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Un Chinois pétitionnaire exproprié se fait exploser après un déni de justice

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Orang Malang, 30 Mai 2011.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
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    LE MONDE du 29 mai 2011

    Pékin Correspondant - C'est le sujet le plus débattu sur Weibo, l'équivalent de Twitter en chinois, et il provoque une grande émotion : Qian Mingqi, un homme de 52 ans, sans emploi, qui pétitionnait depuis de longues années, serait à l'origine de la triple explosion qui a endommagé des bâtiments officiels de la ville de Fuzhou, dans la province du Jiangxi (sud-est de la Chine), jeudi 26 mai. Ces explosions ont fait au moins deux morts, dont Qian Mingqi, et une dizaine de blessés.

    Les lieux choisis ne sont pas anodins : il s'agit du parquet, du siège du gouvernement du district, où habitait Qian Mingqi, ainsi que du bureau de contrôle alimentaire et sanitaire.

    La veille de commettre son acte vengeur, l'homme avait prévenu sur Weibo qu'il faudrait "faire attention à une série de nouvelles explosives" à Fuzhou. La raison, avait-il expliqué, en était les agissements de l'ancien maire du district de Linchuan à Fuzhou, accusé d'avoir détourné une partie de l'argent destinée à indemniser des propriétaires expulsés, dont faisaient partie Qian Mingqi et son épouse, morte depuis.

    Malgré les preuves dont il disposait, ce dernier avait vu sa demande de procès rejetée. Après avoir pétitionné, pendant dix années, il souhaitait désormais "accomplir une action concrète pour rendre justice au peuple et éradiquer le mal".

    Près de 2,3 millions d'usagers de Weibo se sont exprimés depuis jeudi sur la page consacrée à l'affaire. On n'y parle guère des victimes. Beaucoup s'interrogent sur la recrudescence des violences dans un pays "sans justice". Certains rendent hommage à Qian Mingqi : "Dix ans d'injustices réglées en un seul jour ! Un vrai homme, un vrai héros. Hommage au martyr", écrit@qianmingqi. D'autres déversent leur haine contre les officiels locaux.

    Les dénis de justice et les démarches sans fin des pétitionnaires qui tentent de dénoncer les abus dont ils se considèrent victimes les conduisent le plus souvent à en subir de nouveaux et alimentent une spirale de la violence.

    "VOIX SUBMERGÉES"

    Les cas de propriétaires expulsés qui s'immolent par le feu sont fréquents. Les actes vengeurs aussi. En 2008, un jeune homme maltraité par la police a pénétré dans le quartier général de la sécurité publique de Shanghaï et tué six fonctionnaires. Il y a deux semaines, un employé d'une coopérative agricole du Gansu remercié par son employeur a plastiqué son ancien lieu de travail. Ces faits divers sont le plus souvent étouffés : les enquêtes ne rendent jamais publiques les raisons du désespoir criminel ou suicidaire.

    Pour l'affaire Qian Mingqi, la "boîte noire" Internet a parlé : les internautes ont eu le temps, avant que la censure n'intervienne, d'exhumer le fil des doléances et des états d'âme du pétitionnaire à travers les 364 messages qu'il avait mis en ligne en à peine un an. Invité à s'exprimer sur le sujet, le sociologue Yu Jianrong, personnalité influente du Net chinois, écrit : "Que voulez-vous que j'exprime. De la compassion ? Du soutien ? Des reproches ? Pour défendre le droit du peuple, il faut restreindre le pouvoir par l'équité et une vraie justice. Et mener une réforme politique. "

    Le jour même de l'attentat, Le Quotidien du peuple consacrait un éditorial aux "voix submergées" de la société, sous la forme d'un plaidoyer pour le droit d'expression et le "sauvetage" de tous ceux qui se sentent négligés, ne sont pas entendus et ne disposent d'aucun moyen pour faire valoir leurs doléances.

    Signe des dissensions qui traversent le parti, c'est le cinquième éditorial en moins d'un mois à tenter de promouvoir une vision libérale et progressiste de la sacro-sainte "préservation de la stabilité sociale ". Cette antienne a été le prétexte, ces derniers mois, à une dérive vers un tout-répressif qui exaspère la population.
     

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