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La chute de Bo, l'héritage de Mao

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 16 Octobre 2012.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
    Membre de l'équipe Modérateur

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    LE MONDE | 15.10.2012

    La Chine de Deng Xiaoping s'est construite contre les excès du maoïsme, avec l'abandon de la lutte de classes, l'instauration d'un pouvoir collectif et d'une transition organisée. Et sur un drôle de compromis, que le gel des réformes politiques, après les incidents de la place Tiananmen en 1989, a consolidé : être rouge et capitaliste à la fois. Maintenir le rôle dirigeant du Parti, tout en ouvrant à la concurrence société et économie. Bo Xilai, que le Parti communiste vient d'exclure de ses rangs afin de le juger, était l'incarnation vivante de ce grand écart : autant il joua les "rouges" à Chongqing, autant il se distingua dans son fief précédent de Dalian par son dynamisme et son soutien à des groupes privés aujourd'hui parmi les mieux placés de Chine.

    L'étendue des accusations pour abus de pouvoir et corruption qui se préparent contre M. Bo, telles qu'elles ont été rapportées le 28 septembre par l'agence Chine nouvelle, élève donc considérablement les enjeux pour l'équipe dirigeante à venir, celle que le 18[SUP]e[/SUP] congrès du Parti, le 8 novembre, mettra en selle : le futur collectif suprême du régime devra trouver des réponses crédibles aux dérèglements dont ce membre éminent de l'aristocratie rouge, pressenti il y a un an à peine pour accéder au comité permanent du Parti communiste chinois (PCC), est le bouc émissaire tout trouvé.

    Deux perturbations sont aussi persistantes que hautement symboliques. La première est le rapport au maoïsme. Inspiré du volontarisme social de la "nouvelle gauche" chinoise et des idées véhiculées par les milieux néomaoïstes, le "modèle de Chongqing" mis en oeuvre par Bo Xilai tenta de remédier aux dérives de "l'économie socialiste de marché" (inégalités croissantes, corruption...) en pratiquant des purges radicales, comme à l'occasion de la campagne antimafia, au nom d'une morale originelle : la pureté révolutionnaire. Or, les "crimes majeurs" dont a tout lieu d'être accusé son architecte décrédibilisent désormais cette solution de gouvernance.

    Ce qui amène au second dérèglement, la corruption systémique au sein des familles et des clans élargis de dirigeants. Avec leurs fratries et leurs alliés dans les affaires, Bo Xilai et son épouse sont représentatifs de cet arrangement "une famille, deux systèmes" - un membre d'une famille fait de la politique, et les autres des affaires - que dénonçait déjà la chercheuse He Qinglian, au début des années 2000, dans les rangs du pouvoir. Les outils actuels de la lutte anticorruption épargnent ces stratégies de rentes, car ce sont elles qui ont permis de rallier à l'économie de marché les familles dirigeantes.

    A Chongqing, M. Bo a célébré avec outrance la "culture rouge", associée à Mao Zedong, et recyclé ses méthodes expéditives contre des ennemis du peuple désignés. Le tout dans un but à la fois purificateur et politique : reprendre le pouvoir depuis sa base arrière de Chongqing où le "prince rouge" a mal vécu sa relégation en 2007. Que le quotidien officiel Clarté ait accusé Bo Xilai, au lendemain de son exclusion du Parti, d'avoir recouru à "un modèle politique vicié[la Révolution culturelle] qui a mené la Chine vers une catastrophe sans précédent"n'est donc pas surprenant.

    C'est en outre dans l'esprit de la fameuse "Résolution sur quelques questions de l'histoire du Parti depuis la fondation de la République populaire ". Cette "histoire négociée" du legs de Mao, adoptée en 1981 par le PCC, lui attribuait "la grave erreur gauchiste" de la Révolution culturelle, mais préservait le reste de ses contributions - à l'instar du célèbre "Mao, c'est 70 % de positif, 30 % de négatif" de Deng Xiaoping. Le premier ministre, Wen Jiabao, a invoqué cette même Résolution pour annoncer publiquement la disgrâce de Bo Xilai en mars.

    Or, s'il semble aussi indispensable aujourd'hui pour le Parti communiste de rappeler la ligne à ne pas franchir en matière de "gauchisme", c'est peut-être que l'inventaire de 1981 commence à dater. Et que la résurrection de Mao à des fins politiques et nationalistes dans la Chine post-Tiananmen est en train d'atteindre ses dernières limites, comme l'a exposé l'universitaire chinois Ben Xu lors du séminaire sur les usages contemporains de Mao organisé en juin à Hongkong par le Centre d'études français sur la Chine contemporaine.

    Des trois composantes du régime dont Mao est le père fondateur, la théorie de la lutte des classes a depuis longtemps été remisée. Il reste "son" socialisme, associé au puritanisme moral et au volontarisme des années de pénurie. Dans la Chine de l'abondance, explique en substance le professeur Xu, basé aux Etats-Unis, celui-ci est largement discrédité, et les excentricités de Bo Xilai lui portent un nouveau coup. Au point d'insidieusement contaminer le dernier pilier du régime, le règne du parti unique. Et qui sait si étaler au grand jour tant de corruption et d'abus au sein du parti ne va pas conduire à faire de Mao la source du "péché originel" ?

    La corruption, expliquait de son côté, lors du même séminaire, l'universitaire suédois Torbjörn Lodén, professeur à la City University de Hongkong, "doit plus au monopole politique du parti et aux possibilités qu'en tirent les apparatchiks d'accorder des faveurs à des parents ou à des alliés dans les milieux d'affaires" qu'aux dérives du libéralisme tant décrié par les néomaoïstes. En déboulonnant Bo Xilai, la Chine solde-t-elle par procuration un nouveau pan de l'héritage de Mao ? C'est bien possible.
     
  2. xiao bai

    xiao bai Dieu

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    allo maomao bobo
     
  3. Zhu Li An

    Zhu Li An Ange

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  4. Searogers

    Searogers Demi-dieu

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    - ça, c'est pas très original.. ni vraiment spécifique à la Chine contemporaine.. (cf famille Bush et consorts)
    ..ce qui n'empêche pas de le dénoncer bien sûr.
     

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