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A Yicheng, les Chinois peuvent avoir deux enfants

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 4 Novembre 2011.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga
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    LE MONDE du 3 novembre 2011

    Comté d'Yicheng (Chine) Envoyé spécial - Yicheng, comté rural de 300 000 âmes dans la province du Shanxi, est depuis vingt-six ans le site d'une expérience longtemps tenue secrète et aujourd'hui encore largement méconnue : ses habitants sont autorisés, dans les zones rurales et selon des règles bien précises, à avoir deux enfants - fille ou garçon. Alors que le reste de la Chine, à l'exception de la plupart des minorités ethniques, est, depuis 1980, soumis au régime de l'enfant unique, avec la possibilité dans les campagnes d'avoir un second enfant si le premier est une fille. Or les performances en matière de contrôle de la natalité du laboratoire grandeur nature d'Yicheng sont meilleures que partout ailleurs en Chine.

    Feng Caishan habite à Beiding, un de ces villages entourés de champs de maïs à quelques kilomètres de piste de la capitale du comté. Lorsqu'on lui annonça, en 1985, en pleine campagne de l'enfant unique, qu'Yicheng serait une terre d'exception, il fut d'abord sceptique. "On voulait que les gens n'aient qu'un enfant, ils en faisaient deux ! Leur dire qu'ils pouvaient en avoir deux signifiait qu'ils en auraient forcément trois !", pensa alors le directeur du planning familial d'Yicheng, à la retraite depuis 2002.


    Avant 1985, l'exécution du planning familial était l'une des missions les plus pénibles pour les cadres comme M. Feng, qui dirigeait alors un bourg de 21 000 habitants. Avec la nouvelle politique, tout a changé. "On a eu beaucoup moins de travail. Les gens ne se cachaient plus pour faire un enfant et devenaient coopératifs. On n'avait plus à les pousser, ils nous suivaient", se souvient-il. Assez rapidement, Yicheng parvint à moins de deux enfants par femme. Les autres régions furent incitées à rivaliser avec le comté modèle, sans avoir idée de l'extraordinaire dérogation dont il bénéficiait.


    Les cadres d'Yicheng ont mis en place des règles bien précises. Elles imposaient que les parents aient leur premier enfant à partir de 24 ans et le second au moins six ans plus tard, alors que dans le reste de la Chine, où les parents peuventenfanter dès 21 ans, un écart de quatre ans est généralement prescrit dans les zones rurales quand le premier né est une fille. Un anneau de contraception devait être posé après le premier enfant et la ligature des trompes, c'est-à-dire la stérilisation, était systématique après le second.


    Ces opérations étaient réalisées par les "services techniques" qui se rendaient dans les bourgs. "Les cadres et les membres du parti étaient les premiers à le faire pour l'exemple", raconte Feng Caishan. Le sentiment, chez les gens d'Yicheng, d'êtredes privilégiés, les a rendus plus conciliants face à ce type de mesures. Partout ailleurs, le protocole draconien du planning familial, mélange de persuasion et de coercition, est la source de multiples conflits, notamment quand les officiels, soucieux de ne pas être pénalisés - les chiffres des naissances sont un critère majeur de promotion au sein du parti -, lancent des campagnes de rectification des statistiques qui entraînent les pires violences.


    Primes et amendes


    A Yicheng, dans chaque village, un responsable désigné, lui-même soumis à primes et amendes, devait s'assurer que les naissances avaient lieu selon les règles. Dans les années 1980, le comité du village lui déléguait même le droit d'attribuer les quotes-parts de terre collective, les permis de résidence ou encore les certificats de mariage. Ce fut, souvent, un médecin ou une sage-femme. Comme Che Yuelian, dans le village de Xiheshui.
    Cette petite dame de 65 ans au visage agréable et aux mains puissantes est chargée du planning familial depuis la Révolution culturelle. Elle habite encore la clinique du village et a aidé à donner le jour à plus de 1 000 enfants, soutient-elle, les yeux pétillants. On ne saura de combien de naissances "résiliées" elle fut aussi l'exécutante...


    Le gouvernement chinois a certes mis en place, ces dernières années, des mesures pour éviter, en principe, les pires abus du contrôle des naissances. En favorisant, par exemple, une politique du "choix informé" par rapport à la contraception. A Yicheng, il n'est pas dit que les stérilisations sont entièrement volontaires. Dans un village voisin, une jeune femme dont le deuxième fils a 1 an raconte que les responsables du planning familial sont venus la voir et qu'elle n'a pas eu le choix : elle a dû se faire stériliser.


    Les primes, en tout cas, jouent un rôle croissant. Elles ont nettement augmenté depuis 2008, explique la jeune doctoresse chargée du planning familial dans le village de Beiding. S'en tenir à une fille unique - en s'y engageant par écrit - donne droit à 3 000 yuans (350 euros) de prime à la naissance, puis 5 000 yuans quand l'enfant a 10 ans. Avec deux filles, et à condition que la mère se fassestériliser après le second enfant, les couples ont droit à 1 400 yuans par an de complément de retraite après 60 ans. Un fils unique, et c'est 1 200 yuans.


    A l'inverse, l'amende pour un enfant hors quota est toujours aussi lourde : 20 000 yuans (environ 2 300 euros) dans les zones rurales, Yicheng compris (les citadins, eux, doivent parfois payer dix fois plus).
    Les paysans, qui ont longtemps préféré une progéniture nombreuse afin d'êtrepris en charge par leurs enfants lorsqu'ils seront vieux, ont désormais d'autres inquiétudes. Comme le coût de l'éducation, ou celui du mariage : trouver une épouse à un fils exige 100 000 yuans de dot, disent plusieurs paysannes à Yicheng.


    Les couples chinois semblent avoir si bien assimilé l'idée, longtemps matraquée par la propagande, qu'avoir moins d'enfants permet l'élévation du niveau de vie, qu'ils sont devenus trop sages. Trente ans d'encadrement strict des naissances, de prime à la "stérilité" et de foire d'empoigne capitaliste ont comme... épuisé le désir d'enfants. Même à Yicheng. Ainsi de Cheng Haijuan, 28 ans, qui a une fille de 3 ans, ne sait pas si elle aura un second enfant. "J'en ferai peut-être un autre, dit-elle, si les conditions le permettent."
     

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