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La Chine intensifie la répression dans l'Ouest musulman

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par samz, 9 Août 2004.

  1. samz

    samz Membre Gold

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    La Chine intensifie la répression dans l'Ouest musulman
    LE MONDE | 07.08.04 | 13h22

    Au nom de la lutte contre le "terrorisme", le gouvernement de Pékin mène une sévère campagne d'éradication à l'encontre des activistes séparatistes ou religieux. Il a obtenu des voisins de la région du Xinjiang qu'ils expulsent les Ouïgours qui s'y étaient réfugiés. Le sentiment d'aliénation des Ouïgours, forcés au silence, s'aiguise.
    Yining (région du xinjiang) de notre envoyé spécial

    Il pleut sur Yining. Des gouttes d'eau filtrent au travers de la bâche en plastique bleu tendue sur l'étal de pastèques. Les vendeurs de brochettes de mouton ont replié leur caisson de charbons ardents. Ce soir, les trottoirs de la rue Hanren Jie se vident plus tôt que d'ordinaire. Sous la bâche détrempée, les jeunes Ouïgours se sentent comme rassurés. La foule dissoute, c'est autant d'oreilles indiscrètes en moins.

    Alors ils parlent. Ils ne craignent même pas d'élever la voix. "Vous aimez le Xinjiang ?", interroge l'un deux. Poliment, on répond par l'affirmative. "Non, le Xinjiang, ce n'est pas bien", enchaîne le jeune questionneur ouïgour. "Il y a trop de monde, il y a trop de Hans -Chinois-, précise-t-il. On ne trouve pas de travail. Les jeunes ne vont même plus à l'école. A quoi cela sert-il ? Les diplômés ne trouveront pas de travail."

    Assis à ses côtés sur un tabouret, Abdullah, vendeur de brochettes d'une trentaine d'années, se fait plus politique : "Historiquement, le Xinjiang nous appartient. Mais, maintenant, il est occupé par les Chinois, qui s'installent ici de plus en plus nombreux. On en souffre." Abdullah veut fuir le Xinjiang à tout prix. Il aspire à d'autres horizons. Il rêve de vendre des brochettes "à Paris, à New York, à Tokyo..." Aussi loin du Xinjiang que possible.

    Le quartier de la rue de Hanren Jie, bazar de Yining aux mille senteurs, est hanté par un souvenir, celui des sanglantes émeutes du 5 février 1997. Des dizaines de morts, des centaines de blessés - Ouïgours abattus par la police armée, mais aussi Hans victimes de représailles ethniques -, des milliers d'arrestations, le couvre-feu imposé : les événements de Yining, ville située à proximité de la frontière avec le Kazakhstan, ont été les plus graves, depuis les années 1960-1970, ayant secoué la région musulmane du Xinjiang, appelée aussi Turkestan chinois (les Ouïgours sont turcophones).

    FORCES CENTRIFUGES

    Sept ans après les faits, la ville a apparemment retrouvé sa sérénité. Apparemment, car le sentiment d'aliénation des Ouïgours face aux Hans toujours "plus nombreux" - et devenus majoritaires dans la région - s'aiguise chaque jour davantage bien qu'il soit forcé au silence. A l'instar de la plupart des villes "chinoises", le centre-ville offre le spectacle d'une scintillante modernité urbaine avec ses boulevards élargis et ses complexes commerciaux tapissés de publicités pour des marques de prestige.

    Yining, en tout cas son centre-ville, bénéficie à l'évidence des flux financiers drainés par la politique de "l'ouverture vers l'Ouest" (xibu da kaifa) que Pékin a engagée à la fin des années 1990 dans un double but : désenclaver économiquement les provinces intérieures négligées par la croissance et, surtout, neutraliser les forces centrifuges de type séparatiste, au Tibet et au Xinjiang par exemple.

    Le capital arrive. Des entreprises shanghaïennes - de nombreux Shanghaïens ont été envoyés au Xinjiang sous Mao - ont récemment investi à Yining. Et une petite minorité de nouveaux riches ouïgours émerge, à l'instar de Nuertai Aji, célèbre tycoon autochtone. "A Yining, les plus pauvres sont ouïgours, mais les plus riches sont aussi ouïgours", entend-on souvent en ville.

    Mais l'économie n'explique pas tout. Si Yining n'a plus connu de soubresauts politiques depuis 1997, c'est surtout à cause de la poigne de fer que Pékin y a imposée. "Les Ouïgours se sont calmés, car leurs meneurs ont tous été emprisonnés, explique un restaurateur hui -musulman mais non ouïgour-. Ils n'osent plus bouger. Le gouvernement est d'une extrême sévérité à leur égard." Dernière illustration en date de cette sévérité, vingt jeunes Ouïgours viennent d'être condamnés dans l'extrême ouest du Xinjiang, autour de la région de Kashgar, en raison de leurs liens avec un prétendu "Parti de l'islam". L'un d'eux a été condamné à mort et exécuté le 19 juillet.

    Le gouvernement chinois a conforté sa posture répressive au Xinjiang depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Il parvient plus aisément à la faire avaliser sur la scène internationale au nom de la lutte antiterroriste, confondant sans scrupule simples revendications ethniques et islamisme radical ou séparatisme violent.

    Amnesty International vient de dénoncer ce mélange des genres dans un récent rapport : "La répression contre "les séparatistes, les terroristes et les religieux extrémistes" a continué ces trois dernières années alors qu'aucune "attaque terroriste" n'a été officiellement rapportée." On peine en effet à tenir la chronique de prétendues actions "terroristes" dans le Xinjiang.

    REGARDS APEURÉS

    Amnesty International s'inquiète en outre que la géopolitique régionale soit de plus en plus hostile aux réfugiés ouïgours. Un nombre croissant d'entre eux - même lorsque leur statut a été garanti par le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés - sont ainsi refoulés des Etats voisins d'Asie du Sud (Pakistan, Népal) ou d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan) où ils se sont exilés. De retour en Chine, ils sont sévèrement condamnés, voire exécutés.

    Dans ce contexte, Amnesty demande aux Etats-Unis de ne pas rapatrier en Chine les 22 détenus ouïgours de Guantanamo. La base américaine de Cuba a reçu la visite, en septembre 2002, d'une délégation chinoise qui a longuement interrogé ces prisonniers ouïgours capturés en Afghanistan.

    Ce renforcement de la pression pékinoise au Xinjiang se lit dans les réponses fuyantes et dans les regards inquiets, apeurés, des Ouïgours interrogés sur le climat politique ambiant. Appelons-la Adila. Agée de 27 ans, elle est étudiante à l'université d'Urumqi, la capitale provinciale du Xinjiang. Elle est passionnée de littérature, écrit des poèmes "romantiques".

    Le restaurant kazakh de Yining où on la rencontre ne lui inspire aucune confiance. Elle est anxieuse. Elle se retourne constamment. Elle chuchote de peur d'être entendue. Ses propos ne sont pourtant guère subversifs. Si elle avoue avoir été quelques années plus tôt "politisée", "antichinoise", elle précise qu'elle a évolué depuis. "Si les Ouïgours se sentent exclus du marché du travail, c'est parce qu'ils ne travaillent pas assez, dit-elle. On ne peut pas en faire porter nécessairement la responsabilité aux Chinois."

    Le pense-t-elle vraiment ? Le croit-elle alors qu'elle rapporte simultanément la marginalisation de la langue ouïgoure à l'université ? "Dans mon département, il n'y a guère qu'un tiers des cours dispensés en ouïgour, témoigne-t-elle. Le reste l'est en mandarin."

    La vérité est qu'Adila est terrorisée et regrette presque d'avoir accepté cet entretien. "Vous savez, murmure-t-elle, il y a des espions partout. Je pourrais être arrêtée pour parler ainsi politique à un étranger. Je connais des gens autour de moi qui sont maintenant en prison pour avoir exprimé leurs opinions. J'ai peur..."

    Frédéric Bobin


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    Manœuvres sino-pakistanaises "antiterroristes"


    Les armées chinoises et pakistanaises ont commencé, vendredi 6 août, leurs premières manœuvres conjointes "antiterroristes" dans la région du Xinjiang, située dans l'extrême ouest de la Chine, a annoncé l'agence Chine nouvelle. Environ 200 soldats et officiers des deux pays participent à cet exercice - baptisé "Amitié 2004" - dans la zone de Taxkorgan, district à majorité tadjike localisé à proximité de la frontière avec l'Afghanistan. Le but de ces manœuvres est d'"améliorer la capacité à combattre ensemble le terrorisme et à contenir et réprimer les forces séparatistes, extrémistes et terroristes", écrit Chine nouvelle en citant des sources militaires chinoises. Ces exercices s'inscrivent dans le cadre d'un renforcement de la coopération entre la Chine et les gouvernements d'Asie du Sud ou d'Asie centrale afin d'étouffer les revendications identitaires des Ouïgours, population autochtone musulmane du Xinjiang. Pékin tente d'assimiler ces revendications à du "terrorisme" dans le contexte géopolitique ouvert par les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. - (Corresp.)


    • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.08.04
     
  2. Anonymous

    Anonymous Guest

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    réponse à dégager Romain

    Romain

    Fodrait dégager la réponse du 10 mai.

    Sinon super l'article de samz au dessus.
     

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