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Humer et Homer sont dans un bateau

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 16 Mai 2012.

  1. Orang Malang

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    LE MONDE | 15.05.2012

    On avait cru comprendre, pendant la campagne, que l'ennemi de François Hollande était la finance. Comme si cela ne suffisait pas, la liste vient de s'allonger. L'adversaire, c'est la Chine.

    "J'en suis arrivé à un moment où je pense qu'il faut nommer l'adversaire, confiait-il au journaliste Eric Dupin au cours d'un déjeuner, le 30 mars. Je l'avais fait pour la finance. Il faudra le faire pour les Chinois. Le problème, il est chinois. Ils trichent sur tout. Sur la monnaie, en matière de recherche. La difficulté, c'est que beaucoup de grandes entreprises vivent avec des contrats chinois. Ce sont elles qui empêchent que nous soyons plus fermes à l'égard des produits de ce pays. Mais il faudra ouvrir le conflit en ayant le soutien d'un certain nombre de pays européens." Voilà qui paraît, en effet, frappé au coin du bon sens : lorsqu'on lance l'assaut contre un géant, autant avoir quelques solides alliés à ses côtés. Malheureusement, constatait le futur président, "là aussi, c'est compliqué. Les Allemands ont quand même beaucoup d'intérêts en Chine, et d'autres pays, moins".

    Nul doute que le livre d'Eric Dupin dont sont extraites ces lignes, La Victoire empoisonnée (Seuil, 256 p., 16€), sera épluché avec un soin particulier à l'ambassade de Chine à Paris. Nos amis de l'empire du Milieu ont dû modérément apprécier, en effet, la tournure prise par le voyage à Pékin de l'émissaire du candidat socialiste, Laurent Fabius, en février. Mortifié de ne pas être reçu à haut niveau par les Chinois, M. Fabius avait écourté sa visite dans la capitale. La presse chinoise s'était étonnée que de si éminents représentants du PS français pussent s'offusquer de ne pas être reçus par des responsables du gouvernement chinois, alors qu'il s'agissait d'une visite de parti à parti et non de gouvernement à gouvernement. Une affaire élémentaire de protocole, en somme.

    Il va donc falloir mettre de l'huile dans les rouages franco-chinois, et dire que les Chinois "trichent sur tout" n'est pas forcément la meilleure entrée en matière - même si M. Hollande n'est pas le seul à le penser. Heureusement, le nouveau président a choisi pour conseiller diplomatique un spécialiste de la Chine, Paul-Jean Ortiz, qui va pouvoir l'aider à rétablir les bons usages protocolaires. Après quoi la nouvelle équipe pourra passer aux choses sérieuses.
    Là, François Hollande a parfaitement raison de vouloir compter sur le soutien des autres pays européens au moment où il va falloir dire leurs quatre vérités aux Chinois. Mais il a tout aussi raison lorsqu'il relève que la somme d'intérêts allemands investis en Chine complique les choses.

    Une excellente étude d'un think tank européen publiée mardi 15 mai met exactement le doigt sur cette question. Dans China and Germany : Why the Emerging Special Relationship Matters for Europe ("Chine et Allemagne : pourquoi la relation spéciale qui émerge concerne l'Europe"), deux jeunes chercheurs du European Council on Foreign Relations (ECFR), Hans Kundnani et Jonas Parello-Plesner, évoquent "la symbiose presque parfaite" qui est en train de s'opérer entre les économies chinoise et allemande : "La Chine a besoin de technologie, et l'Allemagne a besoin de marchés", soulignent-ils.

    Lorsque, sous l'impulsion du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, l'Allemagne a entrepris des réformes structurelles pour améliorer sa compétitivité au moment de l'arrivée de l'euro, son économie est devenue de plus en plus dépendante des exportations. Et où trouver des acheteurs de produits allemands, en dehors des pays de l'UE ? Dans l'Asie en pleine croissance ! La Chine et ses classes moyennes émergentes allaient fournir le débouché de rêve pour Audi, Siemens et autres fleurons de l'industrie allemande. En échange, les cerveaux allemands fourniraient quelques secrets de fabrication - ce qui vaut aujourd'hui aux firmes germaniques de se retrouver en concurrence sur des marchés tiers avec des entreprises chinoises dotées de high-tech d'origine allemande...

    Inévitablement, cette interdépendance croissante a donné naissance à ce que Kundnani et Parello-Plesner appellent "une relation politique de plus en plus étroite"entre Pékin et Berlin. Lorsque le premier ministre Wen Jiabao se déplace à Berlin, il emmène treize de ses ministres. Lorsque le président Hu Jintao reçoit la chancelière Angela Merkel à Pékin, il pense avoir en face de lui la patronne de l'Europe.

    Il faut dire que, depuis Pékin, pour paraphraser la célèbre phrase d'Henry Kissinger ("Quel est le numéro de téléphone de l'Europe ?"), il est plus facile d'appeler un numéro unique à Berlin que de risquer de se perdre dans l'interminable liste d'options du standard téléphonique de l'Union européenne à Bruxelles : "Pour la Commission, tapez 1, pour le Conseil, tapez 2, pour le Royaume-Uni, tapez 3..."

    Ainsi, concluent les deux chercheurs de l'ECFR, la relation spéciale germano-chinoise constitue "à la fois une chance et un danger pour le reste de l'Europe". Une chance, parce que l'Allemagne est un tremplin pour l'Europe. Mais aussi un danger, car elle peut avoir la tentation de s'y substituer.

    C'est là que les propos de M. Hollande à Eric Dupin prennent tout leur sens. Dans le monde d'aujourd'hui, même l'Allemagne, sa fierté retrouvée et son industrie florissante, n'est pas de taille à rivaliser avec l'économie chinoise. La mondialisation a rétréci les puissances moyennes. Seule l'Europe peut atteindre une masse critique susceptible d'être prise au sérieux.

    L'autre raison pour laquelle Berlin ne peut se substituer à l'Europe est que l'économie ne saurait être le seul attribut de la puissance - et la Chine le sait mieux que toute autre. En matière de défense, l'Allemagne, qui ne dispose pas de siège permanent à l'ONU, a certes participé aux opérations de l'OTAN en Afghanistan, mais ses réticences à s'engager aux côtés des autres Européens dans l'intervention en Libye ont montré les limites de sa volonté d'agir à l'extérieur.
    Comme l'Europe a besoin de l'Allemagne, l'Allemagne a aussi besoin de l'Europe. Au moment où Homer - le tandem Hollande-Merkel - pourrait donner une nouvelle impulsion à l'Europe, il serait dommage de le laisser détrôner par le duo Humer - Hu-Merkel.

     

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