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Les prisonniers de substitution, une tradition tenace en Chine

Discussion dans 'Informations Chine' créé par TonyTruant, 30 Août 2012.

  1. TonyTruant

    TonyTruant Membre Bronze

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    1 Juin 2012
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    Bonjour,

    Ci joint un article paru sur slate.fr (http://www.slate.fr/story/60529/chine-prison-doublures-riches) qui parle comme le titre l'indique des "prisonniers de substitution".

    Au delà du cas spécifique dont il est question dans l'article (sur lequel l'hypothèse d'une substitution semble finalement mince), l'article est intéressant puisqu'il met en parallèle d'autres affaires qui sont apparues dans un passé proche et moins proche...



    M
    ai 2009. Un riche jeune homme de vingt ans sillonne les rues de Hangzhou (Chine). Il roule à tombeau ouvert. Sur un passage clouté, sa Mitsubishi percute soudain un piéton et le tue net. La voiture roule si vite que le corps de la victime (un ingénieur en télécoms de vingt-cinq ans, originaire de la campagne) est projeté à vingt mètres. Le conducteur, Hu Bin, attend alors la police avec ses amis; ils fument des cigarettes et discutent en riant sous les objectifs des passants et des reporters.

    Bien vite, ces images sont diffusées en ligne et provoquent un tollé immédiat. A la colère provoquée par le comportement inhumain de cette jeunesse dorée succèdent les accusations: on soupçonne la police d’avoir camouflé l’affaire.

    Les autorités locales commencent par admettre qu’ils ont sous-évalué de moitié la vitesse du véhicule de Hu (aussi incroyable que cela puisse paraître, leur première évaluation ne dépassait pas les 70 km/h). Lorsqu’on apprend qu'il a écopé de trois ans de prison, l’indignation populaire monte d’un cran: la sentence est bien légère pour un pays comme la Chine, où tout conducteur en état d’ébriété ayant provoqué un accident de ce type peut être condamné à mort.

    L'une des accusations qui vise le jeune homme est plus surprenante encore: selon certains, l’homme qui a été jugé et condamné ne serait pas Hu Bin, mais une doublure engagée à cet effet.

    L'hypothèse est moins absurde qu'elle ne le paraît au premier abord. L'existence de ces «doublures» a souvent été évoquée par les médias d'Etat chinois. Les exemples sont légion. En 2009, le directeur d'un hôpital a sollicité les services du père d'un de ses employés: sa mission, s'accuser d'un accident de la route mortel et purger sa peine de prison.

    Le président d'une firme est accusé d'avoir engagé deux doublures pour les PDG de deux autres sociétés. Un automobiliste a fait appel à un remplaçant pour 8000 dollars environ: il avait tué un motocycliste en conduisant sans permis. Après avoir rasé une maison en toute illégalité, le propriétaire d'une entreprise de démolition a lui recruté un homme dans le besoin, qui gagnait sa vie en fouillant les ruines des demeures abattues, et lui a promis 31 dollars pour chaque jour passé en prison à sa place. En Chine, la pratique est si courante qu'elle porte un nom bien précis: ding zui, «substitut/crime», soit «criminel de substitution».

    Ces derniers ne sont que l'une des nombreuses options dont disposent les Chinois les plus fortunés pour vivre selon leurs propres règles. Le mouvement Occupy Wall Street a marqué l'opinion en s'insurgeant contre les «1%», mais en Chine, les puissants représentent une fraction encore plus mince de la population, et la part des richesses qu'ils contrôlent est encore plus vaste: 0,1% de la population possède près de la moitié des richesses du pays. Les enfants et les proches des dirigeants chinois, qui grandissent souvent ensemble, constituent un inextricable réseau de relations mutuellement avantageuses; un réseau qui leur permet souvent de s'enrichir et, le cas échéant, d'échapper à la justice.

    «Echanger un peu d'argent contre la liberté»


    En Chine centrale, un officier de police a accepté de me parler de ces «détenus de substitution», à condition que son nom ne soit pas cité.«L'Amérique est un Etat de droit, mais en Chine, le pouvoir appartient aux individus, explique-t-il. Toute personne suffisamment influente peut organiser ce genre ce chose. Ils échangent un peu d'argent contre la liberté.»

    Selon cet officier de police, le recours à ces criminels de rechange «n'est pas courant, mais n'est pas rare non plus». A l'en croire, plusieurs pontes de la mafia se sont ainsi fait remplacer par des sous-fifres pour échapper à la prison. L'organisation criminelle veille aux besoins de la famille du prisonnier, qui, lui, touche une prime spéciale pour le temps passé derrière les barreaux.

    Il arrive que les membres d'une même famille s'entraident de la même manière, notamment dans les cas d'accident de la circulation (et ce pour une raison simple: la police peut identifier le véhicule impliqué dans un accident sans connaître l'identité du conducteur). Le fils d'un chauffard a ainsi avoué s'être accusé d'un accident mortel de peur que les policiers ne vérifient le taux d'alcoolémie de son père: celui-ci conduisait en état d'ivresse et venait de renverser une personne âgée (la télévision a diffusé un enregistrement de l'évènement dans toute sa violence).

    Le policier m'explique que lorsqu'un conducteur provoque un accident en état d'ivresse, sans permis ou sans assurance, «il arrive souvent»qu'une personne plus à même de s'attirer la sympathie de la justice (disposant d'une assurance, d'un permis, ou tout du moins d'un taux d'alcoolémie raisonnable) s'accuse à sa place. La fille adoptive d'un chauffard aurait ainsi pris la place de son père au lendemain d'un accident mortel; de la même manière, lorsque le directeur adjoint du département forestier de la région de Xuchang a provoqué un accident en état d'ébriété avant de prendre la fuite, il a envoyé sa femme sur le banc des accusés (des témoins avaient relevé le numéro de sa plaque d'immatriculation).

    Mais lorsque des photographies ou des enregistrements du criminel ont été réalisés sur les lieux de son méfait, et qu'ils sont largement diffusés par la suite, il faut avoir recours à une doublure. «Les mystifications les plus réussies sont celles dont personne n'entend jamais parler, m'explique le policier. Pour réussir un coup pareil, il faut avoir un sacré atout dans sa manche.»

    Corruption et abus de pouvoir


    Lorsqu'un crime particulièrement odieux est commis en public (un terrible accident de la route, par exemple), il arrive que son auteur soit incapable de le dissimuler, quelle que soit sa richesse —notamment lorsque l'évènement soulève l'indignation générale et que de nombreux internautes réclament la condamnation de l'intéressé.

    En octobre 2010, un jeune automobiliste ivre a renversé deux patineuses à roulette sur le campus de l'université d'Hebei; l'une d'entre elles en est morte. Le conducteur, qui se trouvait être le fils du chef adjoint de la police du district, a continué sa route pour raccompagner sa petite amie. Lorsque les gardes de sécurité ont fini par l'arrêter, il s'est exclamé: «Inculpez-moi si vous l'osez. Je suis le fils de Li Gang!»

    Ce scandale semblait résumer à lui seul les problèmes de corruption et d'abus de pouvoir qui accablent la Chine. On a accusé le jeune homme de vouloir camoufler l'affaire, et des théories du complot ont fini par naître: selon elles, le chauffard avait engagé une doublure.
    Le fils de Li Gang était connu sous deux noms différents, Li Yigan et Li Qiming, ce qui a donné naissance à une rumeur selon laquelle l'un de ces noms appartenait à sa doublure. Un internaute a tenu ces propos pour le moins sarcastiques: «Même s'il avait écopé de la prison à vie, il aurait été capable de dénicher une doublure!»
    Le phénomène des «détenus de remplacement» n'est pas nouveau. Voilà plusieurs siècles que les Occidentaux évoquent le sujet des criminels de substitution lorsqu'ils traitent du système juridique chinois. Cette pratique est mentionnée dans les écrits du missionnaire itinérant Karl Gützlaff en 1834, du juriste français Edouard Louis Joseph Bonnier en 1862 et de l'universitaire américain Owen Lattimore dans les années 1930. Dans un un écrit de 1895, le missionnaire George Mackay, basé à Taiwan, dit avoir été témoin du phénomène: «Ces hommes n'avaient rien à voir avec l'affaire; ils avaient été payés pour porter la cangue pendant six semaines, et ce n'était un secret pour personne."

    En 1899, Ernest Alabaster, spécialiste du droit criminel chinois, écrit que les cours de justice «autorisaient» les contrevenants à engager des remplaçants, et que cette pratique est «courante, l'est depuis longtemps, et —nonobstant les décrets impériaux affirmant le contraire— le restera pour toujours sous l'actuel système». Selon certains écrits, en 1848, les détenus de remplacement se faisaient payer 17 livres en moyenne (soit environ 1.600 euros dollars actuels).

    Même en cas de peine capitale


    Fait incroyable, les criminels de substitution pouvaient même prendre la place de leur client en cas de peine capitale. Le voyageur Julius Berncastle (XIXème siècle), l'auteur De Fu (dynastie Qing) et le juriste John Bruce Norton ont tous trois présenté l'exécution d'un «remplaçant» comme une pratique courante. Ce rapport du Bureau des Punitions (1883) diligente une enquête au sujet de Wang Wen-shu, jeune homme «accusé à tort» qui aurait «failli être exécuté à la place d'un certain Hu T'ian, nom qu'on lui avait faussement attribué».

    Selon le diplomate britannique T. T. Meadows (qui a convaincu les nations occidentales d'adopter le système de concours administratif chinois), le phénomène des exécutions de substitution est moins surprenant qu'il n'y paraît. Après tout, nombre de parents ne seraient-ils pas disposés à accepter de monter sur l'échafaud pour sauver la vie de leurs enfants affamés?

    Plusieurs hauts responsables de la Chine impériale ont avoué avoir eu recours à des criminels de substitution, et certains d'entre eux se sont justifiés en évoquant l'efficacité de cette mesure. D'une part, le véritable contrevenant était puni en payant son crime à la valeur du marché; de l'autre, le châtiment de la doublure intimidait les autres criminels, ce qui contribuait à faire baisser le taux de criminalité. Autrement dit, un système de «plafonnement et d'échanges» appliqué au droit criminel.

    La pratique du détenu de substitution incarnait un capitalisme des plus extrêmes; et lorsque la Chine s'est soudainement embarquée vers l'extrême inverse —le communisme— on aurait pu s'attendre à ce que le ding zui disparaisse tout à fait. Mais le retour du capitalisme a vite été suivi d'une résurgence du phénomène.

    Pour autant, cette «mystification» est désormais de plus en plus difficile à réaliser, et ce grâce à Internet. En un clic, les cybercitoyens chinois peuvent faire circuler la photo d'un contrevenant présumé afin de la comparer à la personne qui se retrouvera sur le banc des accusés.

    «La Chine est victime d'une berlue généralisée?»


    C'est d'ailleurs ce qui s'est passé lors du procès de Hu Bin, le chauffard amateur de vitesse, responsable de la mort d'un piéton.Voici une comparaison des photographies de Hu (au volant de sa voiture après l'accident) et de l'homme qui s'est présenté au tribunal. L'internaute y a ajouté cette simple question: «C'est la même personne, ça? Mais on se fout de qui???? La Chine est victime d'une berlue généralisée, ou quoi?«

    Ce site Web nous fournit quatre photographies: l'homme-mystère du tribunal; Hu après l'accident; Hu au quotidien; et la doublure présumée. L'auteur du site note plusieurs différences (taille, distance entre les sourcils) et cite les résultats d'un sondage en ligne: selon ce dernier, 130 personnes affirment que l'homme du tribunal était bel et bien Hu, mais 8.873 votant estiment qu'il s'agissait d'une doublure.

    Soyons clairs: la théorie de la doublure (engagée par la famille de Hu pour prendre sa place) ne fait pas l'unanimité. Les autorités judiciaires affirment que le condamné était bel et bien Hu, et l'officier de police avec lequel je me suis entretenu pense la même chose. «Ce n'est pas un cas de ding zui. Cette famille n'est que modérément riche, elle ne dispose d'aucun pouvoir politique. Les photos du conducteur et celles de l'homme du tribunal laissent effectivement penser qu'il s'agit de deux personnes différentes, mais cette impression est simplement due à l'angle de vue et à l'éclairage», m'explique-t-il.

    Le policier reconnaît en revanche que l'hypothèse de la corruption n'est pas à écarter: «De toute évidence, il y quelque chose de louche derrière cette affaire. Il n'a écopé que de trois ans de prison, ce qui est extrêmement indulgent; sa famille a peut-être fait jouer ses relations.»
    Voilà trois ans que Hu a été jugé; il y a un mois, un homme a donc retrouvé la liberté. Un mystère, toutefois, demeure: cet homme est libre, certes —mais de qui s'agit-il réellement?

    Geoffrey Sant
    Traduit par Jean-Clément Nau

     
    #1 TonyTruant, 30 Août 2012
    Dernière édition par un modérateur: 30 Août 2012
  2. GuYong

    GuYong Alpha & Oméga

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    Que ca existe encore est réellement une honte, par contre ce qui me donne vraiment la nausée c'est la justification (ok du XIXeme siecle, mais je suis sur que bien d'autre le pense encore):
    "Plusieurs hauts responsables de la Chine impériale ont avoué avoir eu recours à des criminels de substitution, et certains d'entre eux se sont justifiés en évoquant l'efficacité de cette mesure. D'une part, le véritable contrevenant était puni en payant son crime à la valeur du marché; de l'autre, le châtiment de la doublure intimidait les autres criminels, ce qui contribuait à faire baisser le taux de criminalité. Autrement dit, un système de «plafonnement et d'échanges» appliqué au droit criminel."

    ie: C'est clair! avec l'inflation actuelle, vous savez combien ca vaut la vie d'un pécors lambda a faire zigouiller a votre place? c'est hors de prix! J'ai du vendre 2 appartements! Non vraiment on ne m'y reprendra plus, je compris la lecon.....
     
    #2 GuYong, 30 Août 2012
    Dernière édition: 30 Août 2012
  3. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
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    Merci pour cet article intéressant ... et honteux (la pratique)
     
  4. kurisutofue

    kurisutofue Membre Gold

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    Sans limites, un homme avec pouvoir et argent peut s'avérer très... psychopathe... et il n’y a aucune exception?

    L'esprit humain est fait de trop plein d'illusions avec trop de faiblesse pour être autrement...

    De trop nombreux exemples de cette folie se retrouvent en Chine, peut-être parce que le pays est grand.
    L'histoire chinoise est longue aussi dans celle de la corruption, ce qui fait c'est un art très développé, peut-être plus que celui de la calligraphie par exemple^^
    Des choses se passent en Chine au quotidien quand dans d'autres endroits ce serait exceptionnel.
    Avec ces doublures qui sont maintenant pratiques courantes...
    Le peuple et la justice corrompue ne sont pas dupes.

    Mais çà se passe comme çà chez Mc Donalds, non?

    L'argent, qui fait tout, reste une vrai problème très visible en Chine...

    Un problème qui sera éternel dans ce pays, le vilain cailloux noir qui fait des vagues dans la marre censée être paisible et stable...
     
  5. Searogers

    Searogers Demi-dieu

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    Rôh, celle-là, il fallait oser.... magnifique allégorie pleine de poésie, d'où surgissent pêle-mêle l'histoire du vilain petit canard et l'expression du pavé dans la mare...
    icon_clown
     
  6. moa

    moa Membre Gold

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    ca fais froid dans le dos cette justice chinoise....
     
  7. bison ravi

    bison ravi Membre Gold

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    Aucun intérêt.

    Et on appelle ça un journaliste...
     

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