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Course aux étoiles : la Chine accélère comme une fusée..

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Searogers, 9 Septembre 2014.

  1. Searogers

    Searogers Demi-dieu

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    Courrier international — n°1242 du 21 au 27 août 2014

    Je vous propose ici la lecture de cet article - que j'ai trouvé passionnant - en écho aussi à nos échanges de naguère sur les misères de YuTu (le lapin de Jade).
    Il remet vraiment la situation de la Chine sur le domaine de la course aux étoiles en perspective, en dépit de ces (petits) déboires sur lesquels nous avions plaisanté (gentiment, bien sûr)

    En plus, comme c'est ZhongQiuJie, c'est un article de saison.. :D

    Le programme spatial chinois n’est pas une pâle et tardive copie de ce qui a déjà été fait. Le pays ne cesse de développer des technologies de pointe.
    —New Scientist (extraits) Londres

    Le 14 décembre 2013, sur les grands réseaux sociaux chinois, la majorité des commentaires parlaient d’une émission télévisée populaire et d’un match de football. Et, s’il n’y avait pas eu d’effort concerté de la part des médias d’Etat, l’observateur lambda n’aurait peutêtre jamais su que la Chine venait tout juste de devenir le troisième pays au monde à réussir à poser une sonde sur la Lune.
    La nouvelle a été froidement accueillie. Après tout, l’alunissage du robot lunaire Yutu, alias “Lapin de jade”, sur le plus proche voisin de la Terre est un exploit que d’autres nations ont accompli il y a déjà plusieurs décennies. “Nous n’accusons plus que cinquante ans de retard par rapport à la Russie et aux Etats-Unis”, a fait remarquer, sarcastique, un commentateur sur Weibo, le Twitter chinois.
    “Les concepteurs chinois ont un petit retard à rattraper”, a écrit un autre, avant d’exprimer ses craintes que sa blague ne lui vaille d’être emprisonné.
    Mais le manque d’enthousiasme des Chinois n’est rien par rapport à l’indifférence générale du reste du monde. La mission est considérée comme une simple tentative de refaire ce que les autres puissances spatiales mondiales ont accompli il y a déjà plusieurs décennies.

    En fait, tout le monde est passé à côté de l’importance réelle de cette mission.
    Le lancement et l’alunissage réussis de Lapin de jade mettent en évidence l’ascension fulgurante de la Chine dans le domaine spatial, une ascension qui ne pourra que s’accélérer. Pour Dean Cheng, de la Heritage Foundation, un groupe de réflexion conservateur basé à Washington DC, “il s’agit d’une illustration classique de la fable du lièvre et de la tortue”. Autrement dit, la Chine est une force que les autres superpuissances spatiales ne devraient pas ignorer. Elle a développé le réseau de communications sophistiqué ayant servi à guider le rover vers sa destination, elle dispose d’une technologie satellitaire qui suscite l’envie d’autres nations, et elle a élaboré des plans pour la construction d’une nouvelle station spatiale internationale. Au final, le programme spatial chinois devrait avoir des répercussions dans tous les domaines, depuis les paramètres de votre téléphone mobile jusqu’aux premières empreintes humaines qui pourront être observées sur Mars.

    Il suffit d’observer l’évolution de la technologie satellitaire chinoise pour avoir une idée de l’efficacité de ce programme en pleine expansion. En 1970, la Chine a commencé à lancer, au rythme d’un par an, des transpondeurs de faible qualité et des satellites-espions rudimentaires capables d’accomplir des tâches très simples. En 2012, le pays a dépassé les Etats-Unis en réalisant 19 lancements pour cette seule année. Il a aussi, la même année, envoyé son premier astronaute dans l’espace, effectué sa première sortie spatiale et réussi un premier amarrage spatial entre un vaisseau et un module laboratoire. “Le programme chinois de vols habités progresse beaucoup plus vite que celui des Etats-Unis dans les années 1960”,constate Richard Holdaway, directeur de la division de recherche spatiale du Rutherford Appleton Laboratory (RAL), l’un des principaux collaborateurs du programme spatial chinois au Royaume-Uni. “La Chine rattrape les autres puissances à un rythme stupéfiant.”

    “D’ici quinze ans, les Chinois seront des acteurs majeurs du domaine”, renchérit Jonathan McDowell, du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, à Cambridge (Massachusetts). Et ils auront réussi cet exploit avec très peu de moyens fi nanciers. Selon une récente estimation réalisée par la Space Foundation, une organisation à but non lucratif basée à Colorado Springs, le budget spatial de la Chine représente moins d’un dixième de celui des Etats-Unis.
    Comment expliquer cette évolution rapide ? Une première réponse, un tantinet sévère, est que les autres nations ont déjà tracé la voie et réglé une grande partie des problèmes. “Les Américains et les Soviétiques ont dû résoudre des questions vitales – ce que respireraient les astronautes, par exemple, la quantité d’oxygène, la quantité d’azote, rappelle Dean Cheng. Et la Chine peut aujourd’hui tirer profi t de tout ce qui a été découvert et rendu public.”

    Ses propos reflètent la perception largement répandue selon laquelle le progrès technologique de la Chine est essentiellement fondé sur les idées des autres – qu’elles aient été données librement ou non. Du coup, on croit l’empire du Milieu incapable d’innovation.
    Mais, quand on observe la situation de plus près, on constate que ce tableau est incomplet. Certes, la capsule spatiale chinoise Shenzhou est presque identique au vaisseau russe Soyouz. Effectivement, les taïkonautes portent, sous leur scaphandre spatial chinois, une combinaison pressurisée fabriquée en Russie. Et oui, Lapin de jade semble être une version améliorée de Lunokhod 2, un robot soviétique qui a aluni en 1973.
    Mais ces ressemblances s’expliquent en grande partie par la signature, au milieu des années 1990, d’un contrat pour l’acquisition d’une grande quantité de matériel russe destiné aux vols habités – des équipements auxquels la Chine a apporté des améliorations importantes. La capsule Shenzhou est ainsi 30 % plus grande que Soyouz et elle est équipée de panneaux solaires et de systèmes avioniques et électroniques plus sophistiqués. “C’est un peu comme si la Chine avait développé la nouvelle génération de Soyouz”,commente Leroy Chiao, un ancien astronaute américain.

    Des ressources immenses.
    Par ailleurs, dans d’autres domaines, la Chine a rapidement devancé les autres pays grâce à la recherche fondamentale. Les scientifiques chinois ont par exemple dû trouver le moyen de rendre le rover résistant à la poussière lunaire – une substance incroyablement abrasive, fine et collante qui avait failli entraîner l’échec des missions Apollo – pour qu’il puisse se déplacer. Pour pouvoir tester des prototypes de véhicules lunaires sans demander l’aide des autres puissances spatiales, ils ont donc développé leur propre poussière lunaire à partir d’un tout petit échantillon de roche lunaire acheté aux Américains plusieurs décennies plus tôt, raconte Yongchun Zheng, planétologue à l’Académie chinoise des sciences, à Pékin.
    La technologie des fusées a évolué de la même façon. Les fusées Longue Marche, développées par la Chine, sont rapidement devenues plus sophistiquées que les fusées russes, qui n’ont que très peu changé au fil des ans et qui fonctionnent essentiellement au kérosène, un carburant facile à utiliser mais qui offre moins de puissance. Le lanceur Longue Marche 3, qui a permis d’envoyer Lapin de jade sur la Lune, utilise un mélange plus sophistiqué, à base d’hydrazine et de peroxyde d’azote. Pour McDowell, “il s’agit d’un carburant puissant avec lequel il n’est pas facile de travailler, et les Russes ne s’y sont pas risqués. […] C’est une performance technologique.”

    L’histoire pourrait se terminer là.
    Mais le programme spatial chinois ne se limite pas à l’envoi de véhicules sur la Lune. La Chine développe également toute une série de systèmes – logiciels, satellites et infrastructures de communications. Le but ? Acquérir une autonomie totale en matière spatiale.
    Le pays cherche par exemple à s’affranchir du réseau d’antennes de l’espace profond de l’Agence spatiale européenne (ESA), utilisé pour communiquer avec ses sondes lors de missions de mise en orbite lunaire. Une étape qui pourrait bientôt être franchie.
    La navigation par satellite fait l’objet d’un défi du même ordre, et la Chine est à mi-parcours pour la mise en place de Beidou, sa réponse au système de navigation par satellite GPS. En février dernier, le pays avait déjà effectué 15 lancements de satellites de navigation, soit près de la moitié des 35 prévus d’ici à 2020.

    C’est précisément dans le domaine de la technologie satellite que la Chine tire vraiment son épingle du jeu. En 2010, le pays a démontré qu’il était capable de manœuvres de précision en organisant la rencontre de deux satellites dans l’espace. Les deux engins sont brièvement entrés en contact, avant de poursuivre leurs trajectoires respectives.“C’est une chose d’arriver à toute vitesse et de rebondir contre l’autre satellite ou de le détruire, c’en est une autre de réussir un rendez-vous spatial sans dommages. Il faut une technologie de pointe et des compétences de très haut niveau”,rappelle Dean Cheng. Un satellite [capable de manœuvres] aussi sophistiquées pourrait servir à réparer les satellites vieillissants, les empêchant du même coup de devenir des débris spatiaux, et il pourrait même parvenir à assembler une nouvelle station spatiale.

    D’ici à 2015, un deuxième laboratoire spatial sera déployé en orbite terrestre basse à l’aide de la fusée Longue Marche 5, un lanceur de dernière génération capable de placer en orbite 600 kilos de plus que la défunte navette spatiale américaine. Une station spatiale chinoise (CSS) sera par ailleurs assemblée d’ici à 2020. Les étapes suivantes, d’après un rapport publié par l’Académie chinoise des sciences, sont la création d’une base lunaire habitée – un objectif que Richard Holdaway considère comme raisonnable –, l’envoi d’une mission humaine sur Mars et le développement de l’exploration planétaire robotique d’ici à 2050.
    Ces objectifs peuvent sembler irréalistes pour un pays qui n’a pas encore mis le pied sur la Lune. Mais la longue marche de la Chine n’est pas la seule raison qui permette de croire que sa feuille de route est réalisable : le pays possède deux ressources avec lesquelles aucune autre nation ne peut rivaliser. “Un quart de million de personnes travaillent sur le programme spatial chinois”,rappelle Richard Holdaway. Et ces scientifiques et ingénieurs sont jeunes, renchérit Gregory Kulacki, un expert de la Chine au sein de la Union of Concerned Scientists, [un groupe de réflexion américain indépendant] basé à Washington DC.
    “L’âge moyen se situe quelque part entre 30 et 35 ans, soit 20 ans de moins que dans les programmes spatiaux des autres pays”,a-t-il dit, faisant un parallèle avec la culture jeune et idéaliste qui régnait à la Nasa dans les années 1960.
    Les réussites actuelles et futures de la Chine reposent aussi sur sa capacité unique à garder le cap. Une continuité assurée par son régime de parti unique. “Les Chinois ont un plan à long terme et sont prêts à y consacrer pas mal de ressources, résume Dean Cheng. Nous devons nous attendre à ce qu’ils nous dépassent un jour ou l’autre.”
    Mais le principal catalyseur de l’innovation chinoise a probablement été l’exclusion du pays des projets internationaux. La Chine, longtemps interdite d’accès à la Station spatiale internationale (ISS), a développé des plans pour la construction de sa propre station. Et ce n’est qu’après que l’Union européenne a mis fin à la participation chinoise au projet Galileo – le rival européen du GPS – que la Chine a réellement commencé à travailler sur Beidou et développé ses satellites. “Ils ont décidé de ne dépendre que de leur propre technologie, et finalement ils ont progressé plus rapidement à cause des sanctions”, résume Gregory Kulacki.

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    Cavalier seul.

    Dans le même temps, on assiste à un déclin des capacités des puissances spatiales existantes. Et par ailleurs les infrastructures spatiales européennes et américaines commencent à se faire vieilles. Afin d’atteindre ses objectifs, l’ESA envisage aujourd’hui de collaborer avec la Chine dans le domaine des vols habités. “Nous avons actuellement trois ou quatre astronautes et formateurs d’astronautes qui suivent des cours de langue”, indique Thomas Reiter, directeur des vols habités et des opérations de l’ESA. “Nous prenons des mesures pour intensifier nos liens avec l’Agence spatiale chinoise.”
    Quels seraient pour la Chine les avantages de cette collaboration ? Après plusieurs décennies d’exclusion, il se pourrait en effet que le pays préfère continuer à faire cavalier seul.“Il n’est pas certain que la Chine souhaite collaborer avec nous. Il se peut que nous n’ayons pas grand-chose à offrir vu l’interruption du programme américain de vols habités”, craint Dean Cheng. Une collaboration avec la Russie semble aussi peu attractive. En 2011, la Russie a lancé, dans le cadre de la mission PhobosGrunt, une sonde spatiale chinoise à destination de Mars, mais celle-ci n’a même pas atteint l’orbite terrestre. “Pour les Chinois, il s’agissait d’un projet de prestige offrant une grande visibilité. Et il a échoué à cause des Russes”, indique Dean Cheng.

    Les changements survenus dans les rapports de forces entre les puissances spatiales pourraient en fait avoir des conséquences inattendues. Le Pentagone a récemment reconnu que le commandement militaire américain en Afrique dépendait maintenant d’un satellite chinois pour ses communications. De nombreuses applications commerciales vont elles aussi bénéficier du développement des satellites chinois, notamment les smartphones, qui peuvent déjà utiliser le système GPS et son équivalent russe, Glonass, comme solution de remplacement en cas de dysfonctionnement. Beidou serait une troisième option offerte aux utilisateurs. Et selon un nombre important de constructeurs automobiles serait en train d’équiper leurs systèmes pour qu’ils puissent accéder à Beidou en cas de défaillance du GPS.
    Par ailleurs, les satellites météorologiques américains vieillissent – un sujet abordé anxieusement chaque année par le Congrès. L’an dernier, un rapport gouvernemental controversé a conclu que la meilleure solution était de se tourner vers la Chine pour obtenir de l’aide.
    La domination de la Chine dans le domaine spatial pourrait aussi avoir d’autres répercussions. Elle pourrait notamment pousser d’autres pays à investir dans des programmes spatiaux qui, pour l’heure, demeurent peu ambitieux. A l’occasion d’une conférence spatiale qui s’est tenue le 9 janvier, peu de temps après l’alunissage de Lapin de jade, l’administration américaine a annoncé que le financement accordé à l’ISS avait été renouvelé pour quatre années supplémentaires. Leroy Chiao [qui a volé sur plusieurs navettes américaines et a séjourné sur l’ISS en 2004] est convaincu que le spectre de la station spatiale chinoise les a poussés à ne pas annuler le versement annuel de 3 milliards de dollars. “On craignait d’être mis sur la touche alors que tous nos partenaires se mettraient à travailler avec la Chine”, explique-t-il.

    Mais la conséquence la plus utopique des ambitions spatiales de la Chine est sans doute la prise de conscience renouvelée du fait que l’espace n’est pas divisé en fonction des frontières nationales. Lors de la conférence du 9 janvier, le secrétaire d’Etat adjoint américain William J. Burns a annoncé la création d’une feuille de route internationale visant à unir les efforts des diverses agences spatiales nationales. “Il n’a pas dit ‘à l’exception de l’agence chinoise’”, souligne Chiao. Détail subtil mais significatif, note-t-il. Cette feuille de route permettra le développement de projets à long terme généralement considérés comme trop coûteux pour être mis en œuvre par des gouvernements individuels, notamment le lancement devols habités pour explorer la surface de Mars ou la création d’un bouclier antiastéroïdes, a détaillé Burns. Ce qui est certain, rappelle le Britannique Richard Holdaway, c’est qu’aucun de ces objectifs ne pourra être atteint sans le concours de la Chine. “Les Etats-Unis n’ont pas à eux seuls les moyens d’envoyer une mission sur Mars – pas plus que l’ESA d’ailleurs. Je crois qu’ils engageront bientôt le dialogue avec la Chine au sujet d’une potentielle mission habitée internationale à destination de la planète rouge”, a-t-il dit.

    Il n’y a rien d’impossible.
    Comme le rappelle Leroy Chiao, la collaboration entre la Russie et les Etats-Unis était elle aussi considérée comme impensable jusqu’à ce qu’elle se produise.

    —Phil McKenna
    Publié le 15 février
     
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    #1 Searogers, 9 Septembre 2014
    Dernière édition: 9 Septembre 2014
  2. Breizh In China

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    Le lapin de jade est toujours congelé?
     

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