En Chine, le jeu dangereux de Google avec la censure

charko

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Membre Gold
09 Mar 2012
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shanghai, changning district
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http://www.liberation.fr/planete/20...u-dangereux-de-google-avec-la-censure_1671002



Selon le site «The Intercept», la firme veut lancer une version chinoise et filtrée de son moteur de recherche. Aux Etats-Unis, des sénateurs l’interpellent.

  • En Chine, le jeu dangereux de Google avec la censure
Google de retour en Chine, au prix d’un passage sous les fourches caudines de la censure exercée par le régime ? Révélé mercredi par le site d’investigation américain The Intercept, le projet, jusqu’alors très discret, du géant de Mountain View (Californie) fait l’objet depuis plusieurs jours d’un feu roulant de critiques. Du côté des ONG de défense des droits humains, Amnesty International a rapidement dénoncé «un jour noir pour la liberté du Web si Google se soumettait aux règles extrêmes de la censure chinoise pour accéder à un marché».

Et à Washington, un groupe bipartisan de six sénateurs, emmené par le républicain de Floride Marco Rubio et le démocrate de Virginie Mark Warner, s’est fendu vendredi d’une lettre ouverte adressée à Sundar Pichai, le PDG de l’entreprise. «S’il est avéré, ce plan est profondément troublant et risque de faire de Google le complice de violations des droits humains liées au rigoureux régime de censure de la Chine», écrivent les parlementaires, qui y voient «un précédent inquiétant pour les autres entreprises qui voudraient faire des affaires en Chine sans compromettre leurs valeurs fondamentales».

Canons. D’après les documents internes consultés par The Intercept, Google travaille en effet à réintroduire dans le pays son moteur de recherche, dans une version conforme aux canons d’un Web chinois en coupe réglée, en développant une application pour les smartphones équipés du système d’exploitation Android. L’appli «identifiera et filtrera automatiquement les sites bloqués» par le tentaculaire dispositif de censure d’Internet - la fameuse «grande muraille électronique» mise en place à partir de 1998 - de la BBC britannique à Wikipédia. Et elle «établira aussi une "liste noire de requêtes sensibles", de sorte qu’aucun "résultat n’apparaîtra" lorsque les utilisateurs entreront certains mots ou certaines phrases», poursuit le site d’information. Baptisé «Dragonfly» («libellule»), le projet a été lancé au printemps 2017, et les documents suggèrent qu’il ferait l’objet d’un partenariat avec une autre entreprise, encore inconnue, précise The Intercept.

En 2006 déjà, Google avait lancé une version censurée de son moteur de recherche à destination des Chinois. Mais l’entreprise y avait mis fin quatre ans plus tard, dénonçant alors aussi bien des piratages, opérés depuis la Chine, de «dizaines» de comptes Gmail de militants des droits humains, que «les tentatives de limiter encore plus la liberté d’expression sur le Web». Or ces derniers temps, les relations entre le régime et le géant du Net se sont manifestement détendues. Toujours d’après The Intercept, en décembre 2017, Pichai a rencontré l’un des principaux dirigeants du Parti communiste chinois, Wang Huning, conseiller du président Xi Jinping en matière de politique étrangère. A la même période, Google annonçait l’ouverture à Pékin d’un centre de recherche en intelligence artificielle. Courant juin, l’entreprise a indiqué investir 550 millions de dollars (475 millions d’euros) dans le numéro 2 chinois du commerce en ligne, JD.com. Et d’après l’agence Bloomberg, elle est en pourparlers avec le géant Tencent pour pouvoir fournir des services de «cloud» en Chine, qui compte plus de 770 millions d’internautes…

La mise au jour du projet Dragonfly provoque en tout cas de forts remous internes. «Dès que les informations ont commencé à circuler, les managers de Google ont rapidement bloqué l’accès des employés à tous les documents» faisant référence au projet, écrit The Intercept. «Cela a suscité pas mal d’angoisse en interne, a expliqué un salarié anonyme à l’AFP. Certains sont furieux de ce qu’on est en train de faire.» D’après le New York Times, des employés à qui il avait été demandé de travailler sur l’application de recherche ont préféré changer d’affectation ou démissionner.

«Liste noire».Jusqu’ici, le géant de Mountain View s’est borné à indiquer qu’il ne «commente pas des spéculations sur des projets futurs». Reste que les six sénateurs auteurs de la lettre ouverte à Sundar Pichai attendent désormais des réponses à des questions précises : Google travaille-t-il sur le sujet avec un partenaire, et si oui lequel ? Y a-t-il un lien entre ce projet et les pourparlers avec Tencent ? «Qu’est-ce qui a changé depuis 2010» pour que l’entreprise considère désormais pouvoir «coopérer» avec la censure chinoise ? Que contiendrait la «liste noire» de requêtes et de sites web censurés ? L’entreprise devra-t-elle fournir des historiques de recherche d’utilisateurs à la demande des autorités ? Pas sûr que Mountain View puisse tenir bien longtemps la stratégie du silence.