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Comment Pékin accompagne la chute de Bo Xilai

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Malyn, 19 Avril 2012.

  1. Malyn

    Malyn Dieu

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    Le Point.fr - Publié le 19/04/2012 à 08:14
    [h=2]http://www.lepoint.fr/monde/comment-pekin-accompagne-la-chute-de-bo-xilai-19-04-2012-1452999_24.php

    Le pouvoir tente d'empêcher le retour en politique du dirigeant de Chongqing exclu du bureau politique et du comité central du PC.[/h]


    Par Richard Arzt, à Pékin
    Le pouvoir chinois a actuellement une priorité : casser l'image que Bo Xilai avait réussi à donner de lui. Il ne suffit pas d'avoir limogé le dirigeant de Chongqing - la ville la plus peuplée de Chine - puis de l'avoir exclu du bureau politique et du comité central du Parti communiste. Il faut maintenant accumuler les révélations ou confirmations sur la gravité des faits qui ont amené à ces sanctions. Objectif : empêcher le retour en politique de Bo Xilai et répandre l'idée dans la population qu'avoir de la sympathie pour ce personnage était une grave erreur.

    Ceux qui sont désormais en poste à Chongqing racontent à des journalistes occidentaux qu'en novembre dernier la mort de Neil Heywood est tout de suite apparue suspecte. Cet homme d'affaires anglais était un associé de la femme de Bo Xilai, Gu Kailai. Au point que plusieurs journaux de Hong Kong vont jusqu'à écrire qu'il pouvait être l'amant de celle-ci. Les mêmes médias croient savoir qu'il aurait aidé Gu Kailai à sortir de Chine une importante somme d'argent et qu'un différend aurait surgi entre eux sur la commission qu'il exigeait. Selon le Financial Times, c'est avec du cyanide de potassium qu'il a été empoisonné. Ce produit aurait été fourni par un certain Xia Zeliang, secrétaire du Parti communiste du district de Nan'an. L'hôtel où Neil Heywood a été retrouvé mort en novembre dernier se trouve dans ce quartier de Chongqing.
    [h=2]Bo Xilai aurait bloqué l'enquête[/h]Le moins que l'on puisse dire est que les détails ne manquent pas pour étayer les soupçons autour de ce décès. Et ils mènent à cette très grave accusation qu'après avoir donné son accord Bo Xilai aurait bloqué l'enquête et destitué celui qui s'apprêtait à la mener : Wang Lijun, numéro deux de la municipalité et responsable de la sécurité. Ce même Wang Lijun a alors eu l'idée d'aller tout raconter au consulat américain de Chengdu. Le chef-lieu du Sichuan n'est pas loin de Chongqing.

    Contrairement à ce qu'on a pu croire sur le moment, Wang Lijun n'aurait pas demandé l'asile politique aux États-Unis. Sa démarche, totalement inédite en Chine, était beaucoup plus audacieuse et manoeuvrière. S'il était allé à Pékin dire ce qu'il savait, il aurait eu toutes les chances de ne pas être écouté ou, pire, d'être neutralisé par les soutiens dont disposait Bo Xilai dans la haute hiérarchie du Parti.

    En s'adressant d'abord à des diplomates étrangers, il a donné une tout autre dimension à ses révélations. Il n'était plus possible de les passer sous silence. Selon des sources qui pourraient se trouver au consulat américain de Chengdu, c'est Wang Lijun lui-même qui, après dix heures d'entretiens, a téléphoné à Pékin pour demander que des agents de la commission de discipline du Parti viennent le chercher. Et surtout pas la police. Les Chinois qui s'intéressent à la politique admettent qu'avec le parcours qu'il a suivi Wang "a sauvé sa peau".
    [h=2]Lutte rude[/h]Depuis, l'acharnement avec lequel la direction du Parti communiste traite cette affaire indique combien le système politique chinois a redouté la montée en puissance de Bo Xilai. L'ambition de celui-ci était d'être admis parmi les neuf membres du Comité permanent, qui représente la plus haute marche du pouvoir. Il avait été écarté en 2007 et voulait y parvenir lors du congrès de l'automne prochain. La lutte est rude pour entrer au Comité permanent et, habituellement, la méthode consiste à se faire accepter en engrangeant le plus possible de soutiens et de consensus.

    Bo Xilai avait choisi d'apparaître tel qu'il est, turbulent et charismatique. Et de s'appuyer politiquement sur une ligne populiste aux accents maoïstes. L'ampleur des oppositions provoquées par cette stratégie démontre qu'elle n'était guère adaptée au but recherché. Là où la règle est de parvenir à une parfaite unité de façade entre dirigeants, Bo Xilai avançait en force avec des conceptions différentes des autres. Dans un pays où le parti unique est une règle sacrée, il paraissait de plus en plus en mesure de développer une tendance interne qui aurait pu devenir un parti dans le parti.
    L'affaire de la mort de Neil Heywood aurait peut-être pu être étouffée grâce à une complicité générale dont le régime est capable. Surtout s'agissant du fils de Bo Yibo, un révolutionnaire qui fut un des principaux conseillers de Deng Xiaoping. Au contraire, que Bo Xilai fasse référence au maoïsme alors que sa famille et lui-même ont été persécutés par Mao a profondément irrité les dirigeants au pouvoir à Pékin. En conférence de presse, le 14 mars, le Premier ministre Wen Jiabao visait Bo Xilai en dénonçant "les séquelles de la révolution culturelle". Si les réformes de modernisation et d'ouverture lancées il y a trente ans s'étaient accompagnées d'une véritable démaoïsation dénonçant les drames qu'a provoqués le Grand Timonier, les positions de Bo Xilai n'auraient sans doute pas eu le même succès.
    [h=2]"Les officiels ne doivent pas surestimer leur influence"[/h]En tout cas, avec un mode de communication gouvernementale qui reste très opaque, Pékin tient maintenant à faire savoir hors de Chine que le cas du criminel Bo Xilai est traité avec une attention particulière. La mort d'un étranger est en cause. De plus, les autorités chinoises ne peuvent pas durablement cacher des informations soigneusement recueillies par un service consulaire américain. Sans connaître, d'ailleurs, l'étendue exacte de déclarations qu'a faites Wang Lijun ni des documents qu'il a donnés.

    À l'attention de l'opinion chinoise, ensuite, l'appareil de propagande du Parti travaille à achever de faire tomber Bo Xilai de son piédestal. Les informations sur l'enquête sont en principe censurées. Mais les Chinois qui s'intéressent au sujet semblent tout savoir, rumeurs comprises. Les accès aux mots "Bo Xilai" ou "Wang Lijun" restent bloqués sur les grandes plates-formes comme Sina Weibo ou Tencent, mais les quelque 300 millions de microblogueurs chinois ont depuis longtemps l'art d'aller récupérer à l'étranger ce qu'ils désirent savoir sur ce qu'on leur cache en Chine. Et la presse écrite intègre que l'opinion est au courant en multipliant les éditoriaux qui vantent la sagesse des décisions du Parti. Par exemple, le Huanqiu Shibao du 19 avril souligne : "Le cas Bo Xilai montre que les officiels ne doivent pas surestimer leur influence ni s'imaginer qu'ils sont au-dessus des lois."
    Mais l'obsession de la direction communiste est de parvenir en toute chose à présenter un point de vue unifié. L'enjeu est de faire rentrer dans le rang ceux qui ont soutenu Bo Xilai et ont cru en lui à quelques niveaux qu'ils se trouvent dans le Parti ou l'armée. Pour cela, il y a au moins un type d'informations dont le pouvoir parvient à empêcher la diffusion : ce sont les arguments que le flambant ex-chef du parti de Chongqing et son épouse pourraient éventuellement utiliser pour leur défense.
     

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