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Plongée dans l'univers virtuel des néo-maoïstes chinois

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Cyril.G, 25 Avril 2011.

  1. Cyril.G

    Cyril.G Dieu Supérieur

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    Petit Pavet :).

    Article de Le Monde.fr | 23.04.11


    Pékin, correspondant - La crispation autoritaire du régime chinois se double d'un retour en force des mouvements nationalistes, souvent néo-maoïstes. S'il existe depuis plusieurs années tout un courant de pensée représenté par les intellectuels dit de la nouvelle gauche, c'est sur Internet que s'expriment les tendances les plus virulentes de ces mouvements souvent disparates.

    Ces sites, qui tiennent pour certains du défouloir, ne sont pas sanctionnés par le régime. Ils sont le plus souvent accessibles en Chine, contrairement à nombre de sites pourtant inoffensifs. Leurs membres sont bien moins inquiétés par la police que ne le sont les militants pro-démocratie.


    Sont-ils manipulés ou instrumentalisés par les organes de sécurité ? Certains indices le laissent penser, comme l'apparition d'un blog "anti-Ai Weiwei", le 27 mars, une semaine avant l'arrestation de cet artiste par la police chinoise, le 3 avril à l'aéroport de Pékin.

    Certes minoritaires, les néo-maoïstes en ligne sont le signe d'une dérive inquiétante : ils prennent désormais pour cible les personnalités les plus libérales des milieux intellectuels ou du Web – galvanisés sans doute par la vindicte officielle de la propagande contre tous ceux qui tombent dans la catégorie des ennemis de la Chine, à l'image de Ai Weiwei ou encore Liu Xiaobo.

    LA CHASSE AUX "ESCLAVES DE L'OCCIDENT"

    Ainsi du site néo-maoïste jinbushehui, qui signifie "société avancée", apparu en 2010. L'emblème du mouvement est un panda en armes, devant le drapeau chinois. A côté d'un poème de Mao qui encourage à "éliminer tous les insectes nuisibles", on lit une devise : "à la recherche du moment glorieux où se réalisera la régénération d'une civilisation grandiose".

    Un concept qui renvoie au redressement de la Chine après les "humiliations" des invasions occidentale et japonaise au XIXe et XXe siècles, et que l'on trouve fréquemment dans les discours des dirigeants et les éditoriaux des médias officiels. Les organisateurs de jinbushehui ont décliné la demande d'interview du Monde.

    Suivent quatre rubriques. La première est consacrée aux xinu, ou "esclaves de l'Occident". On y trouve les principales figures du mouvement démocratique (avocats, journalistes, intellectuels, écrivains...), accusées de faire le jeu de l'Occident par leurs critiques incessantes des failles du système chinois et des problèmes sociaux. Des photos les montraient en novembre 2010, avec une corde autour du cou.

    Le site, hébergé aux Etats-Unis, a ensuite diffusé une version un peu moins agressive : les visages sont désormais entourés d'un triangle rouge. "L'échafaud des esclaves de l'Occident" a été rebaptisé Xinuleaks, en référence à Wikileaks. Les "esclaves de l'Occident" sont classés en catégories, dans la grande tradition des mouvements maoïstes.

    L'artiste Ai Weiwei fait partie des "traîtres", avec cinq étoiles, tout comme le Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo. L'avocat Xu Zhiyong, très engagé auprès des pétitionnaires, et l'éditorialiste Hu Shuli, qui dirige le site d'informations économiques Caixin, connu pour son ton critique, sont des "cadres dirigeants". Parmi les "petits soldats", on trouve l'avocat Teng Biao. Et chez les "immatures", le journaliste et blogueur Zhai Minglei. L'écrivain et blogueur Han Han est également qualifié d'esclave de l'Occident. Tout comme le site internet 163.com.

    Faisant l'objet d'une enquête pour soi-disant crime économique, Ai Weiwei est la dernière bête noire de jinbushehui. Un article signé de "l'administrateur" (en chinois) fustige les déclarations de l'Allemagne en faveur de sa libération. Il incite à "punir sévèrement Ai Weiwei, ce déchet de l'humanité". "Ceux qui le laissent faire sont des traîtres" lit-on, en dessous d'une photo de Hitler barrée d'une croix rouge.

    L'article dénonce la "politique diplomatique honteuse du parti communiste bandit qui vend la Chine à l'étranger". Il conclut que "la régénération de la Chine, c'est pour écraser les colonialistes blancs qui ont commis tant de crimes…". Le site anti-Ai Weiwei déroule une litanie d'insultes sur l'artiste et sa famille.

    Le premier ministre Wen Jiabao, l'un des seuls dirigeants chinois à se prononcer en faveur d'une réforme politique, n'est pas épargné par les critiques (en chinois). Sa dernière sortie, le 14 avril, sur la nécessité pour les cadres du parti de "dire la vérité" (ici en anglais), sonne, pour l'administrateur de jinbushehui comme "l'éternel refrain du christianisme et de la démocratie".


    [​IMG]
    Wen Jiabao, ici lors de sa visite surprise aux pétitionnaires chinois à Bo'ai (province du Henan), le 24 janvier 2011.



    "Les problèmes de corruption et de sécurité alimentaire que connaît la Chine n'ont rien à voir avec le régime politique : ils ont été engendrés par le dollar criminel", poursuit-il, avant d'expliquer que les Etats-Unis impriment du papier monnaie à tout-va et pillent les ressources chinoises. "L'affaiblissement moral en Chine est due à la pénétration des valeurs occidentales, du dollar et du christianisme, qui ont poussé les Chinois à se détourner des idéaux communistes et de la pensée de Mao", lit-on.

    CONFUCIUS RENVOYÉ DANS "SA RÉGION NATALE"

    Ouvertement maoïste, le site Utopia propose des textes et des ouvrages du Grand Timonier, que l'internaute peut acheter en ligne, ou à la librairie du même nom, logée dans les étages d'une tour à Pékin. Selon Fan Jinggang, l'un des responsables d'Utopia, le site aurait reçu 300 millions de visiteurs en 2010, dont "un grand nombre de jeunes nés dans les années 1980 et 1990".

    Parmi les récents "sujets chauds" d'actualité commentés par le site, on trouvait ces derniers jours l'article "Les avocats noirs qui fabriquent de fausses preuves" (en chinois), sur le procès de l'avocat Li Zhuang à Chongqing. Celui-ci est accusé d'avoir incité son client, un parrain de la mafia, à faire de fausses confessions. Mais le procès au cours duquel sa culpabilité a été soit-disant prouvée est truffé d'irrégularités, selon les milieux libéraux. Les rédacteurs d'Utopia n'en ont cure : ils honnissent l'avocat.

    Autre actualité en vue, le déménagement, le 22 avril, de la statue de Confucius de la place Tiananmen, où elle avait été inaugurée en grande pompe début janvier 2011, est un motif de célébration pour les auteurs du site. "Le peuple ne peut pas être humilié. La capitale ne peut pas être transformée en temple de Confucius. Le droit chemin, c'est qu'il rentre dans sa région natale", lit-on dans un poème (en chinois). Un autre auteur déplore que "Confucius ait été installé sur la place Tiananmen dans une posture de salutation envers les grands pays occidentaux". Le site Drapeau de Mao montre, lui, une photo de la statue de Confucius sur laquelle a été dessinée le caractère chai, qui signifie "à démolir".

    Confucius avait pourtant été progressivement réhabilité ces dernières années par le régime communiste, en mal de repères idéologiques. Sa mise au placard a surpris : la statue a rejoint une cour intérieure du Musée national de Chine. Mais en janvier, son apparition place Tiananmen avait été présentée comme permanente.

    Les spéculations foisonnent : cette éviction de la statue du grand philosophe est-elle un coup des "durs" au sein du régime ? Faut-il y voir une attaque contre Hu Jintao, chantre d'une "harmonie" autoritaire d'inspiration confucéenne.

    "PARTIS" NÉO-MAOÏSTES

    La nébuleuse néo-maoïste se compose aussi d'au moins deux "partis" – qui restent virtuels, puisqu'il est interdit en Chine de créer un parti politique, quand bien même celui-ci serait d'inspiration communiste.

    Le Parti communiste du maoïsme a été créé le 26 décembre 2008, quelques semaines après le lancement de la Charte 08, le manifeste pro-démocratie qui a valu onze ans de prison à Liu Xiaobo. Ses organisateurs ont publié une "lettre au peuple chinois" et une charte, où ils critiquent, dans un style qui rappelle la révolution culturelle, les réformes engagées lors des trente dernières années.

    Ils souhaitent avoir pour président Bo Xilai, le chef de Chongqing, dont les méthodes et la rhétorique rappellent parfois celles de Mao – même si sa famille fut directement victime des purges du Grand timonier. Signe que l'intéressé se méfie de cet honneur, une trentaine de membres du groupuscule se sont toutefois fait arrêter à Chongqing, en octobre 2009, au motif qu'ils avaient "fomenté la terreur et fait de la démagogie". Ils ont été libérés, sauf deux d'entre eux.

    Le Parti (communiste) des ouvriers aurait, lui, été lancé en 2005 par un avocat sino-américain, Song Baoling. Le parti se décrit comme un parti frère jumeau du PCC, et se réclame du maoïsme et du léninisme. Il dit représenter la voix et les intérêts d'ouvriers en activité ou au chômage.

    L'avocat Si Ning raconte sur son blog avoir été contacté en janvier 2009 par les membres du comité préparatoire, qu'il estime à une vingtaine de personnes, dont des personnalités de la gauche chinoise, pour vérifier comment il était possible d'enregistrer en Chine un parti politique. Il a répondu qu'il n'existait pas de réglementation qui prévoyait ce cas.

    La première "assemblée nationale" du Parti (communiste) des ouvriers aurait eu lieu à Pékin le 23 juillet 2009 (le même jour que le PCC en 1921), au son de l'Internationale, en présence de 56 représentants de 37 cellules communistes, représentant 112 000 membres (dont 72 % sont aussi membres du PCC). On trouve le communiqué officiel sur un blog, dont l'auteur dit ne pas partager les idées. Les rédacteurs du communiqué expliquent qu'ils n'ont pas pu s'enregistrer, mais que c'est aussi le cas pour le PCC...

    Lire l'intégralité de cet article dans la section Abonnés du site ou dans Le Monde daté du dimanche 24-lundi 25 avril et disponible dans les kiosques ce samedi à partir de 14 heures.
     
  2. mahu

    mahu Modo en carton

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    du temps libre Cyril, en ce moment ?

    tout "pays" manipule sa population avec les bons vieux principes du "c'etait mieux avant" et "retrouver la grandeur d'antan".
     
  3. Cyril.G

    Cyril.G Dieu Supérieur

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    Du temps libre pendant ma pause :).
     
  4. MTT

    MTT Demi-dieu

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    bref on apprend, o miracle, qu'il y a aussi des extremistes (de droite et de gauche d'ailleurs) en Chine. On s'y attendait pas dis donc, sur une population de 1,3 milliard.
     
  5. Malyn

    Malyn Dieu

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    Extrémistes certes mais communistes avant tout.
     
  6. Searogers

    Searogers Demi-dieu

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    - Que veut dire cette phrase ??
     
  7. Malyn

    Malyn Dieu

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    Ca signifie que même s'ils sont extrémistes, ils restent tout de même communistes donc pas trop éloignés des idées du parti. Ils n'ont le droit d'exister qu'avec l'accord du parti qui les tolèrent pour dire : "tenez il y a une opposition". Mais s'ils devaient se faire trop dangeureux pour le parti et s'ils arrivaient à faire entendre leur voix, le parti ordonnerait la dissolution du parti.

    Et puis il s'agit d'une goutte d'eau dans le vase. On parle dans l'article de 112000 membres pour un des partis. Il y aurait en Chine 75 millions de membres au PCC (selon wikipédia). C'est rien, ils n'ont aucun pouvoir. De plus l'article ajoute qu'ils font aussi partie du PCC à 72%. Cela veut tout dire.

    Tu veux te démarquer de la ligne du parti ? OK mais prend ta carte du PCC d'abord. Les extrémistes (ici comprendre suivant une ligne un peu différente du parti) sont tout d'abord membres du PCC.
     
  8. Searogers

    Searogers Demi-dieu

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    S'ils sont "extrémistes", cela signifie justement que leurs idées politiques sont "extrêmes", et pas dans la mouvance globale..
    Peut-être voulais-tu dire qu'ils restent "en apparence" de bons adhérents obéissants au parti, malgré leurs idées, par exemple, franchement xénophobes.
     
  9. Malyn

    Malyn Dieu

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    Ils sont extrémistes pour la Chine mais pas forcement pour nous. Pour nous un extrémiste serait tous ceux qui veulent sortir du communisme, prône la liberté d'expression...

    En Chine, on appelle surtout cela un dissident.

    Pour la Chine, l'extrémiste reste surtout et avant tout un communiste. Il rêve de revenir au communisme de Mao serait vraiment extrème aujourd'hui.
     

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