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En cours de français avec des Chinois de Belleville

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Orang Malang, 23 Juillet 2010.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
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    http://belleville.blog.lemonde.fr/2010/07/22/en-cours-de-francais-avec-des-chinois-de-belleville/

    C’est le début de la soirée au 79, rue Rébeval, dans les Hauts de Belleville. Accompagnée de son petit-fils de 5 ans, une grand-mère chinoise attend le début du cours de français. Donatien Schramm échange quelques plaisanteries avec les retardataires qui prennent place dans le local de l’association Paris sur Chine. “Ces derniers temps, ils sont de plus en plus nombreux à assister au cours, indique Donatien. S’ils maîtrisent un peu le français, [condition d’intégration à laquelle est désormais soumise la délivrance de la carte de résident], ils augmentent leurs chances d’être régularisés.” Mais l’obtention de papiers d’identité en règle n’est pas la seule motivation, même si certains sont dans la clandestinité. Depuis plus de quinze ans, les nombreuses manifestations de soutien aux étrangers en situation irrégulière en France, “ont donné l’envie à de nombreux Chinois de mieux connaître notre culture. Les Chinois s’aperçoivent qu’ici, il y a des gens qui leur veulent du bien”, explique Donatien, ajoutant qu’aujourd’hui, il y a “une volonté de sortir de la communauté”. Les élèves de Donatien vivent en France depuis une dizaine d’années. Hormis Mme M., à la retraite, tous travaillent dans la restauration, la vente, la confection ou le nettoyage.

    “UN EFFORT SURHUMAIN”

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    Ce soir, la plupart des élèves sont originaires de la province chinoise du Zhejiang. Tous parlent le wenzhouhua et possèdent mal le mandarin. Quant au français, ils n’en n’ont qu’une compréhension lacunaire, voire aucune compréhension. Bien souvent, les élèves traduisent en wenzhouhua ce que dit le professeur en mandarin d’un mot ou d’une phrase écrits en français au tableau. En effet, ces migrants ont rarement dépassé l’enseignement primaire en Chine, pays où, d’après Donatien, “l’école n’enseigne souvent que le minimum…” et mal la langue nationale de la Chine, parlée en tant que langue maternelle par moins d’un tiers de la population. Du coup, l’apprentissage du français demande “un effort surhumain, surtout après une très longue journée de travai. Il arrive que certains s’endorment en cours tellement ils sont fatigués”, déplore le professeur, qui égraine les obstacles auxquels sont confrontées ces personnes. Par exemple, “tous rencontrent des difficultés de prononciation quand il faut associer le ‘r’ à une autre lettre”. De plus, s’ils ont été un peu scolarisés, ils passent d’un système d’écriture idéographique, où un signe donne un sens tout de suite, à un système alphabétique, où il faut assembler les lettres pour former un mot et du sens. Quand à la grammaire, “c’est un écueil”. En chinois, “la grammaire n’existe quasiment pas”, dit Donatien. En effet, les récentes recherches sur la grammaire chinoise ont commencé avec l’introduction des langues occidentales et n’intéressent qu’un petit nombre de linguistes. Des notions comme “sujet”, “verbe”, “complément” restent abstraites. Le locuteur distingue intuitivement ce qui est correct de ce qui l’est moins et de ce qui ne se dit pas.

    A la complexité de la langue française, se greffent aussi des habitudes culturelles qui ne facilitent pas l’apprentissage. D’abord, Donatien explique que les Chinois de son cours, souvent, s’ils comprennent le groupe de mots “centre social”, “n’ont aucune idée du sens qu’il recouvre”. Autre exemple : en cours, lorsque le professeur demande à ses élèves s’ils ont compris la leçon, tous répondent par l’affirmative. Plus exactement, ils trouvent le moyen de ne pas dire qu’ils n’ont pas compris.

    NE PAS PERDRE LA FACE

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    En France, la culture républicaine promeut l’idéologie égalitaire et par conséquent l’horizontalité des rapports sociaux. Pour illustrer cette conception par une image, dans une file d’attente, il est de coutume que le premier arrivé soit le premier servi quel que soit son âge, sa fonction ou son sexe. En Chine, la norme est à la verticalité des relations sociales. Une personne est soit aînée, soit cadette. Toutefois, la priorité de l’aîné sur le cadet ne donne pas tous les droits au plus âgé et oblige à certains devoirs, comme la protection et l’assistance au plus jeune. En conséquence, si l’enfant s’oppose à son père, il déséquilibre le système de relations sociales. C’est pourquoi, dans la société civile, exprimer son désaccord avec un supérieur hiérarchique, comme le professeur ou le patron, sortes de “pères sociaux”, devient difficile sachant que dans la culture chinoise, une règle incontournable du savoir-vivre consiste à éviter les conflits. En somme, dire “non”, c’est ouvrir un conflit. D’ailleurs le mot “non”, tout seul, n’existe pas en chinois, me dit le professeur de français. Ainsi, quand il y a désaccord, les Chinois ont pour coutume de recourir à un médiateur pour éviter que l’une des parties “ne perde la face”. De statut inférieur, le médiateur lui peut perdre la face. Une rétribution financière pourvoit à ce cas de figure. De statut supérieur, les deux protagonistes doivent s’entendre, sous peine de faire perdre la face au médiateur.

    Pour ces raisons, qu’un élève dise qu’il n’a pas compris le cours reviendrait pour lui à remettre en question la compétence de l’enseignant, partant lui faire perdre la face. De même, si l’élève admettait ne pas avoir compris la leçon, lui-même perdrait la face au regard de ses camarades de classe.
     
  2. gracelie

    gracelie Membre Platinum

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    Et dix ans après, ils ne parlent toujours pas Français malgré après l'avoir étudié pendant 5 ans.
    Parce que apprendre une nouvelle langue pour les adultes, c'est très difficile et ils oublient rapidement, et avec cette question de face; ils n'auaient jamais compris les leçons enseignées...et surtout qu'ils parlent Wenzhuhua entre eux,et n'ont meme pas besoin du Français pour vivre.
     
    #2 gracelie, 24 Juillet 2010
    Dernière édition: 24 Juillet 2010
  3. ElodieX

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    Je trouve ça triste, mais je trouve les explications un peu trop condescendantes.

    La question de la face et ne jamais admettre quand on a pas compris n'est pas seulement dû à la culture chinoise...
    Qui aime avouer quand il n'a pas compris? Surement pas moi, et bien peu de mes anciens camarades de classe français ou même mes anciens camarades de classe (coréens, japonais, américains, allemands, etc) lorsque j'ai fait du chinois en Chine.

    Quant à l'effort surhumain je veux bien le croire, mais bon...
    Mon mari a fait ses études supérieures en France, il a appris le français en même temps qu'il a fait ses études, et il n'était pas le seul chinois dans ce cas.
    Certains chinois de son lycée ont même fait des prépas HEC (!! les concours des sup de co contiennent des épreuves de philosophie et contraction de texte, alors autant dire que ça demande une certaine maitrise de la langue qui parfois manque même aux français). Le plus "drôle" c'est que certains s'en sont vraiment bien sortis par rapport à ces concours: donc respect.

    Les étudiants chinois venant faire leurs études supérieures mettent environ 1 à 2 ans pour être à peu près à l'aise en français.

    Et combien d'entre nous vivant en Chine on pu rencontrer des chinois ayant étudier le français à l'université en Chine sans jamais en sortir, et qui parlent un super français? J'en ai rencontré et respect encore une fois...


    Alors bon il ne faut pas faire comme les chinois qui pensent que l'apprentissage du chinois est impossible pour les occidentaux, l'apprentissage du français pour les chinois est loin d'être impossible.


    Je comprends bien le fait d'avoir envie de rester avec des personnes parlant la même langue que soi dans un pays étranger. Mais bon malheureusement je pense que c'est avant tout un problème de motivation et de choix personnel.
    Et surement certains enfants n'ont pas demandé à être déraciné, et ont encore moins envie de fournir ces efforts.


    Tout comme je ne plainds pas totalement les étudiants étrangers qui restent qu'avec leur semblable en Chine et s'étonnent au bout d'un an qu'ils n'arrivent pas à dépasser le stade du barraguinage en chinois, je ne plainds pas ces chinois de Belleville qui n'arrivent pas à apprendre le français.
    Mais c'est sure que je trouve ça triste.
     

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