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En Chine, l'exploitation minière à outrance réveille le sentiment national mongol

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Orang Malang, 31 Mai 2011.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
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    LE MONDE du 31 mai 2011

    Xilinhot (Mongolie intérieure, Chine) Envoyé spécial - En apparence, tout est calme à Xilinhot, ville de 150 000 habitants du nord de la région autonome de Mongolie intérieure, en Chine. Le boum immobilier a fait sortir de terre de rutilants complexes commerciaux et résidentiels. Mais l'argent du charbon, dont la Mongolie intérieure, vaste comme deux fois la France, est devenue, en 2009, la première région productrice de Chine, ne fait pas que donner aux villes un vernis de luxe et de modernité.

    Cette expansion est également à l'origine, depuis le 23 mai, de manifestations à Xilinhot et dans les chefs-lieux qui lui sont rattachés. Elles font suite à un conflit mortel, dix jours auparavant, entre des employés chinois d'une compagnie minière et des éleveurs mongols.

    Des habitants de la bannière (subdivision) de Xiwuqi, à l'ouest de Xilinhot, puis, dans les bourgades voisines, et des centaines de lycéens et d'étudiants mongols, ont marché dans les rues, munis de banderoles en langue mongole appelant à "la défense de nos terres et de nos droits".

    Ces manifestations, passées sous silence par les médias chinois, ont fait surgir, pour la première fois au grand jour, les revendications ethniques dans une région largement sinisée (les Mongols ne sont que 6 millions sur les 24 millions d'habitants de la région autonome). Le ressentiment vis-à-vis de la domination chinoise y est moins fort et moins connu qu'au Tibet ou dans le Xinjiang ouïgour.

    Tout a débuté dans la nuit du 10 au 11 mai, dans un village éloigné de Xiwuqi. Mergen, âgé de 35 ans, faisait partie d'un groupe d'éleveurs mongols qui ont tenté d'empêcher des convois de camions de traverser leurs pâturages pour rejoindre la mine de charbon de Jilingol. La confrontation a duré toute une journée, sous les yeux de la police locale.

    Vers minuit, après l'avoir insulté, les conducteurs d'engins appartenant à l'éthnie majoritaire chinoise Han, auraient foncé sur Mergen et traîné son corps sur des centaines de mètres.

    Le récit de l'incident et les premières photos, diffusés sur des blogs puis relayé le 19 mai par une ONG basée aux Etats-Unis, le Centre d'information sur les droits de l'homme de Mongolie du Sud (SMHRIC), ont échauffé les esprits. Après avoir tardé à réagir, les plus hautes autorités de la région autonome ont promis, samedi 28 mai, de résoudre les déséquilibres entre les "intérêts du peuple" et "l'exploitation des ressources". Deux chauffeurs ont été arrêtés.

    Un autre incident mortel, qui a eu lieu le 15 mai dans la région d'Abagaqi, au nord de Xilinhot, fait l'objet d'une enquête. Cette fois-ci, la victime est un jeune chinois han venu avec un groupe d'habitants se plaindre des nuisances d'une mine voisine, Manitou. Sa voiture a été écrasée par un engin de chantier lors de l'affrontement.

    L'indignation ne se limite pas aux Mongols. "L'environnement est détruit. Les gens des mines se croient tout permis. Les compensations sont insuffisantes", explique samedi un groupe d'étudiants han à Xilinhot. Ils n'ont pas manifesté mais "comprennent" les étudiants mongols descendus dans la rue, à Xilinhot, le 25 mai. Comme eux, ils sont aussi désormais "bouclés" dans leur école la journée. L'Internet est ralenti. Des textos incitent les usagers de téléphone portable à "respecter les lois". Les forces de sécurité sont sur le pied de guerre dans toute la Région autonome.

    Malgré l'immensité des steppes, les mines à ciel ouvert polluent. La fièvre énergétique profite avant tout à des investisseurs venus de Pékin ou d'autres provinces, qui "spéculent en achetant plusieurs appartements à la fois", vous dit-on.

    Chez les Mongols, le sentiment d'injustice est palpable. Les communautés nomades ont été forcées de se sédentariser au nom de la protection de l'environnement. Dans une région en urbanisation rapide, leur marginalisation économique et culturelle est exacerbée. Dans la bourgade d'Abagaqi, en plein boom, de jeunes Mongols s'esclaffent quand on leur demande s'ils ont du travail. "Il n'y a pas de travail, ici ! ", disent-ils en coeur.

    Un Mongol de 41 ans, H., a emménagé avec sa femme et ses deux filles dans l'une des nouvelles barres d'immeubles d'Abagaqi. Il a toujours ses terres et ses bêtes à une centaine de kilomètres, à Chagannaoer. Là-bas aussi, le "Dieu charbon" envahit la steppe. Une centrale thermique gigantesque, avec mine de charbon intégrée, est en chantier à l'orée du village. Le complexe ouvrira en 2012.

    Dans le village, han et mongols s'interrogent sur ce qui changera pour eux. H. reconnaît que son niveau de vie s'est élevé depuis qu'il est en ville. Mais il veut que ses deux filles aillent à l'université et ses revenus sont précaires. Il fait office de taxi collectif entre Xilinhot et Abagaqi. Sa fille aînée, âgée de 16 ans, scolarisée à Xilinhot, a participé à la manifestation du 25 mai. "Je la soutiens, et je trouve que c'est bien qu'ils aient manifesté. Nous, les adultes, on a peur des représailles. Les jeunes ont plus d'éducation, dit-il. Ils ont conscience d'être mongols, c'est bien !"
     

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