'Assemblée populaire nationale a validé début mars le 15e Plan quinquennal (2026-2030), qui fait de l'IA, de la robotique et de l'autonomie technologique les piliers de la stratégie économique. Le plan mentionne l'intelligence artificielle plus de 50 fois et introduit un "plan d'action IA+" visant à intégrer la technologie dans tous les secteurs industriels.

L'objectif de croissance pour 2026 a été fixé dans une fourchette de 4,5 à 5 %, en baisse par rapport aux 5 % de 2025. Goldman Sachs anticipe 4,8 %, légèrement au-dessus du consensus de 4,5 %. Le Premier ministre Li Qiang a expliqué que cet objectif plus prudent visait à "laisser de la marge pour les réformes structurelles et le contrôle des risques", plutôt que de pousser la croissance par le stimulus à tout prix.

Mais comme le souligne une analyse du Rhodium Group, la poussée technologique ne compense pas encore la contraction immobilière : entre 2023 et 2025, les nouvelles industries (IA, robotique, véhicules électriques) n'ont ajouté que 0,8 point de PIB, tandis que l'immobilier et les secteurs traditionnels en ont perdu six. L'automatisation accélérée pourrait aussi supprimer jusqu'à 100 millions d'emplois sur la prochaine décennie, un chiffre qui dépasse la population active de nombreux pays.




Ce que ça signifie concrètement​


Pour la communauté francophone en Chine, ces chiffres dessinent plusieurs tendances à garder en tête. Les profils tech et ingénierie dans l'IA, la robotique ou les batteries restent très recherchés, car le secteur manufacturier high-tech croît deux fois plus vite que la moyenne. En revanche, les secteurs liés à l'immobilier, la construction et les industries traditionnelles continuent de souffrir.

Côté consommation, le programme gouvernemental de reprise d'anciens biens (trade-in) continue de soutenir certains achats, notamment en électroménager. Mais les ventes automobiles restent en berne (-7,3 %), et le marché de l'emploi reste tendu avec un taux de chômage urbain stable à 5,3 %. Un chiffre qui, comme le savent les habitués, ne reflète qu'imparfaitement la réalité du terrain.

L'excédent commercial record est à double tranchant : il témoigne de la compétitivité des exportateurs chinois, mais il alimente aussi les frictions commerciales internationales. Pour les entreprises françaises qui opèrent depuis la Chine, le contexte géopolitique et les perturbations liées au Moyen-Orient sont des variables à intégrer dans la planification des prochains mois.

Données du Bureau national des statistiques (NBS), publiées le 16 mars 2026
Administration générale des Douanes (GAC), données du 10 mars 2026
S&P Global Ratings, China Property Watch, février 2026
Goldman Sachs Research, China Economic Outlook, janvier 2026
Rhodium Group, analyse de l'impact des nouvelles industries, janvier 2026
China Briefing, China's Economy in 2026, mars 2026
Bloomberg, China Home Prices, mars 2026
 
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L'immobilier n'a pas beaucoup d'avenir si ce n'est un avenir du type japonais.