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Mer de Chine méridionale : rivalités en eaux troubles

Discussion dans 'Informations Chine' créé par 钟馗神, 18 Août 2011.

  1. 钟馗神

    钟馗神 Membre Silver

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    Axe maritime majeur et zone riche en ressources énergétiques, la mer de Chine méridionale n'a cessé, ces derniers mois, d'aiguiser les appétits des pays d'Asie du Sud-Est. Au premier rang desquels la Chine, soucieuse de préserver son influence et ses intérêts économiques.

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    [COLOR=#FFFFFF !important]Carte représentant les revendications des pays riverains de la mer de Chine méridionale.Source : Southchinasea.org[/COLOR]​
    Analystes et experts de l’Asie du Sud-Est la qualifient souvent, non sans raisons, de "second golfe Persique". A l’instar de celui-ci, la mer de Chine méridionale, vaste zone de 3 500 000 kilomètres carrés qui s’étire de Singapour, au sud-ouest, à Taïwan, au nord-est, est devenue une zone hautement géostratégique. D’abord, parce qu’elle représente une artère maritime vitale pour le commerce international : près de soixante-dix mille navires y transitent chaque année, selon les autorités chinoises. Ensuite, parce qu’elle recélerait de formidables ressources pétrolières et gazières, même si les données sur le sujet sont encore très parcellaires. Cette situation exceptionnelle ne contribue pas à favoriser l’entente entre les pays riverains, dont les appétits énergétiques se sont récemment aiguisés, en même temps que leurs ambitions territoriales.
    De fait, les tensions se sont accrues dans la région depuis le printemps. Le 26 mai, à cent kilomètres au large des côtes vietnamiennes, un incident a ainsi opposé un bâtiment chinois et un navire scientifique vietnamien chargé d’effectuer des relevés sismiques. Au passage, le second a subi de graves avaries. Ce face-à-face, reflet d’une poussée de fièvre que d’aucuns considèrent comme la plus inquiétante en vingt ans, n’a pas été sans conséquences. Trois semaines après les faits, le gouvernement d’Hanoï, sous la pression d’une opinion chauffée à blanc et lasse desubir les avanies de son puissant voisin, a procédé à des manœuvres navales. Leur objectif était clairement de réfréner les ardeurs de Pékin. Dans le même temps, les Philippines se sont emparées de l’épisode sino-vietnamien pour jeterl’anathème sur les exigences, à leurs yeux disproportionnées, du gouvernement chinois.
    Ce dernier, en effet, ne revendique rien de moins que la totalité de la mer de Chine méridionale. Une posture qui fait grincer des dents les autres pays environnants, et pas seulement le Vietnam. Outre Hanoï, dont les visées incluent à la fois les îles Paracel, au nord, et les îles Spratly, au sud – deux archipels inhabités, mais dont les eaux abriteraient des ressources halieutiques et des hydrocarbures en grande quantité –, d’autres nations réclament leur part du butin dans les Spratly. C’est le cas des Philippines, de la Malaisie et du sultanat de Brunei. Les revendications de l’Indonésie portent quant à elles sur l’île Natuna, plus au sud.
    QUERELLE DE NOMS
    Cette rivalité latente transparaît jusque dans la dénomination choisie pour évoquerla mer de Chine méridionale. Si la Chine fait régulièrement référence à la "mer du Sud", le Vietnam, lui, parle de "mer Orientale" et les Philippines de "mer des Philippines occidentales". Manille, s’appuyant sur une pétition lancée par sa propre opinion publique, a plaidé pour que soit adoptée l’appellation de "mer d’Asie du Sud-Est", jugée plus neutre. Une requête qui n’a, pour l’heure, trouvé aucun écho favorable. Malgré des heurts qui, par le passé, ont déjà conduit la région au bord du conflit – comme en 1988, lorsqu'un accrochage naval dans les Spratly provoqua la mort de soixante-dix marins vietnamiens –, la Chine, arc-boutée sur un discours ardemment nationaliste, ne veut rien céder de ses prétentions "légitimes".
    En mars 2010, signe de son inflexibilité, elle aurait même fait savoir à de hauts responsables américains qu’elle considérait la mer de Chine méridionale comme une question d’intérêt national, au même titre que Taïwan ou le Tibet. A cela plusieurs explications. La première tient à l’histoire : Pékin soutient qu’elle a été la première à découvrir les îles implantées en mer de Chine méridionale, au II[SUP]e[/SUP] siècle avant Jésus-Christ, sous la dynastie Han, et que ses pêcheurs en exploitent les ressources depuis plusieurs siècles. La deuxième est économique : aujourd’hui, pas moins de 80 % de ses importations transitent par ces eaux. La troisième, enfin, est d’ordre stratégique. La mer de Chine méridionale représente une sorte de "bouclier naturel" face aux Etats-Unis, l’autre grand acteur majeur du Pacifique.
    La Chine s’inquiète en effet de voir son grand rival lui disputer ce qu’elle estime êtresa suprématie. "Jusqu’à une période très récente, la Chine s’est maintenue dans l’illusion que, parce qu’ils étaient englués en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis n’avaient plus les moyens d’intervenir dans la région, souligne Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique (voir notre entretien). Or, cette mauvaise lecture stratégique se retourne aujourd’hui contre elle, car elle constate avec agacement que, non seulement les Etats-Unis ont la capacité d’être présents sur zone, mais qu’en outre ils ne manquent pas une occasion de rappeler leur volonté de revenir en Asie."
    COURSE AUX ARMEMENTS ?
    Afin de mieux faire pièce aux aspirations de la Chine, le Vietnam a opté en faveur d’une stratégie d’internationalisation des différends. Quitte à se rapprocher, pourfaire avancer sa cause, de son vieil ennemi américain. "Les pays riverains de la Chine méridionale veulent à tout prix éviter de se retrouver seuls face à une puissance chinoise qui représente, non plus une source d’enrichissement économique, mais un motif d’inquiétude stratégique très réel", argumente Valérie Niquet. A l’inverse, Pékin, consciente qu’il est plus difficile de composer avec une opposition solidaire et structurée, s’efforce de promouvoir une approche bilatérale, consistant à négocier directement, et de préférence en coulisses, avec chacune des parties concernées.
    Mais existe-t-il seulement une perspective de règlement des contentieux ? Jusqu’à présent, la Chine a soufflé le chaud et le froid. D’un côté, elle a multiplié les gestes apparents de conciliation, comme en témoignent le discours du numéro un, Hu Jintao, sur "l’Asie harmonieuse" ou l’accord trouvé le 20 juillet à Bali (Indonésie) avec l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) sur une feuille de route visant à promouvoir une "coopération pragmatique" en mer de Chine méridionale. De l’autre, cependant, elle n’a eu de cesse de renforcer sa puissance. Son budget militaire progresse régulièrement – il a atteint 119 milliards de dollars en 2010, ce qui place le pays au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis (698 milliards) – et son premier porte-avions a été mis à l’eau, le 10 août. Autant d’indices qui donnent à penser que la Chine ne va pas de si tôt renoncer à ses ambitions. Au risque de voir s’ouvrir dans la région une course pernicieuse aux armements.
    Aymeric Janier
     
  2. 钟馗神

    钟馗神 Membre Silver

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    Le nationalisme chinois bloque tout règlement des contentieux actuels

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    Alors que les tensions se sont multipliées ces derniers mois en mer de Chine méridionale, Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, décrypte l’attitude de Pékin, partagé entre retenue et affirmation de puissance


    Quelles sont les revendications précises de la Chine ? Se bornent-elles uniquement aux îles Paracel et Spratly ?
    Valérie Niquet La Chine revendique l’ensemble de la mer de Chine méridionale. Cela va donc bien au-delà de ces deux archipels. En fait, la ligne de revendication de Pékin – qui est une ligne officieuse, mais qui apparaît dans de nombreux plans qu’elle publie [cette ligne découle directement du tracé effectué en 1947 par un nationaliste chinois inconnu dans un atlas privé, et qui englobait la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale] – s’étire jusqu’aux frontières de l’Indonésie. De fait, cette dernière est confrontée aux ambitions chinoises, au même titre que Brunei, d’ailleurs. Par-delà l’aspect purement géographique, il faut bien comprendre que ces revendications sont étroitement liées, et de manière de plus en plus active, au développement des capacités chinoises. Auparavant, Pékin n’avait pas vraiment la possibilité d’être présent en mer de Chine méridionale, d’où des revendications assez théoriques. Aujourd’hui, en revanche, il en a les moyens sur le plan naval. Pendant longtemps, l’argument qui a été avancé pour expliquer l’attachement chinois à cette vaste étendue était économique : elle disposait de ressources, notamment pétrolières, qui étaient utiles à la Chine.
    Désormais, Pékin cherche davantage à préserver ses voies de communication commerciales. La mer de Chine méridionale, en effet, tient un rôle éminemment stratégique car elle représente, aux yeux de la Chine – mais aussi du Japon et de la Corée – une zone d'échanges avec les pays du Golfe, l’Afrique et l’Union européenne. Cela étant, il existe une autre dimension qui, de mon point de vue, est beaucoup plus importante : celle de l’affirmation nationaliste qui sert la légitimité du Parti communiste chinois (PCC). Avec la crise économique, et on le voit bien depuis quelques mois, le discours nationaliste du régime s’est considérablement renforcé, tant face à ses voisins que face aux Etats-Unis. C’est ce nationalisme exacerbé qui bloque et interdit tout règlement des contentieux actuels.
    Ces derniers mois, la Chine a donné l’impression de souffler le chaud et le froid, avec, d’un côté, une volonté accrue d’asseoir sa puissance, et de l’autre, des gestes de conciliation, notamment l’accord avec l’Asean. Partagez-vous ce constat ?

    Je ne suis pas certaine qu'il y ait une véritable division en termes d’objectifs entre les militaires et les autorités civiles du PCC. Je pense que, pour des raisons de légitimité idéologique, la volonté globale est d’affirmer la puissance de la Chine, y compris par des moyens militaires. Simplement, les dirigeants chinois sont tout à fait conscients des limites qui existent à la puissance chinoise et à l’affirmation de cette puissance, notamment en Asie. Les capacités chinoises, de fait, restent modestes, malgré le lancement, le 10 août, d’un porte-avions, qui d’ailleurs ne porte pas encore d’avions. Pékin a une attitude double. D’un côté, il joue sur une stratégie de la tension, dont l’objectif est de faire peur à ses voisins et, accessoirement, d’inquiéter ceux qui, aux Etats-Unis, seraient favorables à une politique d’apaisement. De l’autre, il cherche à préserver des opportunités, en particulier commerciales, avec l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est). Pékin veut surtout éviter que se répète le scénario de 2010, lorsque les autres pays de la région avaient profité de la venue d'Hillary Clinton à Hanoï pour soutenir d’une même voix la résolution américaine sur la préservation des voies de communication en mer de Chine méridionale.
    Au final, les autorités chinoises s'efforcent de ne pas aller trop loin, même si l’on observe que la tentation de la tension est toujours très présente. Il ne faut pasoublier, à cet égard, que l'on se situe à la veille d'un congrès majeur en Chine [le 18[SUP]e[/SUP] congrès national du PCC, qui se tiendra à l’automne 2012, doit marquer le renouvellement de la classe dirigeante du pays]. Toutes les factions vont vouloir sepositionner en vue de cet événement et il est très probable que les thèses nationalistes aient toujours le vent en poupe.
    Des pays riverains de la mer de Chine méridionale ou des Etats-Unis, qui la Chine craint-elle le plus ?

    Aujourd'hui, les pays de la région ont tendance à se réarmer, à commencer par le Vietnam, qui a acheté des sous-marins à la Russie et nourrit de grands projets de rapprochement avec Washington. Mais cela ne préoccupe guère la Chine car, d’un point de vue militaire, elle est aujourd’hui largement à la hauteur de ses voisins.
    En réalité, la principale crainte de Pékin concerne les Etats-Unis. Jusqu’à une période très récente – et je crois que cela peut aussi, en partie, expliquer les tensions actuelles –, la Chine s’est maintenue dans l’illusion que, parce qu’ils étaient englués en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis n’avaient plus les moyens d’intervenir dans la région. Or, cette mauvaise lecture stratégique se retourne aujourd’hui contre elle car elle constate avec agacement que, non seulement les Etats-Unis ont la capacité d’être présents, mais qu’en outre ils ne manquent pas une occasion de rappeler leur volonté de revenir en Asie.
    Comment envisagez-vous l'évolution de la situation dans la région au cours des mois et des années à venir ?

    Dans les années qui viennent, tout va reposer, à mon sens, sur l'évolution interne de la Chine et la manière dont le régime va, ou ne vas pas, se réformer. On peut ainsi imaginer qu’une Chine plus démocratique serait moins encline à s’appuyer sur un discours hypernationaliste que le régime actuel.
    Jusqu’à présent, le pays a pu compter sur le caractère raisonnable de ses adversaires potentiels, puisqu’il n’y a jamais eu de riposte, ni de la part des Américains, ni, plus au nord, des Japonais. Avec le Vietnam, cependant, la situation est beaucoup moins sûre, dans la mesure où les deux régimes présentent des similitudes. De fait, si la Chine persiste ponctuellement à attaquer les bâtiments de pêche vietnamiens, on ne peut exclure qu’un incident dégénère, en tout cas de manière plus sérieuse que par le passé.
    Propos recueillis par Aymeric Janier

     

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