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La Chine est-elle notre avenir ? (LE MONDE)

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Orang Malang, 7 Septembre 2010.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
    Membre de l'équipe Modérateur

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    Pour comprendre la crise, il faut en nommer les causes. L'une d'elles, majeure, tient à l'énorme déséquilibre de pouvoir qui s'est créé en faveur des entreprises globalisées et de leurs actionnaires et au détriment de la démocratie et des citoyens.

    Dans le dernier quart du XXe siècle, s'est mis en place un nouvel environnement caractérisé par la création des fonds de pension, la libération des mouvements de capitaux, le développement des échanges électroniques et l'ouverture de la Chine. Bénéficiaires de ces changements, les fonds financiers, actionnaires et prêteurs, sont devenus les vrais détenteurs du pouvoir, asservissant les grandes entreprises à leur intérêt, c'est-à-dire à l'hégémonie de la rentabilité des capitaux. Pour assurer celle-ci, la création des stock-options a constitué le pacte qui rendait solidaires les intérêts financiers des hauts dirigeants et ceux des actionnaires.

    Dès lors, les nouvelles stratégies ont pu pleinement se déployer en se fondant sur un modèle simple d'accroissement continu de la taille conçue comme source de puissance et de rentes (sur les acheteurs, les fournisseurs les salariés, sur le pouvoir politique et la société). La course à la taille est devenue la façon la plus sûre de répondre aux exigences de profit et l'archétype stratégique des entreprises globales, transnationales et hyperpuissantes.

    Une mutation de l'organisation vers une conception purement mécanique et déshumanisée l'a accompagnée. Face à la complexité de gestion de la globalisation, un modèle simple et ancien a retrouvé sa modernité. Comme une machine, l'organisation a été configurée en une série de process (achats, production, commercial, ressources humaines, etc.), séquences d'opérations standardisées, si possible automatisables et traitables par les systèmes d'information. Le modèle de gestion ainsi privilégié a résolu les problèmes de coopération par le moins de partage du pouvoir et le moins de liberté possibles pour les acteurs locaux en privilégiant une organisation centralisée et très hiérarchique, où les ordres descendent et où le reporting remonte, où la bureaucratie du centre pilote les process, où les équipes de direction ont le monopole de l'intelligence et du pouvoir.

    Le pendant de cette vision a été une conception instrumentale des employés locaux, soumis à la normalisation de leurs comportements et essentiellement identifiés comme une composante majeure des coûts. Dans ce système, où la compression des coûts est la source principale de création de valeur, cette vue réductionniste de l'homme, atrophiant son intelligence et sa capacité d'initiative, a débouché sur un chômage structurel permanent. Enfin, avec l'accroissement des distances entre le centre et les échelons locaux, les chiffres sont devenus le medium exclusif de l'information, ce qui n'est pas mesurable ou mesuré ayant cessé de compter.

    LA FRANCE, EN AVANCE DANS LA MISE EN PLACE DU "PARADIGME CHINOIS"

    Alignons les constats : un pouvoir transnational échappant à celui des Etats, voir l'influençant ou l'absorbant. La convergence organisée des intérêts des dirigeants et actionnaires autour d'un but unique. Des stratégies fondées sur la puissance. Une organisation conçue comme une machine, instrumentalisant les hommes et confiant à la classe dirigeante un monopole de l'intelligence. L'avènement d'une bureaucratie centrale indifférente. L'information décisionnelle réduite à la sécheresse des chiffres. L'insatiabilité du profit des entreprises globalisées et le modèle qui en est le vecteur, sont devenus une menace totalitaire pour la démocratie.

    L'horizon du XXIe siècle sera-t-il une extension du modèle chinois, d'imbrication de l'Etat et des entreprises globales et de contrôle politique sévère de la population ? Un jeu pervers et intenable en démocratie s'est mis en place. Les entreprises globales poursuivent l'écrasement des obstacles au profit. Pour les citoyens, ces stratégies signifient plus de laissés-pour-compte et une crainte invasive de déclassement social. L'Etat-providence est ainsi soumis à une double tension contradictoire qui rompt structurellement son équilibre économique : toujours plus de besoins de protection demandée par les citoyens, donc plus de dépenses ; toujours plus de menaces et moins de ressources apportées par les entreprises globales. L'Etat ne s'en sort que par toujours plus de prélèvements sur les citoyens captifs (particuliers et PME) et le report de dépenses vers les générations futures, asphyxiant progressivement le tissu local.

    Le cas de la France est exemplaire : le poids de l'Etat, mesuré par la dépense publique y est le plus important d'Europe. En même temps, son tissu économique est caractérisé par la part très importante occupée dans son PIB par les entreprises du CAC 40 et les filiales de grands groupes étrangers. Enfin, les PME échouent à y grandir. Osons ce théorème explicatif du paradoxe français : plus l'économie d'un pays dépend des entreprises globales, plus l'Etat doit dépenser et occuper une place importante dans l'économie pour répondre au chantage à la délocalisation et compenser la casse. Dans le même temps le report des dépenses sur les captifs détruit le tissu industriel des PME et rend les citoyens angoissés, les exclus résignés, la société bloquée. L'Etat, représentant de l'intérêt collectif, est pris au piège et ne peut résoudre la contradiction à laquelle il est soumis. Pourtant, ses hauts représentants peuvent trouver un fort bénéfice à cette situation. La logique perdante pour l'Etat n'exclut pas une logique gagnante pour ses dirigeants.

    Dans le nouveau système des entreprises globales, la France, de par sa tradition étatiste, a paradoxalement un temps d'avance dans la mise en place du "paradigme chinois" : une économie dominée par les entreprises globales, un Etat vassalisé, une oligarchie restreinte qui prétend contrôler tous les pouvoirs nourrissant une société de défiance et de discrédit des politiques.

    Une sortie durable de la crise n'interviendra que par un nouvel équilibre des pouvoirs, d'une part entre l'Etat et les entreprises globales et, d'autre part, au sein de celles-ci, entre le capital financier et les autres formes de capital – humain, social et naturel – aujourd'hui totalement oubliées.

    Gérard Sené, chef d'entreprise
     
  2. EoL

    EoL Demi-dieu

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    Cet article est tout simplement remarquable de réalisme. Par contre, je ne vois pas comment la France pourra se sortir de cette course effrénée car elle ne gagne pas d'argent mais dépense toujours plus et dépense une monnaie qui a pas mal baissé!
     
  3. Stephanec06

    Stephanec06 Membre Bronze

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    Analyse pertinente! Bien que l'article soit assez mal écrit. En résumé l'avenir c'est ça: "'imbrication de l'Etat et des entreprises globales et de contrôle politique sévère de la population"

    C'est l'idéal. Un pays ou le politique tient encore l'économique. Mais ce que l'article ne dit pas, c'est que ce modèle est inapplicable chez nous et ceci, malgré notre "tradition étatiste".
    Pour que ce binôme soit plausible, le pays doit-être indispensable sur la scène internationale.
    Les investisseurs étrangers se moquent bien que l'économie chinoise soit en partie contrôlée et dirigée par l'état tant qu'elle garde son statut d'atelier-monde càd, de réservoir de main d'œuvre à bas-cout.
    En l'espèce nous ne serons jamais compétitif face à la Chine, même à niveau de développement égal. La démocratie, la retraite par répartition, les acquis sociaux, la sécu, coutent très chers.
    Le contrôle de l'économie par l'état n'est possible que grâce au caractere indispensable de la Chine sur l'échiquier mondial, caractère que lui confère son statut d'atelier-monde.

    A vous!
     
  4. EoL

    EoL Demi-dieu

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    Remarque il y a déjà des boites qui "délocalisent" de Chine vers la Thailande, le Vietnam car le travailleur est encore moins cher. Ca fait un peu argent/produit sale :(
     
  5. BaOab

    BaOab Membre Gold

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    Normal EoL, tu dois savoir mieux que moi que les salaires ont fortement augmenté en Chine ces dernières années (plus dans les villes certes). Et je pense que ça va continuer crescendo pendant un bon bout de temps. Il va falloir que la Chine se concentre plus sur l'élaboration de bons produits que sur la simple fabrication de produit étrangers à long terme. :)
     
  6. faguoyo

    faguoyo Membre Bronze

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    Il y a aussi les nouvelles lois de janvier 2009 visant a mieux défendre les droits des travailleurs qui ont accéléré ce mouvement vers les pays cités par EoL.
    Par contre je pense (modestement car je ne suis pas un spécialiste en la matière) que l'idée que la Chine dépende d'entreprises et de produits étrangers est fausse. Car si je ne dis pas de bêtise, ceux-ci ne représentent que 12% de leur économie, l'économie chinoise étant principalement interne et autonome.
    Par contre d'accord pour dire que la Chine va devoir se concentrer sur la qualité plutôt que la quantité dorénavant, et je pense que cela arrive avec les nouvelles générations sortant des universités chinoises. Je constate que la Chine à de moins en moins besoin de créatifs ou ingénieurs étrangers, et fait de plus en plus appelle à des compétences internes.
     
  7. Myself

    Myself Membre Gold

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    Je trouve cet article mauvais, complique pour dire des choses simples, des notions qui sont lancees sans reference, sans chiffre et pour une conlcusion etonnante: "LA FRANCE, EN AVANCE DANS LA MISE EN PLACE DU "PARADIGME CHINOIS"?
    Vu les dernieres greves en France, je me sens loin du paradigme chinois, vu de Chine bien sur. La force et la faiblesse de la Chine: son pouvoir central, la possibilite de faire passer des reformes rapidement et sans demander l'avis du peuple, controle de l'information etc... ce qui est selon moi l'oppose de la France.

    Des auteurs, des etudes ont montre que la globalisation de l'economie a un impact positif sur l'economie francaise. Les problemes francais sont pour moi internes, la globalisation de l'economie et l'internationnalisation des entreprises a commence il y a bien longtemps, la finance egalement! Et les crises economiques aussi!!! La globalisation a au mieux exacerber la concurrence des entreprises, mais les entreprises francaises a l'etranger se porte bien, c'est la France qui va mal, de quoi se plaint t-on?
    En gros la France est dans le rouge chaque annee et impossible de faire des reformes qui aille dans le bon sens. En plus de cette realite economique, nous avons en France une crise politique et identitaire.
     
  8. faguoyo

    faguoyo Membre Bronze

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    Je dois dire que je rejoins assez l'avis de Myself.
     
  9. Legume28

    Legume28 Membre Platinum

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    La question revient à dire : le passé est-il l'avenir ?
    Si l'on en croit 1984 oui.
     

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