1. Bienvenue sur Bonjourchine.com, le 1er forum francophone sur le travail, les études et le voyage en Chine.

    Pour poser une question ou répondre à une discussion déjà ouverte, inscrivez vous. C'est facile, rapide et gratuit !

    Cela vous permettra de sucroit de ne plus avoir de pub qui s'affiche à l'écran (0 pub pour les membres du forum!).
    Rejeter la notice

La mort d'un dissident de Tiananmen embrase le Net chinois

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 13 Juin 2012.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
    Membre de l'équipe Modérateur

    Inscrit:
    23 Octobre 2005
    Messages:
    15 948
    Localité:
    常熟,江苏
    Ratings:
    +8 145 / -35
    Le Monde.fr | 08.06.2012

    [​IMG]

    Les photos de lui distribuées par sa famille le montrent assis sur un lit d'hôpital. C'est un homme grand, extrêmement maigre, au visage fin et très émacié de rescapé des camps, en l'occurrence vingt et un ans de prison en deux séjours, pour avoir participé au mouvement de Tiananmen en 1989. Les mauvais traitements qu'il a subis en détention l'avaient laissé quasiment aveugle et sourd : Li Wangyang avait 38 ans quand il fut condamné pour le crime contre-révolutionnaire d'avoir organisé les travailleurs de la ville de Shaoyang (province de Hunan) en un syndicat indépendant.

    Mercredi matin, deux jours après l'anniversaire du 4 juin 1989, la sœur et le beau-frère de Li Wangyang ont été informés à 6 heures du matin qu'il avait été retrouvé pendu avec un bandage au barreau de sa chambre d'hôpital. Où il était sous surveillance constante de la police - et du personnel médical. Surtout, ses proches l'avaient vu la veille au soir et son moral était bon. Il était "combatif", depuis sa libération en mai 2011. Le 4 juin, il avait donné plusieurs interview à la presse internationale et de Hongkong. Le lendemain, il avait demandé à sa sœur de lui acheter une radio pour tenter de réhabituer son ouïe meurtrie. Enfin, comme l'atteste une photo terrible que des témoins mystérieux ont mise en ligne aussitôt, la position qu'avait le suicidé de 62 ans quand ils sont arrivés est étrange : ses pieds reposent sur le sol. La famille n'a pas eu l'autorisation d'examiner le corps ni de prendre des photos.

    PÉTITION EN LIGNE

    Aussi le suicide suspect de Li Wangyang a-t-il mis en émoi la blogosphère chinoise. Dans une convergence rare de deux phénomènes : celui des morts pas tout à fait naturelles aux mains de policiers ou de matons (comme le cas d'un détenu du Yunnan mort en jouant à colin-maillard en 2009). Et le sort tragique, passé sous silence et tabou, des dissidents persécutés de 1989. Les seconds étant interdits de cité, même morts, il a fallu que la coupe soit pleine pour que trois activistes décident de lancer une pétition. "Au moment du 4 juin, les autres années, nous étions tristes ; cette année, nous sommes en colère à cause de la mort malheureuse de Li Wangyang. La tristesse conduit à la mort du cœur. La colère conduira peut-être à la bataille", a twitté Bei Feng (alias Wen Yunchao, en exil à Hongkong), l'un des instigateurs de la pétition, au côté du dissident Wu Renhua, réfugié aux Etats-Unis, et de l'économiste Xia Yelang, qui livre une profession de foi.

    Lire aussi Les Chinois rusent pour commémorer l'anniversaire de Tiananmen sur les réseaux sociaux

    Près de 2 700 internautes avaient signé jeudi 7 juin dans l'après-midi cet "appel urgent à une enquête crédible sur la vérité dans la mort de Li Wangyang" (Urgent Appeal for Credible Investigation into the Truth of Li Wangyang's Death). Les réactions ont été nombreuses, malgré l'extrême sensibilité de liu si (6-4, c'est-à-dire le 4 juin). Ainsi, le militant Hu Jia, libéré en juin 2011 après quatre ans de prison, a proposé que ceux qui, comme lui, sont régulièrement confrontés à la police fassent une déclaration devant notaire comme quoi ils n'ont pas l'intention de se suicider : "Si vous êtes détenu politique, dissident, défenseur des droits, ou simple citoyen et que vous êtes souvent détenu illégalement par des agents en civil ou des policiers, je vous conseille de laisser une déclaration écrite ou un acte notarié. Car dans ce pays, il ne manque pas de gens qui se sont fait suicider", a-t-il tweeté sur Twitter et non sur Weibo, le Twitter chinois qui a été nettoyé très vite de toute allusion à la mort de Li Wangyang.

    Le site Global Voices donne en français d'autres réactions d'internautes chinois - comme celle-ci, signée @tufuwugan: "Li Wangyang, ce gars solide qui avait survécu à 21 ans de prison est mort de manière non naturelle dans un hôpital sous la surveillance de dix policiers. En plus, il était sourd et aveugle et n'était pas libre de ses mouvements. Sa mort est entièrement liée à ceux qui limitaient sa liberté. Wangyang était un citoyen libre ; ceux qui ont nié sa liberté sont des meurtriers. Le fait d'interdire à la famille et aux amis de Li d'examiner le corps en l'emmenant rapidement prouve leur culpabilité."
     

Partager cette page