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Shuimotou, village chinois sous les cendres de charbon

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Orang Malang, 8 Octobre 2010.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
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    C'est à quelques kilomètres de là, immense bande de terre qui de loin semble briller au soleil, qu'est situé le dépôt de cendres de la centrale. Il recueille les scories de la combustion du charbon, source de production d'électricité. Cette décharge est l'un des nombreux dégâts collatéraux de l'hyper-croissance chinoise, dont les besoins colossaux en énergie reposent sur l'une des plus polluantes d'entre elles, le charbon. L'environnement ainsi que les communautés humaines, peu informées et désemparées face aux dangers auxquels elles sont exposées, paient un lourd tribut à cette dépendance.

    Des pipelines transportent les cendres mélangées à de l'eau sous pression sur le site de Shentou. Mais la surface à hydrater est immense. Elle s'étend sur plusieurs kilomètres carrés, tel un désert gris et craquelé. Au loin, des camions et des pelleteuses s'activent. Des croisillons sont visibles par endroits sur les contreforts du dépôt, mais ils sont le plus souvent enfouis sous les cendres.

    Des minidunes de poussières de charbon se sont formées aux abords du chemin de boue et de suie qui mène au village de Shuimotou, à quelques centaines de mètres du dépôt. C'est un jour de ciel bleu d'automne, sans nuage et sans vent. Des villageois bavardent, profitant des derniers rayons du soleil, mais évoquer le dépôt de cendres voisin provoque de vives réactions : "A la saison des vents forts, en hiver et au printemps, on ne voit plus à 50 mètres. Il y a des cendres partout. Sur les habits. Dans les placards. Dans les oreilles !", raconte un vieil homme.

    Les terres situées entre le village et le site ne donnent plus rien, disent d'autres villageois. Quand il n'a pas été labouré, le sol est blanchâtre. Et il n'y a quasiment plus d'animaux : un seul boeuf, quelques chèvres. Le reste a été vendu, car les bêtes tombent trop souvent malades. Ou meurent. "Les gens sont mal en point. Il y a de l'hypertension, de l'arthrite, du diabète. Personne ne sait vraiment quelle en est la raison", poursuit une femme.

    Si les cendres constituent une pollution dite "secondaire", moins grave que les rejets sauvages d'usines chimiques, car leur concentration en métaux lourds reste faible, elles ont un impact néfaste sur l'environnement, chargeant l'air de particules fines et toxiques. Et surtout, elles contaminent l'eau, comme l'a détaillé, dans un rapport publié mi-septembre, Greenpeace China, qui a effectué des prélèvements à proximité de quatorze sites disséminés dans le pays. S'il n'est pas le plus toxique, le dépôt de Shentou fait partie des plus mal consolidés et entretenus.

    Or, cela fait plus de vingt ans que la décharge s'agrandit et empoisonne petit à petit le voisinage. La pression provoquée par les tonnes d'eau déversées sur le dépôt établi à une quinzaine de mètres au-dessus du sol provoque l'affaissement des maisons. Ou inonde les caves à légumes. Greenpeace soupçonne, sans avoir pu le vérifier, que les eaux en provenance du site ne sont pas traitées.

    Interrogée par Le Monde, la direction de la centrale thermique n'a pas répondu à nos questions. "A cause de la pression et d'un effet de vases communicants, l'eau infiltrée dans le sol remonte. Ça a empiré depuis 2008. C'est une pollution très grave", constate Tian Rong. Ce natif du village, qui y réside par périodes, a des responsabilités politiques dans la ville de Shuozhou. Il a néanmoins décidé d'aider les villageois dans leurs démarches : "On a déposé des documents aux autorités du district, de la ville. Et de la province", explique-t-il.

    Ces efforts ont conduit la centrale, qui appartient à State Grid Corporation of China, premier distributeur d'électricité chinois, à offrir de maigres compensations : 1,3 million de yuans (140 000 euros), précise M. Tian, ont été alloués en 2006 à la communauté pour cinq ans. Soit environ 1 000 yuans (110 euros) par foyer et par an. Une cinquantaine de hangars en tôle ont été donnés pour servir de lieux de stockage provisoires, ainsi que des sacs de riz et de farine.

    Le 14 septembre, les villageois ont toutefois appris qu'ils allaient déménager dans la ville de Shuozhou. Des affiches posées sur les murs des maisons leur promettent "de vivre éloignés des sources de pollution et de commencer une vie normale". "Les 270 familles vont être déplacées aux frais du gouvernement. Elles recevront en outre 350 yuans (40 euros) par mu (l'arpent de terre, équivalent à 0,06 hectare)", confirme Yang Ping, le secrétaire du parti de Shuimotou interrogé par téléphone. Le comité du village sera chargé du développement du Parc aquatique du district de Qilihe et d'un programme de gestion des parkings de la ville, qui fourniront des emplois aux paysans relogés.

    Mais le responsable du parti dément tout lien avec la pollution : "Ce sont des problèmes géologiques. Les villageois souhaitent être indemnisés, donc ils prétendent que c'est dû au dépôt, c'est faux !" Lui ne passe, reconnaît-il, que quatre ou cinq jours par an à Shuimotou. Il soutient toutefois que "les cendres sont solidifiées"

    La difficulté pour les ruraux de voir aboutir leurs recours en cas de litige est accrue par leur statut de citoyens de seconde zone : "Le système de permis de résidence empêche les paysans de s'installer ailleurs de leur plein gré" dit Xingmin Zhao, qui a mené l'enquête de Greenpeace sur les dépôts de cendres de charbon chinois. Otages de pollueurs puissants, les habitants de Shuozhou en sont réduits à attendre qu'on décide pour eux.

    Article paru dans l'édition du 08.10.10.


    Energie La Chine est le premier producteur et le premier consommateur mondial de charbon. Le minerai est la source de 80 % de son électricité (66 % en Inde, 50 % aux Etats-Unis, un peu plus de 4 % en France). En 2008, elle a englouti plus de 40 % du charbon consommé dans le monde.

    Croissance L'hypercroissance du pays pourrait être à l'origine de près de 65 % de la croissance mondiale de la consommation

    de charbon entre 2007 et 2030, selon l'Agence internationale de l'énergie, avec une augmentation de 2,9 % par an.
     

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