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«Je ne veux pas suivre les ordres des riches

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Ludovico, 21 Février 2012.

  1. Ludovico

    Ludovico Dieu créateur

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    « Je ne veux pas suivre les ordres des riches »

    [​IMG]Richard STALLMAN
    Père du logiciel libre, gourou pour les uns, visionnaire pour les autres, Richard Stallman fascine. Rencontre avec le pire ennemi de Bill Gates et de feu Steve Jobs. Richard Stallman nous explique en quoi les logiciels propriétaires érigent un système de domination.

    Regards.fr : Dans les années 1970, alors que vous êtes un brillant étudiant en mathématiques et en physiques à Harvard, vous arrêtez vos études. Pourquoi ?
    Richard Stallman : J’ai en effet commencé un doctorat en 1974. À cette époque, j’avais déjà rejoint l’institut de technologie du Massachussets (MIT) depuis trois ans et découvert la communauté des hackers. Je voulais améliorer le quotidien des gens, créer des choses qui leur soient utiles. L’informatique, tel qu’il se développait alors, me permettait ce plaisir-là. Un hacker [1] s’amuse avec l’intelligence artificielle dans une perspective ludique et pas toujours pour des raisons pratiques, éthiques ou scientifiques. J’ai renoncé à mon doctorat pour me consacrer à la programmation. Quand un nouvel hacker venait au MIT pour s’amuser avec notre système, nous avions gagné une personne de plus pour notre communauté et nous étions contents. À cette époque, le partage des programmes et la coopération scientifique étaient des valeurs fortes. Autour de moi personne ne souhaitait restreindre les logiciels ; nous étions dans la logique du logiciel libre sans nous en rendre compte. Notre communauté est morte en 1982 à cause de la pression commerciale qui s’exerçait sur nos recherches, nos vies et sur le MIT. Et pire encore : le MIT s’est converti à un système d’exploitation en logiciel « privateur ». Je reviendrais sur cette notion. Pour moi, eu égard à la façon dont je vivais, c’était une honte, un désastre. J’avais perdu la possibilité de vivre en liberté. J’ai donc démissionné du MIT en 1984 pour écrire le code d’un système d’exploitation libre : GNU. Je ne regrette rien. Je vis toujours comme un étudiant, je ne veux pas suivre les ordres des riches.
    Et c’est à ce moment-là que vous créez la Free Software Foundation…
    Richard Stallman : J’ai lancé le mouvement du logiciel libre en 1983 et j’ai fondé la Free Software Foundation deux ans plus tard. Pour moi, il s’agissait de préserver une manière de vivre. J’ai résumé la philosophie du logiciel libre en trois mots qui plaisent aux Français : liberté, parce qu’elle respecte les utilisateurs ; égalité, car le logiciel libre ne donne de pouvoir à personne ; et fraternité, car le logiciel libre encourage la coopération entre les utilisateurs. J’ai mis des années à faire comprendre que free ne signifiait pas « gratuit ». Certes, la plupart du temps les programmes sont disponibles gratuitement, mais parfois nous les vendons car cela nous permet de pérenniser des emplois. L’idée centrale du logiciel libre est que ce sont les utilisateurs qui contrôlent le programme et non l’inverse. Pour vivre en liberté, on a besoin que les programmes possèdent quatre libertés essentielles : celle d’utiliser le programme Richard Stallman comme on veut, celle d’étudier le code source et de le modifier à notre guise, celle de pouvoir faire des copies du programme et de pouvoir les distribuer, et enfin, celle de contribuer à sa communauté en distribuant des versions modifiées.
    Si tout est libre, comment protéger les auteurs, les artistes, leurs œuvres, les logiciels… ?
    Richard Stallman : Il faut distinguer chaque chose. Les logiciels de tous les jours : les recettes de cuisine, les jeux, les livres ou les vidéos éducatives… devraient épouser le modèle du logiciel libre pour que chacun puisse contribuer à leur développement. En ce qui concerne la pensée, les essais ou encore les travaux de recherches, l’idéal serait que les données soient partageables dans une copie exacte et de manière non commerciale. Quant aux œuvres d’art, elles devraient également être partageables mais non modifiables pendant dix ans et ensuite tomber dans le domaine public. Je refuse l’idée que l’appréciation d’une œuvre impose un rapport de dette vis-à-vis de l’artiste. Pour soutenir les artistes et leur travail, il faut créer une subvention. Il faut modifier le système européen d’impôt sur le disque vierge et lui ajouter un impôt sur la connexion internet. Pour que la subvention d’un artiste soit juste, elle doit représenter la racine cubique de sa popularité. On pourrait également encourager le paiement volontaire pour utiliser les œuvres : chacun pourrait, s’il en a envie, donner de l’argent à l’artiste de son choix.
    Vous parlez de logiciels « privateurs » de libertés, vous allez même jusqu’à parler de colonisation numérique…
    Richard Stallman : Oui, je préfère la notion de logiciel « privateur » à celle de logiciel propriétaire. Les programmes « privateurs » imposent le pouvoir de quelques uns. Ils érigent un système de domination. Ils divisent les utilisateurs et les maintiennent dans un état de soumission en interdisant le partage des copies, l’appropriation du code source et la possibilité pour les programmateurs de le changer en un code exécutable et transformable.
    Vous avez créé GNU… de quoi s’agit-il ?
    Richard Stallman : Il s’agit de droits de l’homme et de liberté. Il fallait créer un système d’exploitation de type Unix [2] mais totalement libre. GNU veut dire GNU’s not Unix, (GNU n’est pas Unix). Aujourd’hui, GNU fonctionne souvent avec un noyau que l’on appelle Linux. La combinaison de GNU et de Linux donne le système d’exploitation GNU-Linux que l’on appelle abusivement Linux. Pour assurer la protection juridique de nos programmes, j’ai parallèlement écrit une licence basée sur le principe du copyleft ou « gauche d’auteur » qui permet d’octroyer au programme et à ses versions modifiées les quatre libertés que j’évoquais précédemment, par opposition à copyright, une « copie droite ». Cette licence s’appelle GNUGPL pour Général public licence.
    Vous dites ne pas vouloir suivre les ordres du « 1 %» et faire partie des « 99 %» en référence à Occupy Wall Street. Soutenez- vous ce mouvement ?
    Richard Stallman : Bien sûr. Les entreprises et les banques ont pris le pouvoir sur les États et la démocratie. Prenez l’exemple de la France : Nicolas Sarkozy a fait voter bon nombre de lois injustes. D’abord la loi Dadvsi [3] qui a imposé la censure sur les logiciels libres, puis la création de l’Hadopi qui pénalise le partage des œuvres et nie le principe même de la justice en punissant les utilisateurs sans plus de procès. François Hollande, qui au départ était contre l’Hadopi, est revenu sur sa position. On peut aisément imaginer qu’il a été victime de pressions puisqu’il a finalement décidé de ne pas défier le pouvoir des entreprises. L’État est un « satrape », un gouverneur qui impose le pouvoir de l’Empire. La même logique est à l’œuvre dans d’autres domaines : les banques ont le pouvoir sur les États, elles ont obtenu l’annulation des lois qui les empêchaient d’utiliser des instruments financiers toxiques.
    Lors d’une conférence à Paris en octobre, vous avez déclaré : « Les technologies de la communication et des réseaux offrent les possibilités d’un nouveau monde de libertés. Mais elles permettent aussi la surveillance et le contrôle dont n’osaient rêver les dictatures du passé. » C’est effrayant…
    Richard Stallman : Avant la mort de Steve Jobs, j’avais lancé la campagne : « iBad for your freedom » [4]. Steve Jobs a créé une mode chic pour faire migrer les utilisateurs vers des ordinateurs « prisons ». Depuis le début, ces produits sont « privateurs » de libertés mais dernièrement, ils se sont dotés de trois catégories de fonctionnalités malveillantes et abusives. Ils permettent la surveillance des utilisateurs. Ils restreignent leur utilisation – les utilisateurs de iTruc n’ont même plus le choix des applications qu’ils veulent installer. Enfin, par des portes dérobées, l’ordinateur obéit aux commandes des développeurs qui peuvent potentiellement abuser l’utilisateur, capter les données ou enlever une application, qu’on le veuille ou non. Steve Jobs a mis des menottes numériques très très serrées aux utilisateurs des produits Apple. Du côté de Microsoft, ce n’est pas mieux. Windows contient également ces trois catégories malveillantes. Facebook ou Google soulèvent, quant à eux, d’autres problèmes. Ils centralisent plus de données qu’aucun état dictatorial n’oserait jamais imaginer. Facebook surveille notre navigation internet, fait de la reconnaissance de visages sur nos images et bien sûr, garde toutes nos données. Cela pose de grands problèmes aux États-Unis et de plus grands encore pour ceux qui ne résident pas au États-Unis : vers quelle juridiction allez-vous vous tourner en France si Facebook abuse de vos données aux États-Unis ? Et puis, il y a aussi les caméras de surveillance et les téléphones portables, qui peuvent maintenant se transformer en dispositif d’écoute ou transmettre des coordonnées GPS. Le téléphone portable, c’est le rêve de Staline.
    Existent-ils des pays qui avancent vers le logiciel libre ?
    Richard Stallman : Oui, j’ai notamment travaillé avec Raphaël Correa, le Président de l’Équateur. Depuis, il travaille pour imposer le logiciel libre au sein des administrations de l’État. Le Vénézuela a aussi une politique forte en ce sens. En Andalousie, toutes les écoles sont passées au logiciel libre. Vous avez une très forte influence sur les partis pirates qui naissent en Suède, en Allemagne, en France…
    Pensez-vous qu’ils vont se développer ? Les soutenez- vous ?
    Richard Stallman : Je pense effectivement qu’ils vont diffuser leurs idéaux comme l’ont fait les écologistes qui, eux aussi, avaient décidé de se constituer en parti pour ouvrir les débats à de nouvelles questions politiques. À vrai dire, je suis plutôt proche du Parti vert américain. Les partis pirates n’ont pas encore pris le pli de travailler à la question si importante du réchauffement climatique. Si les Pirates et les Verts m’écoutaient, je leur dirais de fusionner.
    Quel conseil donneriez-vous à tous ceux qui téléchargent des séries, de la musique, des logiciels ?
    Richard Stallman : Migrez vers le libre. Et surtout, continuez à partager. Partager, c’est vraiment bon.
    * * *

    Un autre texte de Richard Stallman, plus ancien et malheureusement plus que jamais d’actualité, est "Droit d’auteur et mondialisation à l’âge des réseaux informatiques", la transcription d’un discours donné au MIT lors du Forum des Communications, le jeudi 19 avril 2001,
    "Les réseaux informatiques et les techniques numériques de traitement de l’information nous ramènent dans une situation semblable aux temps anciens, où quiconque pouvant lire et utiliser l’information pouvait également la copier, et ce, aussi facilement que n’importe qui.
    ...
    Cette évolution du contexte modifie la manière dont le droit du copyright fonctionne. Il ne fonctionne plus comme un règlement industriel, mais comme une restriction draconienne à l’encontre du public. C’était une restriction imposée aux éditeurs pour le bien des auteurs. C’est devenu, dans la pratique, une restriction imposée au public pour le bien des éditeurs. Le copyright n’était pas douloureux et ne soulevait pas de controverses, puisqu’il ne restreignait pas le public. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La priorité numéro un des éditeurs est de confiner tout possesseur d’ordinateur. Le copyright était facile à faire appliquer en tant que restriction imposée aux éditeurs, car ils avaient pignon sur rue. C’est maintenant devenu une restriction portant sur tout un chacun. Son application implique surveillance, intrusions, et châtiments sévères, moyens dont nous voyons la mise en lois et en œuvre aux États-Unis d’Amérique et dans d’autres pays.
    On pouvait défendre la thèse que le copyright était un marché avantageux pour le public, qui abandonnait des libertés qu’il ne pouvait exercer. Il peut désormais les exercer. Que faire si l’on découvre soudainement une utilité à une potentialité jusque là troquée faute de lui trouver un intérêt ? On peut désormais la consommer, l’utiliser. Que faire ? On n’y renonce plus, on en garde des parties. C’est l’impulsion naturelle. C’est pourquoi, à chaque occasion où il peut exprimer sa préférence, c’est ce que le public fait : il conserve une portion de cette liberté, et l’exerce. Napster en est un exemple frappant : le public décide d’exercer sa liberté de copier au lieu de l’abandonner. La tendance naturelle, pour faire correspondre le droit du copyright aux circonstances actuelles, est de réduire le pouvoir des détenteurs de copyright, réduire les restrictions qu’ils imposent au public, et augmenter les libertés que le public conserve.
    Voilà qui déplaît aux éditeurs. Ils recherchent exactement l’inverse. Ils veulent développer le pouvoir du copyright jusqu’à contrôler fermement toute utilisation de l’information. Ces pressions ont fait voter des lois attribuant aux pouvoirs associés au copyright des extensions sans précédent. Certaines des libertés accordées au public à l’âge de l’imprimerie lui sont désormais retirées.
    Examinons par exemple le cas des livres électroniques. C’est un thème tellement à la mode qu’il est difficile d’y échapper. J’ai pris l’avion pour le Brésil et le magazine de bord contenait un article annonçant que d’ici 10 ou 20 ans, nous passerions tous aux livres électroniques. Voilà clairement une campagne financée par quelqu’un. Dans quel but ? Je crois que j’ai deviné. Les livres électroniques sont l’occasion de retirer aux lecteurs des livres imprimés certaines des libertés qu’ils ont réussi à conserver — telles que la liberté de prêter un livre à un ami, de l’emprunter dans une bibliothèque publique, d’en vendre un exemplaire à un magasin de livres d’occasion, d’en acheter un exemplaire de manière anonyme, sans laisser de trace dans une quelconque base de données. Et, qui sait, le droit de le lire deux fois.
    Voilà des libertés que les éditeurs souhaiteraient nous retirer, mais qui dans le cas des livres imprimés provoquerait une levée de boucliers car ce serait une prise de pouvoir trop voyante. La stratégie indirecte qu’ils ont trouvée est donc la suivante : tout d’abord, on obtient de la loi qu’elle retire ces libertés aux livres électroniques à une époque où ils n’existent pas encore, ne provoquant ainsi aucune controverse. Il n’existe pas d’antériorité, d’utilisateurs de livres électroniques habitués à ces libertés et prêts à les défendre. Cette première étape fut atteinte avec le « Digital Millennium Copyright Act » en 1998. Ensuite, on introduit les livres électroniques et peu à peu on incite tout le monde à passer des livres imprimés aux livres électroniques. Finalement, le résultat est que les lecteurs ont perdu ces libertés sans qu’à aucun moment, ils ne s’en soient vu priver et aient donc eu l’occasion de se battre pour les conserver."
    Il vaut vraiment la peine de lire ce texte assez long qui entre autre fait le lien entre les pratiques actuelles de pays comme les USA ou la France avec la Russie staliniste. Surveillance généralisée, répression très dure, incitation à la délation, responsabilité collective, endoctrinement dés l’enfance, tout y est !


     

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