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Décryptage : les fondements historiques de la diplomatie chinoise

Discussion dans 'Bistrot Chine du "Lotus Bleu"' créé par Ludovico, 2 Novembre 2010.

  1. Ludovico

    Ludovico Dieu créateur

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    Source: Le grand soir
    Article: 30 septembre 2010
    Journaliste: Zheng Ruolin

    Désolé pour ce pavé, très peu aurons le temps de le lire, ceci dit, çà reste une réflexion alternative

    Lune de Fiel

    Les puissances d’hier se méfient toujours de celles de demain. Mais un chameau « qui meurt amaigri » reste plus encombrant qu’un cheval. La Chine en est consciente. Alors que le règne des Etats-Unis arrive, semble-t-il, à son couchant du fait de deux guerres ruineuses, et surtout de la crise financière et économique, la Chine rejette clairement la notion « glorieuse » de G2, ou tout autre titre visant à lui conférer l’encombrant statut de futur « nouveau maître du monde » ou de « puissance émergente ». Elle se considère elle-même comme un pays en voie de développement consacrant toutes ses forces à rattraper son retard envers l’Occident.

    Pourtant la Chine fait peur : championne à l’exportation, deuxième économie du monde, puissance au système politique « autoritaire » pour les uns, « capitaliste ultra-libéral » selon les autres, son émergence est tenue pour irréversible par tous. Alors, on se dit qu’avec d’un côté une hyper puissance en déclin et de l’autre une vieille nation qui revient de très loin, tout le problème de l’avenir réside dans la possibilité de maintenir une cohabitation harmonieuse entre ces deux entités aux directions croisées. Je parle bien évidemment de la Chine et des Etats-Unis. Ou plus largement de deux cents ans de relations entre l’Occident et l’Empire du Milieu qui détermineront dans une certaine mesure la future configuration politique de notre planète. En réalité, la visite de Barack Obama en Chine et le résultat mitigé du sommet de Copenhague ont témoigné dès à présent que le processus de formation de ce nouvel équilibre était entamé. Les récentes querelles entre Washington et Pékin sur la vente d’armes à Taiwan par les Etats-Unis, sur les « cyber- guerres » causées par l’affaire de Google, sur la rencontre entre le président américain et le dalaï lama montrent par contre combien cet équilibre est fragile.

    Souvent, les stratèges occidentaux ont du mal à comprendre pourquoi la Chine agit ou réagit de telle façon. Ils craignent qu’elle veuille défier l’ordre actuel conçu et défini par l’Occident et redoutent, avec elle, l’émergence d’une autre Union Soviétique. Pour mieux l’arrimer à leur cause, à leurs intérêts, les pays occidentaux demandent en conséquence à la Chine de « prendre plus de responsabilités internationales ». Mais, pour la Chine, prendre plus de responsabilités ne signifie pas accepter un alignement inconditionnel sur les positions américaines. Au contraire, exercer plus de responsabilités implique pour elle de prendre position contre les Etats-Unis, chaque fois qu’elle l’estime indispensable, comme par exemple lors « la guerre contre l’Irak » qu’elle ne jugeait pas justifiée… Voilà tout le problème.

    En réalité, contrairement aux reproches qui lui sont faits, la Chine profite pleinement de la mondialisation. Le slogan le plus à la mode en Chine depuis trente ans, c’est la nécessité pour elle de « retrouver les rails de la communauté internationale », c’est-à-dire de s’adapter aux règlements internationaux pour se développer, et non pas les défier. Mais comment expliquer alors qu’elle récuse, parfois même de manière systématique, certaines critiques occidentales ?

    En fait il faut se retourner vers le passée pour trouver une explication satisfaisante du comportement et des réactions de la Chine d’aujourd’hui. La population chinoise a toujours eu une mémoire très longue. Pour mieux analyser ce que sera demain le rôle de la Chine, il convient donc de procéder à un bref retour historique sur tout ce qui concerne ses relations avec les puissances occidentales.



    Tout commença en 1840, la Guerre de l’Opium…

    Il y a une « malédiction de l’opium » dans les relations sino-occidentales. Les réactions virulentes suscitées à la fin de l’année 2009 par la condamnation à mort et l’exécution par injection létale d’un Britannique, Akmal Shaikh, un homme présenté comme « souffrant de troubles bipolaires » par sa famille, arrêté à l’aéroport de Urumqi, au Xingjiang en Chine, avec 4.030 grammes d’héroïne dans sa valise en septembre 2007, sont presque identiques à celles qui marquèrent en 1840, le premier heurt douloureux, surtout d’ailleurs pour les Chinois, entre les deux civilisations.

    A l’époque comme à présent, chacun des deux côtés était convaincu de la légitimité de ses revendications. Ainsi, de nos jours, le gouvernement britannique, surtout son premier ministre Gordon Brown, ayant demandé en vain la clémence de la Chine, a condamné cette exécution « dans les termes les plus fermes », et convoqué à deux reprises l’ambassadrice de Chine à Londres pour montrer le mécontentement du 10 Downing Street. Un journaliste du « Telegraph Media », George Pitcher, s’est même laissé aller à regretter ouvertement dans son blog que « le temps de la diplomatie de la canonnière soit révolu depuis longtemps » et que Londres ne puisse pas demander plus à l’UE que l‘imposition « de sanctions commerciales importantes et dommageables » à la Chine. Aux yeux de beaucoup d’Internautes chinois, c’était presque-là le même scénario qu’il y a 170 ans.

    En 1840, face à la volonté des autorités impériales chinoises d’interdire le commerce de l’opium et à la destruction de 1.188 tonnes de drogues, confisquées essentiellement auprès des commerçants anglais et opérée sur les ordres de l’émissaire impérial Lin Zexu au village Humen, à Canton, la Chambre des Communes britanniques entama un débat à la demande du premier ministre Lord William Lamb, puis vota l’envoi d’un corps expéditionnaire contre le dynastie céleste Qing. Ce fut la première Guerre de l’Opium qui marqua le début du déclin de la Chine et le point de départ d’une longue histoire de relations conflictuelles entre l’Orient et l’Occident.

    En fait, tout comme aujourd’hui, le nœud du conflit tenait au déséquilibre des échanges commerciaux entre les Occidentaux et la Chine.

    Avant cette Guerre de l’Opium, les exportations de la Chine vers la Grande Bretagne, essentiellement du thé, de la soie et des porcelaines, lui offraient un excédent commercial équivalant à 26 millions de dollars, une somme gigantesque à l’époque. Et les Chinois exigeaient des commerçants anglais qu’ils payent en argent massif, selon les coutumes du temps. Par contre, le Royaume-Uni ne savait pas quoi exporter vers cette Chine largement autosuffisante, d’où un grave problème économique et monétaire pour les autorités britanniques. De plus, conséquence de l’indépendance des Etats-Unis, l’Angleterre avait perdu une partie de ses ressources financières. Dès lors, il lui fallait parvenir à équilibrer son commerce avec la Chine par n‘importe quel moyen.

    C’est ainsi que l’opium devint une option, puis une solution.

    La culture de pavot n’était pas une tradition en Chine. Importé de l’ouest par la route de la soie dans l’Antiquité, l’opium était destiné à une utilisation médicale. Mais l’abus de la consommation d’opium, bien que restant un phénomène limité, existait à la Cour impériale comme dans la basse société. Le paradoxe veut que l’Inde, pays d’où se mit à affluer massivement l’opium, n’en avait jamais consommé elle-même avant sa colonisation par les Britanniques. Dans ce contexte, la Chine était pour les Anglais le marché idéal. Dès les années 1820, des contrebandiers et des smogleurs introduisaient illégalement en Chine près de 4000 caisses (à peine 200 kilos) d’opium. Vingt ans plus tard, à la veille de la guerre de l’Opium, les importations atteignaient plus de 40 000 caisses !

    Hors des frontières de la Chine, peu de gens avaient alors conscience du drame humain dévastateur que constituait pareil phénomène pour l’Empire du Milieu. Et trop peu nombreux, de nos jours encore, sont ceux qui comprennent quel terrible empreinte psychologique il a laissé dans la mémoire collective du peuple chinois. Jusqu’à la Guerre de l‘Opium, cette très vieille nation vivant dans un isolement presque total, avec une économie autosuffisante, ignorait pratiquement tout de ce qui se passait hors de chez elle. Durant les 17 et 18ème siècles, la Chine avait connu une période qualifiée par les historiens chinois d‘« âge fleuri de Kang-Qian ». Elle constituait un immense empire doté d’un territoire de 13 millions de kilomètres carrés et abritant près de 300 millions d’habitants, soit près du quart de la population globale de la planète. Or, un siècle plus tard, en 1900, pas moins de onze armées étrangères stationnaient sur le sol chinois, y compris les armées de certaines nations dont les Chinois n’avaient jamais entendu parler avant leur arrivée. Ce fut donc bien là pour la population de l’Empire du Milieu un choc terrifiant suivi d’une chute infernale et qui n’ont pas manqué de laisser des traces profondes dans les mentalités !

    On peut certes prétendre que, même sans ces tragiques événements, la Chine aurait quand même raté le tournant historique de la révolution industrielle des 18e et 19e siècles. Mais elle était quand même la première économie du monde grâce à son immensité territoriale et à sa démographie gigantesque autant que par les qualités industrieuses de ses populations. Bien qu’ignorante des plus récentes innovations technologiques en train de bouleverser le monde extérieur, elle était une civilisation très raffinée, développées, paisible, engagée dans certains changements bien que ses élites fussent isolationnistes, très conservatrices et ignorantes du vertigineux développement scientifique et technologique en cours hors de l’Empire.
     
    #1 Ludovico, 2 Novembre 2010
    Dernière édition: 2 Novembre 2010
  2. Ludovico

    Ludovico Dieu créateur

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    Une Chine saignée à blanc

    Les résultats directs de la Guerre de l’Opium furent désastreux pour la Chine. Le traité de Nankin la força à céder Hongkong, à payer une indemnité de guerre de l’ordre de 21 millions de taels d’argent, à transférer ses droits de douane aux Anglais victorieux, à reconnaître la juridiction consulaire britannique, et à accorder à Londres la clause de la nation la plus favorisée.

    Si la signature de l’armistice du 22 juin 1940 par le maréchal Pétain constituait une insulte nationale pour le peuple français, le traité de Nankin ne fut lui, que le début d’une très longue liste d’« armistices » toujours plus humiliants pour le légitime orgueil national chinois et qui allaient susciter des rancœurs et des frustrations jamais apaisés pendant tout le 19ème siècle. Voilà donc les vraies conséquences de la Guerre de l’Opium pour la Chine et le monde ! Du fait du traumatisme provoqué par cet événement, jamais les relations entre les deux civilisations, Chine et Occident, ne pourront devenir un long fleuve tranquille.

    Après le traité de Nankin, plusieurs autres, dits traités imposés ou traités inégaux, furent signés, souvent à l’issue d’une défaite militaire chinoise ou sous la menace d’une invasion imminente de la part des puissances occidentales. En 1844 le traité de Wangxia avec les Etats-Unis, le traité de Whanpoa avec la France offrirent aux deux pays les mêmes droits qu’aux Anglais, plus celui d’évangéliser et de construire des églises. En 1858, après la Seconde Guerre de l’Opium, fut signé entre la Chine et la Grande Bretagne, la Russie, les Etats-Unis et la France le traité de Tianjing. La même année, la Russie envahit le nord du pays, battit l’armée chinoise et, par le traité d’Aihui, obtint plus de 600 000 kilomètres carrés de territoire. « La Russie a réussi à arracher à la Chine un territoire grand comme la France et l’Allemagne réunis et un fleuve long comme le Danube » commentait Engels dans un article. En 1860, ce fut le tour du traité de Pékin, après le sac du Palais d’été et sa destruction totale par la coalition franco-anglaise. Si le grand humaniste Victor Hugo protestait violemment contre ce crime dans sa lettre au capitaine Butler, il n’était pas historien et n’avait pu constater le résultat ravageur de cet acte perpétré par « des Européens civilisés » contre « les Chinois barbares ». L’un des motifs du saccage et de l’incendie du Palais d’été avait pourtant été de donner une leçon inoubliable aux Chinois, comme dans le film Avatar. En ce sens, le capitaine Butler et ses camarades ont bien rempli leur mission : les descendants de la génération de l’Opium n’ont toujours pas oublié le sac du Palais d’été ! Et en plus, des gens tels que Pierre Bergé se chargent régulièrement de rappeler à leur façon cet épisode dramatique aux Chinois.

    En 1894, c’était le traité de Shimonoseki (traité de Maguan en chinois) à l’issue de la guerre sino-japonaise. La Chine cédait au vainqueur Taiwan et plusieurs autres ports ainsi que les îles Senkaku (en chinois Duaoyudao). Le dernier traité de cette nature, mais aussi l’un des plus lourds de conséquences pour l’Empire, fut conclu en 1901 : « Le protocole de paix Boxer » (traité de Xinchou), entre la Chine et la fameuse « coalition armée de huit pays ». Le sixième article du document forçait la Chine à payer une somme colossale aux huit vainqueurs : 450 millions de taels d’argent plus 532 238 150 taels en intérêts, au total : 982 238 150 taels d’argent, équivalant à l’époque à 335 millions de dollars-or américains, soit environ 6 milliards de dollars américains d’aujourd’hui selon le calcul de certains économistes ! Un tael d’argent équivalait à la fin du 19ème siècle à un peu plus de six mois de dépenses de la vie quotidienne d’un paysan. 450 millions d’indemnités que les Chinois devaient verser aux huit pays vainqueurs représentaient donc un tael par habitant.

    « Cacher la richesse dans la population » fut une préoccupation traditionnelle des souverains chinois pendant toutes les longues périodes de prospérité du pays. Mais cette formidable accumulation de traités imposés ou de traités inégaux finit par provoquer une situation où il devint totalement impossible pour le gouvernement impérial Qing de rassembler les sommes gigantesques dues aux vainqueurs. De plus, la Chine, dont l’économie avait été dévitalisée complètement par ces conflits sanglants, avait perdu aussi le contrôle de ses douanes en même temps que la possibilité de maîtriser ses échanges extérieurs. Il ne restait donc plus d’autre solution que de pressurer d’impôts une population déjà dramatiquement appauvrie par les guerres. C’est ainsi qu’une Chine jusqu’alors prospère fut saignée à blanc pour la première fois dans son histoire !

    Les observateurs avertis ne manquent jamais d’explications raisonnables ni d’interprétations rationnelles sur les réactions parfois excessives des Chinois ou du gouvernement de Pékin sur tel ou tel dossier ou encore sur les questions liées à l‘intégrité territoriale du pays. Mais, pour ce faire, ils devraient se garder d’oublier le proverbe qui dit « il n’y a pas de fumée sans feu ! » Ils feraient bien de chercher en effet dans le grand incendie de l’histoire chinoise du 19e siècle et de la première moitié du 20e, les origines de la fumée de la diplomatie chinoise d’aujourd’hui et de demain.

    Quand la Chine dit, à voix basse, un « non » timide… à Copenhague

    Les Chinois ont-ils des rancœurs et des rancunes historiques envers les pays occidentaux ? C’est sûrement le cas pour une partie de la population. Mais on peut assurer qu’il n‘en va pas de même pour les hommes au pouvoir, formés par la tradition confucéenne. Un détail (énorme) de l’Histoire pourrait en témoigner : il réside dans l’attitude commune du président Tchang Kaï-chek de la Chine de Kuomintang puis du président Mao Zedong de la Chine communiste qui ont tous deux choisi, à tour de rôle, de « se venger par des bienfaits » en proclamant la rémission des envahisseurs japonais et en renonçant l’un comme l’autre aux indemnités de guerre de l’ordre de 50 milliards de dollars que Tokyo aurait dû payer à la Chine. Qu’il soit communiste ou nationaliste, un Chinois reste au fond de lui-même profondément influencé par le Confucianisme. Même Mao ne faisait pas exception malgré la lutte de toute sa vie contre le grand maître de la pensée chinoise. Le vieil adage biblique « oeil pour œil, dent pour dent » n’est pas du tout confucéen. Quand l’Occident critique « l’arrogance » de la diplomatie chinoise, le gouvernement de Pékin est souvent confronté au même moment à une population furieuse des « concessions » de ses dirigeants qu’elle juge trop « faibles » envers l’Occident. Le récent best-seller « La Chine n’est pas contente », livre très critiqué par les élites, témoigne bien de cette humeur des gens ordinaires du pays.

    Mais comme on dit en Occident : ventre affamé n’a pas d’oreilles. Dignité bafouée, je suppose, n’a pas d’oreille non plus. Il est extrêmement difficile de faire accepter ses critiques à quelqu’un qu’on entreprend d’humilier au même moment. L’objectif de « monde harmonieux », la stratégie de « non ennemi » avancés par le président Hu Jintao de même que le slogan des JO 2008, « un monde, un rêve », révèlent bien les « ambitions » de ce pays qu’on présente ici et là comme le nouveau Géant de la scène internationale. Ce dernier n’a d’autre prétention que d’être accepté par les autres puissances et reconnu comme l’un des grands pays du monde. La Chine n’est pas une démocratie occidentale. Elle a même été de nombreuses fois battue, presque colonisée, durement tyrannisée et exploitée. Mais comme l’écrivain français George Bernanos l’a dit : Les vrais ennemis de la société ne sont pas ceux qu’elle exploite ou tyrannise, ce sont ceux qu’elle humilie. La leçon est vraie pour un pays aussi. Alors que la Chine rattrape son retard mais n’est pas encore sûre de retrouver dans le monde de demain la place qui était la sienne avant la Guerre de l’Opium, qui s’étonnera de son extrême sensibilité à des critiques qu’elle ressent inévitablement comme des insultes après avoir été si longtemps humiliée ? Ce que les Chinois supportent moins encore, ce sont précisément les allusions permanentes aux « retard » réels ou supposés de leur pays, retards qu’ils ont tendance à attribuer de toute façon, de manière instinctive et automatique, aux invasions et destructions étrangères dont leurs parents ont tant souffert au cours des deux derniers siècles ! Et voilà comment une formule ou une critique jugée banale par un Occidental, par exemple au sujet de Taiwan ou du Tibet, peut être ressentie comme blessante voire menaçante par n’importe quel Chinois de la rue.

    Ce phénomène est aggravé par le fait que, depuis plusieurs décennies, les Occidentaux ont eu le temps de s’habituer aux prises de positions « raisonnables », « mesurées » et « responsables » des autorités chinoises face aux grands défis internationaux. Ils ont fini par juger tout à fait normal, comme faisant en quelque sorte partie de l’ordre naturel des choses, que la Chine se range aux côtés des puissances occidentales sur un grand nombre de dossiers, même quand elle n’y trouve aucun avantage, comme dans le cas fort épineux de la Corée du Nord où les intérêts chinois ne correspondent pas forcément à ceux des lointains pays de l’Ouest. Alors, quand, aiguillonnée par son opinion publique, la Chine se met à défendre, sans arrogance mais avec fermeté dans les enceintes internationales, ses propres intérêts de puissance, comme elle a commencé à le faire dans les négociations climatiques à Copenhague ou sur la question du nucléaire iranien, quel choc, quel tollé, quel psychodrame partout en Occident ! De nombreux Chinois risquent d’en retirer le fâcheux sentiment que ce qui est autorisé aux Occidentaux est décidément interdit aux autres et particulièrement à leur propre pays. Comme si la simple affirmation par la Chine de sa fierté et de ses intérêts nationaux constituait, en soi, une menace pour la tranquillité et la paix du monde ! A vrai dire, on peut soupçonner que les dirigeants occidentaux ne sont pas si craintifs mais qu’ils restent décidés à user jusqu’à la corde une stratégie du « chantage à la responsabilité » qui a montré son efficacité dans le passé mais dont tout indique qu’elle a désormais atteint ses limites.

    Evidemment, même si j’insistais à un tel point l’Histoire et ses influences lourdes, je ne nierais absolument pas non plus qu’un jour, tôt ou tard, la Chine devrait définitivement tourner la page avec sagesse, courage, mais aussi indulgence. Plus ce jour viendra tôt, mieux cela sera pour le monde. Mais deux conditions, me semble-t-il, sont indispensables : que la Chine reconquière sa confiance envers l’Occident comme envers sa propre population ; et que l’Occident accepte une Chine différente, une Chine en train de concevoir son propre modèle de développement…

    Zheng Ruolin:

    Correspondant à Paris du Wen Hui Bao, quotidien national de Shanghai, et du Wen Wei Po, quotidien publié à Hong Kong, il est également écrivain et traducteur
     
    #2 Ludovico, 2 Novembre 2010
    Dernière édition: 2 Novembre 2010
  3. Zovitch

    Zovitch Membre Gold

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    merci, tres interessant
     

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