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Le modèle économique chinois miné de l'intérieur

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 2 Mai 2012.

  1. Orang Malang

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    Le modèle économique chinois miné de l'intérieur

    LE MONDE ECONOMIE | 30.04.2012

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    C'est à l'issue d'une conférence donnée devant une classe de MBA de l'Essec que Wang Xiaozu, professeur de finance à l'université de Fudan (Shanghaï), a réalisé à quel point le capitalisme de Wall Street a perdu son attrait au profit du modèle hybride chinois : "Un étudiant est venu me demander ce que la France peut apprendre du modèle chinois. C'était absolument impensable avant 2008 !"

    L'anecdote du professeur Wang n'est pas qu'insolente pour les Occidentaux, elle le fait tout autant sourire du point de vue chinois. Car, de l'intérieur, le système est sous le feu des critiques.
    Surtout le rôle prééminent que s'attribue l'Etat, acteur central, accusé de faire ses affaires entre ses entreprises publiques, ses banques, ses passations de marchés, au détriment de la petite entreprise privée, du petit épargnant, du peuple, des Chinois.

    "NOUS DEVONS BRISER LEUR MONOPOLE"

    Début avril, le premier ministre en personne s'est attaqué à un pilier du capitalisme d'Etat. "Franchement, nos banques font des profits bien trop faciles, a lancé Wen Jiabao. Pourquoi ? Parce qu'un petit nombre de banques majeures occupent une position de monopole, ce qui signifie qu'on ne peut que se tourner vers elles pour les crédits et les capitaux." Et de conclure : "Nous devons briser leur monopole."

    Ce thème se répand depuis l'effondrement, à l'automne dernier, des coopératives de crédit informelles de Wenzhou. Les patrons de cette ville dynamique de l'est du pays, ne parvenant pas à obtenir des prêts auprès des grandes banques - puisque celles-ci préfèrent prêter aux entreprises bénéficiant de la garantie de l'Etat -, étaient contraints d'emprunter à des cercles privés, à taux usuriers. Incapables de rembourser, plusieurs dizaines de débiteurs ont pris la fuite à l'autre bout du pays ou à l'étranger, et l'un d'eux s'est jeté par la fenêtre.

    L'affaire a fait grand bruit en Chine, car Wenzhou, cité ultra-commerçante, est un emblème de la Chine des petits entrepreneurs privés, où chacun pourrait s'enrichir en montant son affaire. Signe des temps réformateurs, le gouvernement a annoncé le 28 mars qu'il laissera les prêteurs privés de Wenzhou opérer des caisses de crédit aux PME.

    Mais il y a peu de chances de voir cette décision se généraliser à l'ensemble du pays, où les banques étatiques ont toujours la haute main.
    Elles sont exemplaires d'un système résumé par la formule "le public avance, le privé recule". Les officiels sont placés par le Département de l'organisation du Parti communiste à la tête des grandes entreprises de secteurs allant des télécommunications à la métallurgie.

    Ils sont membres du Parti communiste chinois (PCC) et reliés par ligne cryptée à ses instances dirigeantes par un mystérieux téléphone rouge décrit par Richard McGregor dans The Party (non traduit). Ce combiné, placé sur le bureau des cadres est joignable en seulement quatre chiffres, et est devenu un symbole du cercle réduit que forme une élite contrôlant simultanément l'économie et la politique.

    L'ÉTAT MAJORITAIRE

    En trois décennies de réformes, le PCC a bien laissé ses citoyens monter librement leurs entreprises, mais à la condition de ne pas céder le coeur du réacteur. Les grandes banques et entreprises ont certes été introduites en Bourse pour se refinancer et améliorer leur gouvernance, mais l'Etat conserve une part majoritaire dans des secteurs qualifiés de "stratégiques", un terme assez large pour englober la téléphonie mobile ou le transport aérien.

    Qu'importe qu'il choisisse Air China, China Eastern ou China Southern, le voyageur chinois donne de l'argent à des entreprises publiques, chacune dotée de sa cellule du parti. Idem quand il opte pour un forfait chez China Mobile ou China Unicom. "Le capitalisme d'Etat est contraire à l'efficacité puisque les acteurs ne concourent pas pour créer de la richesse mais appliquer une politique", juge l'économiste Xu Xiaonian, de la China Europe International Business School (Shanghaï).

    Outre que cette filiation ne pousse pas franchement à une concurrence bénéfique au consommateur, la question des dividendes est devenue le serpent de mer de la réforme. Ces entreprises jouissent souvent de monopoles formels et au minimum d'un soutien par le crédit, mais ne reversent que 10 % ou moins de leurs bénéfices à l'Etat actionnaire.

    Dans ce système, les banques prêtent sans compter puisque l'Etat sera toujours là pour payer. Il suffira, au pire, de repousser l'échéance des prêts ou d'en accorder de nouveaux. Rien de plus simple puisque la banque centrale n'est pas indépendante et garantit des taux d'intérêt faibles. Les alternatives étant limitées, le petit épargnant chinois voit ses économies se dégrader.

    Avec une inflation qui devrait atteindre 4 % en 2012 et une rémunération des dépôts de 3,5 % sur un an, les taux demeurent négatifs. Le système ne promeut pas la demande des consommateurs chinois.
    "La première défaillance du capitalisme d'Etat est de mener à une concentration de richesse parmi une élite politique ou au moins connectée politiquement plutôt qu'à une distribution plus large des bienfaits de la croissance, juge Huang Yasheng, professeur de management au China Lab du Massachusetts Institute of Technology. La Chine est l'un des pays les plus inégalitaires de la planète et le capitalisme d'Etat en est une cause directe."

    Est-ce l'Etat fort et son système clos qui font avancer le pays depuis trois décennies ou bien sont-ils, au contraire, un frein pour l'avenir ? La traversée de la crise a semblé fournir un argument favorable à la première hypothèse. Par un colossal plan d'investissements dans les infrastructures, l'Etat-parti a permis à la Chine de maintenir une forte croissance alors que la planète tombait en récession.

    Mais le problème, souligne Pei Minxin, sinologue au Claremont McKenna College (Californie), est que "les décisions sont prises du point de vue d'un petit groupe, et non de celui du bien-être général". Le parti a ses propres obsessions, au premier rang desquelles la stabilité. Le modèle a ses avantages, "il permet certaines réalisations importantes au mépris de leur coût", comme le développement du réseau de voies ferrées à grande vitesse et d'autoroutes qui assurent l'emploi des travailleurs migrants malgré le ralentissement économique, et a doté la Chine d'infrastructures inimaginables dans la plupart des pays en développement. Mais"la véritable efficience consiste à produire avec des ressources limitées", tempère M. Pei.

    LE CAPITALISME D'ETAT CHINOIS N'INVENTE PAS GRAND-CHOSE

    Au fond, le capitalisme d'Etat chinois n'invente pas grand-chose. Michael Pettis, professeur à l'université de Pékin et membre de la Fondation Carnegie, retrouve les mêmes questionnements que lors... de la création en France du Crédit mobilier en 1852. C'est un modèle tiré principalement par l'investissement, dans lequel le crédit est dirigé par l'Etat, qui contrôle les taux d'intérêt.

    Le risque de crédit est socialisé. Dans les phases initiales, les projets viables économiquement sont aisément identifiés, la croissance est donc rapide et soutenue. Les choses se compliquent lorsque "apparaissent des problèmes massifs de mauvaise allocation des capitaux et, au final, une crise de la dette". Comme les signaux de prix sont distordus et les incitations politiques extérieures au système, le modèle est maintenu longtemps après le point au-delà duquel il devrait être abandonné. "Beaucoup en Chine ont compris cela, mais il est très difficile politiquement d'abandonner ce modèle", note M. Pettis.

    Les attaques du premier ministre contre les banques publiques et de récents commentaires du gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan, sur une prochaine libéralisation des taux d'intérêt laissent penser qu'aux yeux des réformateurs, dont tous deux font partie, le moment est venu. Ceux-ci considèrent que l'Etat-parti doit réduire la voilure s'il veut conserver une certaine légitimité populaire. Le 27 février, un épais rapport de la Banque mondiale soutenu par le très probable futur premier ministre, Li Keqiang, insistait sur la nécessité d'une "diversification graduelle de la propriété" des entreprises publiques.
    Le fossé avec les dirigeants les plus conservateurs est saisissant. Ces derniers pensent, au contraire, qu'en acceptant une révision supplémentaire de son rôle dans l'économie et la société le Parti communiste dénaturerait cette fois-ci trop profondément le système et perdrait son pouvoir.

    D'où certains doutes sur la volonté réformatrice malgré la saillie du premier ministre, souvent surnommé "le meilleur acteur de Chine". "Si le gouvernement est sincère, alors qu'il vende tout de suite des actions des banques sur le marché", tranche l'économiste Xu Xiaonian.

    Le pays est déjà armé, selon lui, pour éviter de basculer dans une oligarchie à la russe à la faveur de ces privatisations. "Après l'effondrement de l'Union soviétique, la plupart des deals ont été passés sous le manteau. Mais les banques chinoises sont cotées en Bourse, le cadre existe donc déjà. Si les nouvelles actions sont vendues à Hongkong, il y a peu de chances de tomber dans les mêmes erreurs", dit-il.

    Pour Wang Xiaozu, de l'université de Fudan, la leçon de la Chine reste au final celle de la stabilité : "Bien sûr, le système pèche en matière d'efficience, mais il y a eu un réel gain en échange : nos banques publiques n'ont pas fait les folies qui ont mené à la crise de 2008 aux Etats-Unis et en Europe..." Réformer oui mais avec prudence :"Certes, notre Chery n'avance pas très vite, dit-il en référence à des automobiles chinoises connues pour leurs faibles performances. Mais, si nous lui greffons directement un moteur de Ferrari, elle risque d'imploser."

    Un argument que certains ne manqueront pas d'exploiter. Début avril, Lin Zuoming, patron de l'avionneur public Aviation Industry Corporation of China, dénonçait ainsi les appels aux privatisations comme une "conspiration" venue de l'étranger.

     

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