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Pékin se hâte lentement

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 21 Mars 2012.

  1. Orang Malang

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    LE MONDE ECONOMIE | 19.03.2012 à 15h21 • Mis à jour le 20.03.2012 à 10h38
    Par Martin Wolf, éditorialiste économique


    La prochaine grande crise financière mondiale viendra deChine. Ce n'est pas une prédiction infaillible, mais rares sont les pays qui ont évité les crises après une libéralisation financière et une intégration mondiale, comme les Etats-Unis dans les années 1930, le Japon et la Suède au début des années 1990, le Mexique et la Corée du Sud à la fin de la même décennie, ou encore les Etats-Unis, le Royaume-Uni et une grande partie de la zone euro aujourd'hui. Les crises financières touchent les pays de toute nature.

    Il existe en ce domaine une authentique "égalité des chances", remarquent Carmen Reinhart du Peterson Institute for International Economics et Kenneth Rogoff d'Harvard. Les choses se passeront-elles mieux dans le cas de la Chine ? C'est possible, à condition que les décideurs chinois continuent à faire preuve de la même prudence qu'aujourd'hui.

    Cette prudence transparaît dans la façon dont il a été récemment annoncé que la Banque populaire de Chine (BPC) recommandait une ouverture accélérée du système financier chinois. Vu ce qui est en jeu, aussi bien pour la Chine que pour le monde, il est essentiel d'examiner ce que cela entraînera.

    Le projet de la BPC a été rendu public par l'agence d'information officielle Xinhua, et non par le site Web de la banque. Il est d'ailleurs paru sous la signature de Sheng Songcheng, responsable du département statistiques, et non sous celle d'un gouverneur.

    POLITIQUE OFFICIELLE

    Cela signifie probablement qu'il s'agit plus de lancer un ballon d'essai que d'exposer une politique officielle. Le texte a toutefois été publié avec l'approbation de la BPC et, sans doute, avec l'aval de personnes beaucoup plus haut placées.
    L'article énumère trois étapes pour la réforme.

    La première, qui se déroulerait durant les trois années à venir, ouvrirait la voie à un accroissement des investissements chinois à l'étranger, puisque "la contraction des banques et des entreprises occidentales libère de la place pour les investissements chinois" et constitue donc "une occasion stratégique".

    La deuxième phase, qui pourrait intervenir entre la troisième et la cinquième année, accélérerait les prêts de yuans à l'étranger. A plus long terme enfin, d'ici cinq à dix ans, les étrangers pourraient investir dans les actions, les obligations et l'immobilier chinois.

    La libre convertibilité du yuan constituerait "la dernière étape", envisageable à une date non spécifiée. Elle s'accompagnerait de certaines restrictions sur les flux de capitaux "spéculatifs" et les emprunts étrangers à court terme. Bref, l'intégration complète serait reportée... à une date indéfinie.

    Quels sont les avantages et les risques de ce projet pour la Chine et pour le monde ?

    DÉSASTRE

    Les arguments en faveur d'une telle ouverture sont étroitement liés à ceux en faveur de la réforme intérieure. En réalité, la première ne pourra être entreprise avant la seconde : ouvrir le système financier actuel hautement régulé est, comme le savent très bien les dirigeants chinois, la recette assurée pour aboutir à un désastre. C'est pour cette raison que, comme l'indique le projet, la convertibilité complète n'interviendrait qu'à une date éloignée.

    Par bonheur, les arguments en faveur de la réforme intérieure sont puissants. Des marchés financiers dynamiques sont un élément essentiel dans une économie qui souhaite à la fois soutenir la croissance et commencer à rivaliser avec les pays riches en matière de compétitivité, ce à quoi la Chine, sans nul doute, aspire.

    Mais dans l'immédiat, note Nicholas Lardy du Peterson Institute for International Economics dans une étude récente, "les taux négatifs réels de rémunération des dépôts imposent une taxe implicite élevée sur les ménages, qui représentent de gros déposants nets dans le système bancaire, et entraînent un investissement excessif dans le logementrésidentiel. Les taux négatifs réels de prêt subventionnent l'investissement dans les industries à forte proportion de capital, ce qui contrecarre l'objectif de redresser l'économie en faveur des industries légères et des services" ("Sustaining China's Economic GrowthAfter the Global Financial Crisis", Peterson Institute for International Economics, 2012).

    Pourtant, ce régime financier distordu participe d'un système plus vaste destiné àtaxer l'épargne, promouvoir l'investissement et restreindre la consommation, ce qui a conduit à des interventions massives sur les marchés des monnaies étrangères et l'accumulation d'immenses réserves de devises.

    Un argument sans doute plus pertinent en faveur de la réforme est que le système actuel ne contribue plus à un schéma de développement souhaitable. Mais il est tellement enraciné dans l'économie que la réforme est politiquement délicate et économiquement risquée. La question est même de savoir si une telle réforme est réalisable. Ce sera en tout cas un processus lent.

    Dans ces conditions, comment les étapes vers l'ouverture définies par la BPC peuvent-elles accompagner une telle réforme ? On peut supposer que la plus grande liberté envisagée pour les sorties de capitaux compenserait en partie les accumulations de devises.

    Mais si cela intervenait parallèlement à une augmentation des taux d'intérêt réels, les excédents chinois d'épargne et de comptes courants pourraient exploser, ce qui détériorerait encore plus les déséquilibres extérieurs.

    L'épargne chinoise brute atteint un montant annuel bien supérieur à 3 000 milliards de dollars, soit 50 % de plus que l'épargne brute aux Etats-Unis. L'intégration complète de tels flux aura forcément d'énormes conséquences mondiales.
    Les établissements financiers chinois, déjà énormes, deviendront presque certainement les plus importants du monde au cours de la prochaine décennie. Il suffit de repenser à l'intégration puis à l'implosion financière qu'a connues leJapon dans les années 1980 pour avoir une idée des risques possibles. Nous devons donc nous féliciter de voir la Chine adopter une approche prudente.

    VERS UNE CROISSANCE PLUS ÉQUILIBRÉE

    Le monde a grand intérêt à ce que la Chine oriente son économie vers une croissance plus équilibrée. Il est également concerné par la façon dont la Chine gère sa réforme intérieure et l'ouverture de son système financier. Car la régulation financière, la politique monétaire et les régimes de taux de change doivent être coordonnés.

    Si cela est correctement exécuté, la crise que connaissent aujourd'hui les pays à haut revenu ne sera pas aussitôt suivie par la "crise chinoise" des années 2020 ou 2030. Si au contraire les choses sont mal menées, les Chinois eux-mêmes pourraient perdre le contrôle de la situation, ce qui aurait des résultats dévastateurs.

    La BPC propose un calendrier de réformes qui répondrait aux besoins de la Chine et du monde. Mais si ce calendrier doit être mis en application, il faut procéder dès maintenant à une discussion approfondie de toutes les conséquences éventuelles. La politique chinoise ne concerne pas seulement les Chinois. C'est cela, être une super-puissance... (cette chronique est publiée en partenariat exclusif avec le "Financial Times". © FT. Traduit de l'anglais par Gilles Berton).
     

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