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Chine et Japon enferrés dans le déni

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 31 Janvier 2013.

  1. Orang Malang

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    LE MONDE | 30.01.2013


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    A la tête du premier cabinet d'alternance qui, à la suite de la victoire des démocrates en 2009, avait mis fin au monopole du pouvoir des libéraux- démocrates (revenus aux affaires en décembre 2012), Yukio Hatoyama n'avait guère démontré une grande acuité politique. Au cours d'une récente visite à Pékin, il vient en revanche de faire preuve d'un bon sens, partagé par beaucoup de Japonais, mais qui n'est pas le fait de leurs gouvernants : il a admis "l'existence d'un différend territorial" entre la Chine et le Japon.

    Est-ce là faire preuve d'une grande sagacité ? Des garde-côtes et des chasseurs des deux pays se croisent au large et dans le ciel des îlots inhabités Senkaku (appelés Diaoyu par les Chinois) en mer de Chine de l'Est - administrés par le Japon et revendiqués par la Chine. Tokyo a annoncé mardi 29 janvier qu'il allait constituer une force spéciale de 600 hommes et 12 navires pour les surveiller. Mais reconnaître l'existence d'un litige sur ces îlots relève pour Tokyo du "politiquement incorrect". La question de la souveraineté des Senkaku ne se pose pas. Un point, c'est tout. "Si on se reporte à l'histoire, il y a bien un différend", a fait valoir M. Hatoyama : "Tout en reconnaissant des divergences de vues, il est important pour les deux gouvernements de trouver une solution... En continuant à dire qu'il n'y a pas de dispute territoriale, on ne parviendra jamais à une solution."

    Cette déclaration, qui a fait les gros titres de la presse chinoise, fut qualifiée de"très regrettable venant d'un ancien premier ministre" par le porte-parole du gouvernement à Tokyo. M. Hatoyama a poursuivi son voyage en Chine par une visite au Mémorial du massacre de Nankin : en décembre 1937, 300 000 civils et soldats désarmés chinois furent tués par l'armée impériale, affirme Pékin. Quel que soit le nombre des victimes - objet de débats -, il y a eu massacre. Un tragique épisode dont la droite nippone minimise l'importance ou nie tout bonnement qu'il ait eu lieu.

    Dans son discours de politique générale au Parlement, lundi 28 janvier, M. Abe s'est abstenu de se lancer dans la rhétorique négationniste qui lui est chère pour privilégier les questions économiques. Sans mentionner la Chine, il a cependant souligné la nécessité de "consacrer tous les efforts" à "la défense de la souveraineté de la nation sur terre, sur mer et dans le ciel". La veille, le gouvernement avait annoncé la première augmentation en onze ans des dépenses militaires et le renforcement de la défense du sud-ouest de l'Archipel.

    Bien que des pourparlers soient en cours entre Pékin et Tokyo, une solution au différend territorial semble difficile tant que les deux parties resteront enferrées dans leurs dénis. Le refus de Tokyo de reconnaître l'existence d'un problème en a pour pendant un autre, chinois cette fois, d'admettre un état de fait : l'administration - à bon droit ou non - des îles par le Japon depuis des décennies. La Chine est "mécontente", gronde Pékin, des propos tenus par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton à son homologue japonais, Fumio Kishida : "Les Etats-Unis ne prennent pas position sur la souveraineté ultime de ces îles mais reconnaissent qu'elles sont administrées par le Japon, et nous nous opposons à toute action qui porterait atteinte à cette situation." Reformulation, un peu plus précise, de la position américaine depuis le début de la crise sino-japonaise : pour Washington, ces îlots sont couverts par le traité de sécurité américano-nippon - et, d'ailleurs, l'un d'entre eux servait dans le passé de cible pour des exercices des troupes américaines déployées au Japon - sans que, en ce temps-là, Pékin n'ait rien eu à redire...

    Le refus du Japon d'admettre qu'il y existe un litige, couplé à l'ignorance par la Chine d'un état de fait, ne facilite guère l'amorce d'une négociation. D'autant que la crispation sur le différend territorial s'inscrit dans une rivalité plus large, et vraisemblablement durable, entre deux puissances dont l'une (le Japon), arrivée à maturité, semble décliner et l'autre (la Chine), en expansion, fait preuve d'une arrogante confiance en soi. Le Japon est économiquement beaucoup plus riche que la Chine et son armée plus avancée en termes d'armement et d'entraînement. Mais le rapport de forces évolue rapidement.

    D'un point de vue géopolitique, les Senkaku sont importants pour les deux pays non seulement parce que l'espace marin environnant serait riche en ressources naturelles, mais aussi parce que ces îlots font partie de ce chapelet de terres qui s'égrènent du Japon aux Philippines et commandent des routes maritimes importantes : celle des tankers et cargos allant et venant entre l'Archipel, l'Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient et celles que pourraient emprunter les sous-marins chinois pour passer sans être vus dans le Pacifique.

    A ces questions très actuelles s'ajoute, pour les envenimer, l'intolérance à la mémoire de l'autre de la part de la Chine comme du Japon. La mémoire d'un peuple peut certes être biaisée ou instrumentalisée par le pouvoir, mais elle ne doit pas être prise en compte dans toute politique de bon voisinage. Les moulinets de part et d'autre donnent un tour de plus en plus émotionnel au différend sino-nippon, accroissant les risques de dérapage.

    La fragmentation du monde politique japonais, qui a trouvé comme outil de rassemblement de réaffirmer la souveraineté territoriale et de rompre avec la "diplomatie du repentir", et un nouveau pouvoir chinois, qui, lui aussi, cherche dans le nationalisme un dérivatif aux problèmes internes, n'augure guère d'une éclaircie rapide. Qui, du Japonais Shinzo Abe ou du Chinois Xi Jinping, aura le premier le courage de la modération en plaçant le litige sur ces confettis de terre en mer de Chine dans un contexte plus large ?

     

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