1. Bienvenue sur Bonjourchine.com, le 1er forum francophone sur le travail, les études et le voyage en Chine.

    Pour poser une question ou répondre à une discussion déjà ouverte, inscrivez vous. C'est facile, rapide et gratuit !

    Cela vous permettra de sucroit de ne plus avoir de pub qui s'affiche à l'écran (0 pub pour les membres du forum!).
    Rejeter la notice

La Chine, nouvelle Terre Promise pour les maisons de luxe françaises.

Discussion dans 'Informations Chine' créé par mam721, 23 Mai 2012.

  1. mam721

    mam721 Membre Silver

    Inscrit:
    28 Février 2011
    Messages:
    262
    Localité:
    Wuhan 武汉
    Ratings:
    +33 / -0
    Comment le Comité Colbert a-t-il souhaité abordé le marché Chinois ?
    Avec le Comité Colbert, le secteur du luxe en France s’est doté d’un outil unique au monde. Il s’agit d’une entité collective développant une stratégie fédératrice et complémentaire de celle des 75 maisons de luxe qui en sont membres. Fondée en 1954 par Jean-Jacques Guerlain, cette association loi 1901 vise a promouvoir un certain nombre de valeurs essentielles telles que l’alliance de la tradition et de la modernité, du savoir-faire et de la création de l’histoire et de l’innovation. Elle vise a promouvoir l’art de vivre à la française, son identité et ses valeurs, à faire connaitre le génie particulier du luxe français, sa manière très particulière de valoriser les sens et sublimer les produits, même ceux qui ne sont pas locaux. Le comité Colbert est ainsi profondément ancré dans la culture française. Il constitue aussi un vecteur de rayonnement de la France dans le Monde. En cela, il incarne l’une des expressions les plus abouties du soft power français. Nos concurrents italiens n’ont pas développé une telle stratégie alliant commerce, culture et influence.

    Cette approche globale a-t-elle connu le succès en Chine ?

    Cette démarche appliquée dans tous les pays a connu un retentissement tout particulier en Chine. Le Comité Colbert a contribué a ce succès considérable à travers une stratégie de promotion très active. Depuis 2005, il a ainsi organisé des évènements en Chine tous les 2 ans (expositions à Shanghai en 2005, festival à HongKong en 2007, Chine en 2009). La dernière opération, l’une des plus innovantes, a été cColbert, œuvre interactive en 3D destinée aux internautes chinois et mis en ligne sur www.ccolbert.cn grâce à un partenariat avec sina.com Constituée d’un corpus de photos, de vidéos et de sons issus des maisons membres du Comité Colbert, elle vise à recréer l’univers immatériel, poétique et sensoriel du luxe français. Ce voyage virtuel au cœur du luxe français est structuré autour de 10 mots-clés définissant le luxe à la française, identifiés par le linguiste Alain Rey, puis traduits et commentés par un professeur chinois du Département de Français de l’université de Pékin, également poète et calligraphe.

    Quelles sont les particularités des acheteurs chinois de produits de luxe français ?
    La Chine n’est pas un marché du luxe comme un autre. Les acheteurs chinois de produits de luxe français sont de 3 grands types. Les chinois ont la particularité de se passionner pour l’histoire du produit, et aussi l’histoire en général. Ainsi, ils sont devenus les meilleurs connaisseurs des vins français. Savoir que les abeilles présentes sur les flacons de parfums de Guerlain, véritable emblème du plus ancien parfumeur français mais aussi symbole le plus ancien de la royauté française, constitue une réminiscence de Napoléon III, soucieux de rompre avec la fleur de Lys des Capétiens et d’inscrire son règne dans les origines même du pays, les fascines. De même, ils se passionnent pour l’histoire de Bréguet et notamment de ses relations si étroites avec la Russie Impériales ; ainsi, en Avril 1814, le tsar Alexandre 1[SUP]er[/SUP], grand admirateur du génial horloger, se rendit à Paris pour commander deux montres, dont un podomètre pour régler le pas de ses troupes ; toute l’aristocratie russe l’imita par la suite. Les riches chinois sont aussi attentifs à la dimension immatérielle, voir spirituelle de nos produits de luxe. Une seconde catégorie d’acheteurs s’inscrit dans une logique ostentation. Ce segment à visée statutaire est universel, et existe aussi en France. Mais le un troisième type d’acheteur a été identifié. Acheter une marque de luxe internationale signifie aussi le retour de la Chine dans le concert des nations. Le luxe est ainsi comme un vecteur de réinsertion dans la globalisation après décennies d’isolement.

    Quelle est la chronologie du développement des marques de luxe française en Chine ?
    L’implantation des marques de luxe est assez ancienne. Ainsi dès 1930, René Lalique en personne a réalisé les décors en cristal du célèbre Peace Hotel sur le Bund de Shanghai. Ensuite, les entreprises ont maintenu une présence essentiellement concentrée à Hongkong. Les entreprises pionnières dans la conquête du marché chinois ont été louis Vuitton et Cartier, toutes deux implantées dès 1992. Les débuts ont été difficiles. Cartier a ainsi fermé en 1998, avant de rouvrir en 2000 puis de connaitre un succès considérable que l’on sait. Les deux entreprises sont désormais implantées dans 25 villes, avec une diffusion récente vers la chine de l’intérieur. Depuis le milieu des années 2000, les maisons de luxe françaises ont connu un essor considérable.

    Quelle est la géographie des implantations des maisons de luxe du Comité Colbert ?
    Globalement, leur logique de diffusion et d’expansion correspond à celle du développement du pays. En 2005, on comptait environ 500 point de vente concentrés pour la plupart dans quelques grandes villes côtières. La prééminence des villes de Chine orientale demeure. On y trouve les mégalopoles de Beijing, Shanghai et HongKong/Canton/Shenzhen. Viennent s’y ajouter certaines villes de taille plus réduite, mais constituant des hauts lieux de la culture chinoise et des marchés très importants ; c’est-à-dire Hangzhou par exemple que le panier d’achat de produits de luxe est le plus élevé du pays. Désormais, l’expansion s’opère vers les villes de Chine intérieur qui offrent d’immenses potentialités. Mais entre 2005 et 2009, le secteur du luxe a multiplié par trois ses points de vente. Désormais, le luxe français est présent dans 69 villes et presque toutes les provinces chinoises avec pas moins de 1600 points de ventes (hors vins et spiritueux). En 2009, les maisons de luxes françaises comptaient 272 boutiques en nom propre au lieu de 170 en 2005.

    Dans quelle mesure le marché chinois constitue-t-il un relai de croissance pour les entreprises françaises de luxe ?
    L’expansion des maisons de luxe françaises en Chine a été unique au monde. Dans aucun autre pays le luxe français n’a connu une telle croissance. Cet essor phénoménal a permis au secteur du luxe français de traverser la crise en souffrant beaucoup moins que dans d’autres pays. La Chine représente une part croissante de l’économie du luxe français. La part de marché chinois dans le chiffre d’affaires des maisons de luxe française est passé de 4.5% en 2005 à 8% en 2009 ; mais peut atteindre jusqu’à 20% pour certaines maisons. Cependant, le poids du marché chinois ne représente encore qu’à peine la moitié du marché japonais. Il y a donc un potentiel de développement considérable comme le montre le taux de croissance du chiffre d’affaire de 40% par an de certaines maisons du luxe français.

    Tous les produits de luxe français parviennent-ils à se développer en Chine ?
    Le marché actuel est très concentré sur quelques produits ou secteurs phares : les cosmétiques, la mode, les accessoires, l’horlogerie-joaillerie, la gastronomie, l’œnologie. Les arts de la table et les décorations intérieures sont moins représentés. Contrairement à la table russe, la table chinoise est très peu développée. La porcelaine, l’argenterie, la cristallerie sont peu présents. En outre, le riche consommateur chinois est plus attaché aux produits qu’aux services. Ainsi, ils ne sont pas encore sensibles au raffinement de nos hôtels de luxes et palaces.

    Quelle est votre vision du luxe à la chinoise ? Comment expliquez-vous l’absence de grande entreprise de luxe dans cette civilisation prestigieuse et cette grande puissance ?
    La civilisation Chinoise a été d’un raffinement extrême. Elle a incarné une grande civilisation du luxe, comme en témoignent les jardins de Suzhou, la musique, la peinture, ou la littérature. Elle a élaboré des savoir-faire exceptionnels en matière de soieries, de porcelaines, etc. Elle a créé un véritable art de vivre. Mais, une partie de ces savoir-faire peut être considérée immatérielles ; c’est cela qui permet de déconnecter le produit du prix. Cela suppose un travail de longue haleine. Mais, la Chine actuelle est devenue une grande puissance économique et technologique. Grâce à ses héritages du passé et son dynamisme actuel, elle dispose de tous les ingrédients pour faire émerger de grandes entreprises du luxe d’ici une vingtaine d’années.

    Élisabeth Ponsolle des Portes
     

Partager cette page