1. Bienvenue sur Bonjourchine.com, le 1er forum francophone sur le travail, les études et le voyage en Chine.

    Pour poser une question ou répondre à une discussion déjà ouverte, inscrivez vous. C'est facile, rapide et gratuit !

    Cela vous permettra de sucroit de ne plus avoir de pub qui s'affiche à l'écran (0 pub pour les membres du forum!).
    Rejeter la notice

Chine - L'usine du monde manque de bras

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Cyril.G, 21 Avril 2011.

  1. Cyril.G

    Cyril.G Dieu Supérieur

    Inscrit:
    17 Juin 2009
    Messages:
    2 015
    Localité:
    Shanghai, Pudong
    Ratings:
    +394 / -3
    Article de Slate.fr datant du 19 avril 2011


    Les ouvriers migrants chinois ne veulent plus travailler pour rien. Dans les ateliers du delta de la rivière des perles, certaines entreprises tournent donc au ralenti. Un véritable casse-tête pour les usines chinoises.

    [​IMG]


    FOSHAN – Foshan est l’un des principaux pôles industriels du delta de la rivière des perles. Une région grande comme six fois la Belgique et où sont produits 80% des exportations chinoises.

    A Foshan travaillent un million d’ouvriers migrants. Venus des campagnes, ils grossissent le flot des petites mains qui travaillent 10 à 12 heures par jour dans des ateliers gigantesques moyennant 200 euros par mois. Chan Wan de l’ONG Sacom, un groupement d’universitaires hongkongais, nous explique:

    «Les conditions de travail dans ses usines sont terrifiantes. Les violations des droits du travail sont fréquentes dans toutes ces usines et récemment nous avons encore pointé 711 usines de jouets qui ne respectent pas la législation.»

    Des conditions de travail placées sous les feux des projecteurs ces derniers mois avec les suicides à répétition chez Foxconn et les grèves chez Honda. Des conditions de travail également de plus en plus difficiles à accepter pour les 250 millions d’ouvriers migrants de Chine. Après trois décennies de course à la prospérité, les soutiers de la croissance chinoise ne veulent plus être exploités.

    «J’ai accepté de revenir travailler», nous raconte Wang. Ouvrier dans une usine textile, il débarque tout juste du train qui le ramène du Sichuan. Après trente heures de voyage, il s’apprête à reprendre du service. Mais à une condition:

    «J’ai demandé à mon patron une augmentation de salaire de 20%. Sinon, je lui ai dit, ce n’est pas la peine de travailler. On travaille trop dur ici et la vie est chère. Ma femme et mon fils sont restés au village parce que je ne peux pas l’envoyer à l’école ici. Et puis les logements dans le sud son terriblement chers. Alors si je ne peux pas gagner davantage, ce n’est la peine de faire tous ces sacrifices.»

    Comme Wang, ils sont de plus en plus nombreux à poser leurs conditions. Un travail moins pénible et un meilleur salaire. Le strict respect finalement des lois du travail votées par le gouvernement central.

    «Le salaire minimum a été augmenté de 20% des derniers mois. Ça compense en partie l’inflation et surtout c’est une meilleure redistribution des profits», nous assure Chan Wan. A Foshan, le gouvernement local prend cette affaire très au sérieux.

    «Notre prospérité repose en grande partie sur nos usines, nous explique-t-on à la mairie. On ne peut pas laisser maltraiter ces ouvriers. Sinon ils vont refuser de travailleur ou se mettre en grève. De toute façon la situation risque de retourner contre nous.»

    Les autorités donc décidé d’accorder 10.000 «hukou» par an. Le hukou est ce passeport intérieur, réminiscence maoïste, qui seul permet de s’inscrire à l’école et de bénéficier d’un minimum d’aide social. Sans hukou, impossible de se construire une vie près de son lieu de travail.

    «En accordant des papiers à ces gens, nous explique-t-on, nous voulons faire de ces ouvriers migrants, des ouvriers tout simplement.»

    La province du Guangdong est l’une des premières régions de Chine à bénéficier de la politique d'ouverture et de réforme lancée par Deng Xiaoping il y a trente ans. Elle compte plus de 26 millions de travailleurs migrants, dont 14 millions sont nés dans les années 1980. Une «nouvelle génération» de travailleurs migrants qui voulant devenir des citoyens à part entière. Liang Guiquan, directeur de l'Académie des sciences sociales du Guangdong, explique:

    «A la différence de l'ancienne génération qui ne fait que travailler en ville, plus de 70% de ces travailleurs de la nouvelle génération souhaitent aussi vivre dans la ville où ils travaillent. Ils veulent gagner le respect des autres citoyens et faire partie de la ville.»

    Mais cette nouvelle politique plus généreuse n’est pas le simple reflet d’une magnanimité nouvelle du gouvernement. La réalité des conditions de travail et les bas salaires ont fini par rattraper les patrons chinois. Il manquerait déjà plus d’un million et demi d’ouvriers en Chine.

    Dans son bureau de la banlieue de Nanning, dans la province du Guanxi, Zhang Yuan se prend la tête entre les mains.

    «Nous avons besoin de 8.000 ouvriers pour faire redémarrer l’usine. Mais actuellement, nous en avons à peine un millier. C’est catastrophique.»

    Zhang dirige cette usine depuis dix ans. Il produit pour une grande marque taiwanaise des articles de sport et des chaussures. Mais cette année du Lapin qui commence en Chine s’annonce douloureuse.

    «C’est la première fois que nous nous trouvons dans une telle situation. Si on ne recrute pas rapidement, nous allons devoir mettre la clef sous la porte.»

    Résultat, comme à Foshan, la province du Guanxi a dû se résoudre à revoir son modèle social.

    «Si l’on ne veut pas perdre nos usines, nous devons faire un effort», assure le responsable du parc industriel de Nanning. Et de nous faire visiter ses terrains de basket flambant neuf, ses dortoirs immaculés et son infirmerie. Des installations inimaginables il y a encore 5 ans.

    «Il y a d’abord eu la crise économique de 2008, note Li Chuanfei un économiste. De nombreuses entreprises ont dû fermer leurs portes faute de commande. Ici la moitié des usines de jouets a fermé. Beaucoup d’ouvriers ont été jetés dehors, sans aucune indemnité. Ils sont rentrés dans leur village natal et beaucoup ne sont pas revenus... Certains se sont rendus compte qu’ils gagnaient mieux leur vie à faire des petits boulots chez eux en restant auprès de leur famille qu’en trimant douze heures par jours dans ces ateliers. C’est alors que la main d’oeuvre a commencé à manquer. Et puis le coût de la vie a tellement augmenté. L’inflation fait des ravages.»

    Zhang a dû se résoudre à doubler le salaire des ouvriers. Mais rien n’y fait, il lui manque toujours des milliers de bras.

    Stanley Lau, président de la toute puissante Fédération des entreprises de Hong Kong, est catégorique:

    «Il y a maintenant un véritable risque de perte de compétitivité des entreprises. 3.000 de nos membres se plaignent déjà d’un manque de main d’œuvre. Sans compter que les hausses de salaires rongent nos bénéfices. La crise n’est pas finie. Nous risquons de perdre un tiers de nos usines dans les cinq prochaines années.»

    Il faut dire que les multinationales ont trop tiré sur la corde. L’usine du monde a longtemps tourné sur le dos de ses ouvriers migrants. Mais la bataille n’est pas terminée. A l’image de Foxconn, le tristement célèbre sous-traitant d’Apple, beaucoup d’entreprises commencent à délocaliser. Certaines se sont installées dans les provinces pauvres du centre et de l’ouest de la Chine, où les ouvriers sont moins regardants. D’autres ont carrément mis les voiles. Direction le Vietnam ou le Bangladesh.

    Stéphane Pambrun
     
  2. mahu

    mahu Modo en carton

    Inscrit:
    9 Avril 2010
    Messages:
    5 883
    Localité:
    You give me fever
    Ratings:
    +4 418 / -77
    mettre la cle sous la porte faute de recrutement, combien de patrons en france espereraient dire ce genre de choses.

    le paradoxe:
    - les multinationales recherchent la pauvrete pour s'enrichir
    - les multinationales enrichissent la pauvrete en s'enrichissant ce qui les conduit a rechercher une autre pauvrete pour s'enrichir.

    les multinationales sont-elles de cupides bons samaritains ?
     
  3. Yopo

    Yopo Membre Gold

    Inscrit:
    21 Novembre 2007
    Messages:
    498
    Localité:
    Changshu/Shanghai
    Ratings:
    +3 / -0
    C'est pas nouveau comme problème, ça dure déjà depuis un bon moment...
    Puis ce n'est pas que les multinationales qui essayent de s'en mettre plein les fouilles en payant leur main d’œuvre a coup de lance pierre, c'est surtout les patrons chinois qui traitent leurs employés comme de la merde.
    Salaire, horaire de travail, logement, bouffe, vraiment pas jouasse comme conditions pour les immigrants chinois qui viennent sur la cote Est dans l'espoir d'avoir un meilleur boulot.
    Puis il faut dire aussi que les chinois terminant leurs études se montre très sélectif et exigeant sur les offres de travail qui leurs sont proposés.

    Je crois que Mike avait poste sur le forum un documentaire en français a propos de ce phenomene, et les entreprises chinoise se délocalisées jusqu'en Mongolie intérieur pour retrouver de la main d’œuvre "abordable"...
     
  4. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
    Membre de l'équipe Modérateur

    Inscrit:
    23 Octobre 2005
    Messages:
    15 948
    Localité:
    常熟,江苏
    Ratings:
    +8 145 / -35
    Merci Cyril ...

    Depuis 2008, avec la crise et un recentrage des activités vers de grands projets dans le centre du pays ... Beaucoup de la main d'oeuvre maléable, ne revient plus sur la côte ... Raréfaction de la main d'oeuvre entrainant une exigence des demandes de ceux qui restent ...
     

Partager cette page