1. Bienvenue sur Bonjourchine.com, le 1er forum francophone sur le travail, les études et le voyage en Chine.

    Pour poser une question ou répondre à une discussion déjà ouverte, inscrivez vous. C'est facile, rapide et gratuit !

    Cela vous permettra de sucroit de ne plus avoir de pub qui s'affiche à l'écran (0 pub pour les membres du forum!).
    Rejeter la notice

la Chine a son mot à dire sur la Crimée

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Jackie-Long, 18 Mars 2014.

  1. Jackie-Long

    Jackie-Long Dieu créateur

    Inscrit:
    9 Novembre 2009
    Messages:
    2 176
    Localité:
    YUNNAN PU'ER
    Ratings:
    +1 130 / -28
    Pékin s'est pour l'instant abstenu de réagir clairement à propos de la crise en Ukraine. Mais un succès de la stratégie russe en Crimée pourrait être dans les intérêts de la Chine... au Taiwan.

    Comme à son accoutumée en cas de crise internationale, la Chine est restée à l'écart de la crise ukrainienne et n'est pas intervenue, même de loin. Pourquoi aurait-elle dû le faire ? La description que donna [en 1938, à propos de la Tchécoslovaquie menacée par Hitler] Neville Chamberlain d'un conflit dans "un pays lointain entre des gens dont nous ne savons rien" n'a jamais été plus appropriée pour saisir la façon dont la Chine voit l'Europe de l'Est : comme une région qui n'a pas grand-chose en termes de ressources naturelles et ne représente pas un marché important pour l'exportation.
    Même si la Chine contrôle aujourd'hui 5% des terres agricoles ukrainiennes [cédées en 2013 pour la consommation chinoise], l'Ukraine fournit aussi du matériel militaire à la Chine.
    La Chine a cependant tort de ne rien faire à propos de l'Ukraine, parce qu'il y a là des enjeux importants pour elle.
    Contrer les Américains
    D'un point de vue stratégique, laisser les Américains "s'impliquer" en Ukraine a l'avantage d'affaiblir les entreprises déjà chancelantes d'Obama dans le Pacifique. Mais ce n'est pas tout. Une "défaite" pour les Etats-Unis (tout scénario où la Russie finirait avec des frontières plus solides qu'avant), amoindrirait l'efficacité de la principale arme de l'arsenal américain, le soft power. Dans le monde entier, la confiance en l'action américaine serait ébranlée, ce qui aiderait la Chine dans sa propre stratégie en Asie.
    De plus, la Chine n'a aucun intérêt à la légitimation des manifestations publiques comme un moyen de changement et de développement sociopolitique. La Chine n'est clairement pas désireuse de voir des gouvernements en exercice être renversés.
    Mais il y a également un enjeu à long terme, un sujet qui lui tient profondément à coeur : Taiwan [considérée comme une province de Chine par Pékin, l'île est dirigée de fait par un gouvernement distinct ; l'objectif de la réunification est central dans la politique chinoise]. Or la prise de la Crimée par la Russie fournit à la Chine un exemple intéressant de ce qui se passerait en cas de réunification par la force. Ce que les Russes ont fait sur leur péninsule, c'est agir vite et avec résolution, mettant le monde devant un fait accompli. Ils y sont parvenus avec très peu de violence et, grâce à la mobilisation de personnes bien placées dans la région (membres ou non de la majorité), ils peuvent exhiber les fêtes de bienvenue photogéniques avec lesquelles les soldats sont accueillis.
    Au pire, la situation n'est pas un cas d'agression caractérisée (même pour les médias occidentaux). C'est tout ce dont la Russie avait besoin. Il est difficile désormais d'envisager une sortie de crise où sa position en Crimée ne soit pas renforcée, quoi qu'il se passe dans le reste de l'Ukraine. Un dénouement analogue avec Taiwan conviendrait très bien à la Chine.
    Un consensus plus large, et non-occidental
    Comment la Chine peut-elle s'inviter dans la crise ukrainienne ? Il serait alarmant de la voir adopter un rôle actif dans un lieu si lointain. Elle pourrait plutôt utiliser les BRICS [groupe de pays émergents constitué par le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud] comme véhicule de sa stratégie ou, si elle n'obtient pas le soutien - important - de l'Inde et du Brésil, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS, qui rassemble les pays d'Asie centrale, la Russie et la Chine).
    Malgré l'orgueil généralisé qui est une nouvelle caractéristique de la mentalité chinoise en matière de politique étrangère, la Russie est l'une des rares puissances que la Chine a toujours respectée. La Chine peut donc aider la Russie en poussant à un consensus plus large, et non-occidental.
    Elle pourrait œuvrer dans trois directions : la décrédibilisation du gouvernement intérimaire ukrainien ; un statut "d'autonomie" renforcée de la Crimée, avec une présence militaire russe sans remise en cause de l'intégrité de l'Ukraine ; et un renforcement des investissements de pays menés par les BRICS dans l'est de l'Ukraine.
    Un tel plan pourrait retenir l'attention d'un certain nombre de pays, intéressés par les perspectives de développement économique. L'on peut imaginer des entités telles que Dubaï investir pour pousser à la transformation de l'est de l'Ukraine en une sorte de zone neutre d'investissement.
    Cela demande de l'imagination, mais il y a plus à gagner pour la Chine à agir qu'à rester immobile.
    Note :Andong Peng est chercheur à l’Institut des politiques publiques et de management de l’Université Tsinghua à Pékin
    .note_bas_de_page { font-size:80%; margin-top:20px; margin-bottom:20px; line-height:13px; }
     
  2. Tyller

    Tyller Dieu Supérieur

    Inscrit:
    5 Mai 2012
    Messages:
    1 043
    Localité:
    Guangzhou / Phnom Penh
    Ratings:
    +885 / -6
    Je suis mitigé quant à l'analogie Crimée / Taiwan. Il me semble que le silence de la Chine est également pour ne pas se faire montrer du doigt sur ses propres provinces dont la population est parfois pour une certaine indépendance. Pékin soutient généralement l'intégrité territorial (comme pour le Maroc par exemple), façons de dire "je soutiens votre intégrité, soutenez la mienne". Ce ne serait pas la Russie en face, fort est à parier qu'elle aurait soutenue l'intégrité de l'Ukraine (ce qui me semble d'ailleurs de mémoire avoir été le cas plus tôt).


    PS : un scénario de reprise par la force de Taiwan me semble par ailleurs des plus surréaliste.
     
    • J'aime J'aime x 2
  3. GuYong

    GuYong Alpha & Oméga

    Inscrit:
    26 Octobre 2009
    Messages:
    4 636
    Localité:
    ZheJiang
    Ratings:
    +2 907 / -16
    Je rejoinds Tyller.
    La Chine est simplement le cul entre 2 chaises sur la question.
    Hors de question de sous tenir l'ouest et un gouvernement issu d'un soulevement populaire....
    Hors de question de soutenir le demembrement d'un pays via referendum dans les provinces cecesionnistes...

    Pour l'analyse de Peng:
    - la décrédibilisation du gouvernement intérimaire ukrainien. Oui evidemment, et simple. C'est la ligne de comm officielle en cas de soulevement dans un pays tiers.
    - un statut "d'autonomie" renforcée de la Crimée, avec une présence militaire russe sans remise en cause de l'intégrité de l'Ukraine. Ca, desole c'est peut etre moi mais ca ne veut absolument rien dire... Ce sera encore l'Ukraine sauf que ce sera controle par la Russie (lol? What?)
    - et un renforcement des investissements de pays menés par les BRICS dans l'est de l'Ukraine. C'est la politique en cours de toute maniere, donc "ne changeons rien, ne faisons rien"

    Il fait bon etre prof a TsingHua... Ca ne mange pas de pain..
     

Partager cette page