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Pékin redoute l'attribution du prix Nobel de la paix à un dissident chinois

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Orang Malang, 6 Octobre 2010.

  1. Orang Malang

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    LE MONDE - 6 Octobre 2010

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    Le dissident Liu Xiaobo, qui purge une peine de onze ans de prison pour subversion pour avoir lancé l'initiative de la Charte 08 en décembre 2008, fait partie des personnalités en lice pour le prix Nobel de la paix. Un certain nombre d'intellectuels, en Chine et dans le monde, se sont exprimés récemment en sa faveur.


    Jean-Philippe Béja, chercheur au CNRS et au CERI-Sciences-Po, et notamment auteur d'A la recherche d'une ombre chinoise : Le mouvement pour la démocratie en Chine, 1919-2004 (Seuil, Broché - 9 mars 2004), analyse les conséquences que pourrait avoir cette attribution.

    Qu'est-ce qui distingue l'action de Liu Xiaobo de celle des autres dissidents chinois et le rend plus que d'autre susceptible d'être récompensé d'un prix Nobel cette année ?

    Jean-Philippe Béja : Liu Xiaobo est l'un des plus anciens opposants chinois résidant en Chine, un vétéran. Il a toujours refusé d'écrire sous pseudonyme car il est convaincu qu'il est essentiel de dire la vérité dans le pays du mensonge. Pour lui, si de plus en plus de gens se comportent de la sorte, le régime n'en aura plus pour longtemps.

    En même temps, on n'est pas en présence d'une opposition inflexible. Dans un de ses livres, C'est dans la société que se construit la future Chine libre (2005), il livre une analyse de toutes les avancées depuis 1989. Donc il ne les nie pas, et reconnait les progrès qui sont effectués.

    Son engagement lui a déjà coûté très cher puisqu’ il a été détenu sans jugement pendant vingt mois après Tiananmen, et a été envoyé pour trois ans dans un camp de rééducation de 1996 à 1999.

    Vaclav Havel a écrit il y a quelques semaines une lettre ouverte appelant le Comité du Prix Nobel à honorer Liu Xiaobo. Qu'est-ce qui rapproche les dissidents chinois d'aujourd'hui de ceux de l'Europe de l'Est d'il y a trente ans ?

    La différence avec l'Europe centrale et l'URSS de l'époque, où on était dans une situation ou le pouvoir ne bougeait pas, face à une stagnation, alors qu'en Chine, la société bouge énormément et oblige le pouvoir à changer. La place de la dissidence est donc plus difficile à trouver. Il y a à la fois plus et moins d'espace.

    Toute l'ambiguïté de la Chine d'aujourd'hui, c'est que la plupart des signataires de la Charte 08 ont été invités à "boire le thé" [c'est-à-dire, discuter avec les agents de la sécurité d'Etat] mais il n'y a pas eu d'autre arrestation. Depuis, ils tiennent souvent des réunions (en petits comités, à l'intérieur du cercle de l'opposition), sur des sujets liés à la démocratie.

    Donc on peut faire des choses, il y a de l'agitation sociale, le pouvoir y réagit et la prend en compte. Mais il empêche à tout prix qu'une opposition politique s'organise. La lourde condamnation infligée à Liu Xiaobo montre que le pouvoir craint profondément que le mécontentement social se transforme en mécontentement politique. Elle permet aussi de marquer la ligne rouge à ne pas franchir.

    Où en est aujourd'hui le mouvement pro-démocratique en Chine et la question des réformes politiques ?

    Uun certain nombre de gens au sommet du Parti estiment être dans une impasse, et ne peuvent s'empêcher de se demander si on peut avoir une réelle stabilité sans réforme politique. C'est la première fois depuis 1989 que la question revient avec autant force sur le devant de la scène.

    On peut résumer ainsi le consensus auxquels sont parvenus les dirigeants au lendemain du massacre du 4 juin : on peut tout faire en économie, mais "ne touchez pas à mon système politique". Depuis environ deux ans, les choses commencent à changer.

    Pourquoi ce flottement aujourd'hui autour de la direction à prendre par le régime ?

    Les Jeux olympiques ont marqué un grand moment pour le pouvoir, et en même temps, ils ont fait ressortir toutes les faiblesses du système, tous ses excès. Ca a été le moment d'une multiplication des affrontements, des conflits sociaux, auxquels la réponse de ceux qu'on peut appeler les nationalistes - qui est de dire, " on est désormais une grande puissance, etc. " - ne suffit pas.

    A ce moment là, les intellectuels libéraux ont compris que la société est à la recherche de quelque chose. Tous ces affrontements sporadiques, préviennent-ils, risquent de mener à un désordre à grande échelle, et il faudrait peut être mieux réfléchir à la manière de résoudre ces conflits. D'où cette idée de relancer un processus de transformation politique.

    Comment le gouvernement chinois réagit-il face à cette éventualité du Nobel. A-t-il essayé de faire pression sur la Norvège ?

    Avec la Norvège, la riposte de la Chine a été très claire, le vice-ministre des affaires étrangères chinois a d'ores et déjà prévenu Oslo que le prix Nobel nuirait très sérieusement aux relations entre les deux pays. Le fait que la diplomatie chinoise s'active autant est révélateur.

    Si le prix Nobel de la paix 2010 est attribué à Liu Xiaobo, le pouvoir peut difficilement espérer maintenir à l'extérieur de ses frontières les débats sur son cas. Avec Internet, ce n'est plus possible.

    Déjà, quand Gao Xingjian a reçu le prix Nobel de littérature en 2000 [l'écrivain avait été contraint à l'exil en 1987 et déclaré persona non grata sur le territoire chinois], cela avait provoqué des discussions et un choc dans la communauté littéraire en Chine. Cette fois aussi, les débats vont s'amplifier sur le net, parmi les intellectuels, et, ce qui est important, également à l'intérieur du Parti.

    Un certain nombre de gens dans le PC, pensent que Liu Xiaobo a été condamné de manière excessive. S'il reçoit le Prix Nobel, il y aura donc un retour de bâton pour les dirigeants actuels. Cela créera également une situation embarrassante à leurs successeurs désignés.

    Propos recueillis par Brice Pedroletti
     

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