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Le sommet de Pékin dévoile les ambitions et les limites de l'OCS

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 11 Juin 2012.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga Membre de l'équipe Modérateur

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    Le Monde.fr | 11.06.2012

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    Ce fut un Sommet de Pékin placé sous le signe de la générosité chinoise et de l'entente sino-russe : la 12[SUP]e[/SUP] rencontre des chefs d'Etat de l'Organisation de coopération de Shanghai (Chine, Russie, et quatre -stan d'Asie centrale : Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan), qui s'est tenue à Pékin les mercredi 6 et jeudi 7 juin, a projeté l'image d'une institution désormais plus mature, et non sans ambitions.

    Avec 10 milliards de dollars de nouveaux prêts chinois accordés aux pays membres, l'OCS confirme sa fonction d'outil de développement économique sous impulsion chinoise - et à intérêts bien compris pour la Chine, demandeuse aussi bien en matières premières et ressources naturelles qu'en débouchés commerciaux et voies de sortie terrestres vers le Moyen-Orient et l'Europe.

    RENFORCER L'INFLUENCE RÉGIONALE DE L'OCS

    Sur le plan géopolitique, les deux chefs d'orchestre, Pékin et Moscou, semblent aujourd'hui prêts à renforcer l'influence régionale de l'OCS. Le sommet de Pékin est à cet égard un tournant. Issue des besoins de coopération entre la Chine et ses voisins pour régler les différends frontaliers nés du démantèlement de l'URSS dans les années 90, l'OCS s'est ensuite consacrée à des tâches de coordination sécuritaire entre ses membres : ceux-ci sont alors préoccupés par des "menaces internes" diverses et variées, que Chine et Russie tentent de refondre dans leur perception commune des trois "maux" que sont "l'islamisme, le terrorisme et le séparatisme".

    Le temps est-il venu pour l'OCS de jouer un plus grand rôle en dehors de ses frontières ? L'impasse syrienne, et la perspective d'un retrait d'Afghanistan des troupes l'OTAN en 2014, justifient à eux seuls que les deux puissances dominantes de ce coin du globe disposent d'une plateforme commune de coordination régionale.

    En outre, l'Organisation de coopération de Shanghai a l'ambition d'intégrer d'autres membres : l'Afghanistan s'est ainsi vue octroyer cette année le statut de pays observateur (comme le sont déjà l'Inde, l'Iran et le Pakistan par exemple), et la Turquie celui de partenaire de dialogue. L'importance qu'a voulu donner la Chine à la question afghane lors du sommet de Pékin transparait dans les promesses faites par le président chinois Hu Jintao à Hamid Karzai d'une "aide sincère et désintéressée" de la Chine. "L'Afghanistan est entrée aujourd'hui dans une période critique de transition", a déclaré M. Hu, après la signature d'un accord de partenariat stratégique selon lequel la Chine s'engage à construire des infrastructures et à fournir à son voisin 150 millions de yuans (18 millions d'euros) d'aide cette année.

    L'OCS sera une "forteresse de sécurité et de stabilité et une force motrice du développement économique et régional" a promis Hu Jintao vendredi. Dans le même temps, les Chinois font tout pour dédramatiser la perception qu'ont les Occidentaux de l'organisation : "l'OCS ne cherche pas à devenir une homologue de l'OTAN. Les membres de l'OCS sont préoccupés par des objectifs pragmatiques" a fait savoir dans un éditorial daté du 7 juin, le quotidien à grand tirage Global Times.

    MÉFIANCE DE LA RUSSIE

    Qu'ils fassent semblant ou non d'adhérer aux projets chinois, les Russes sont bien dans une dynamique asiatique - même s'ils sont déterminés à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier chinois : "Les Russes sont inquiets de l'asymétrie croissante entre Chine et Russie. De là leur volonté de jouer un rôle plus actif dans la zone", estime le sinologue Jean-Pierre Cabestan lors d'un entretien à Pékin. Le prochain sommet de l'APEC a Vladivostok, pour lequel la ville de l'Extrême-Orient russe fait peau neuve, participe de ce mouvement : "les efforts qu'ils y mettent ont pour but de rappeler que la Russie a un rôle à jouer dans la région", dit M. Cabestan.

    Malgré, ou à cause de l'OCS, la Russie est engagée par ailleurs dans deux autres initiatives avec un ancrage en Asie centrale : l'Eurasec (la Communauté Economique Eurasiatique), qui met en place une union douanière et un espace économique commun entre Russie, Kazakhstan et Biélorussie, Kirghizistan et Tadjikistan, et l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) qui regroupe en outre l'Ouzbékistan et l'Arménie.

    Enfin, la Russie, à l'instar des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrales, ou encore le satellite mongole, restent viscéralement méfiants face aux Chinois."Dans l'Extrême Orient Russe, on constate que les Russes préfèrent collaborer avec les Japonais et les Sud-Coréens chaque fois qu'ils le peuvent", note Jean-Pierre Cabestan. Dans les "stan", les élites sont avant tout russophones - et il est révélateur que les Chinois aient offert au sommet de Pékin de former en Chine 1 500 experts des pays de l'OCS sur les trois prochaines années, de fournir 3 000 bourses gouvernementales chinoises, et d'inviter en Chine 10 000 étudiants et enseignants des Instituts Confucius implantés dans les cinq pays...

    OPPORTUNITÉS ÉCONOMIQUES

    Si le front commun sino-russe adopté sur les questions syrienne et iranienne a été réitéré au sommet de Pékin, l'entente entre les deux ex-frères ennemis du camp socialiste est avant tout question d'opportunités économiques : "les difficultés de la Russie en matière de croissance économique et de transformation [économique], associées à une opposition politique qui prend de la vitesse, exigent une réponse urgente au moment où Poutine entame son troisième mandat" note le site d'information économique Caixin Online dans une analyse intitulée "Pourquoi la Russie fait-elle le pari de la Chine".

    "L'économie chinoise a beau ralentir, elle reste beaucoup plus attractive pour la Russie que des économies européenne et américaine engagées sur des chemins tortueux et pleins d'ornières. Pour reprendre une métaphore chinois, Poutine a l'intention de faire avancer le navire Russie au vent chinois", poursuit le magazine, qui évoque toutefois les limites de cette lune de miel : "derrière l'apparence d'un front uni, les relations entre les deux alliés restent assez distantes", écrit l'auteur, citant la contrariété chinoise face aux ventes d'armes russes au Vietnam, et l'impasse prolongée dans les négociations sur le prix du gaz que la Russie doit vendre aux Chinois.

    SE SURVEILLER L'UN L'AUTRE"

    "Il ne faut pas oublier que les Russes et les Chinois se sont mis ensemble dans l'OCS pour se surveiller l'un l'autre", rappelle un diplomate européen en mission à Pékin. "En outre, il y a le jeu avec l'Inde, à laquelle Moscou fournit également des armes : entre les trois existe une dynamique dans laquelle chacun se méfie d'une alliance possible entre les deux autres".

    La Chine est consciente de la nécessité de ne pas se retrouver trop liée aux Russes - notamment sur la question afghane : lors du dernier sommet sino-américain - le Dialogue économique et stratégique qui s'est tenu à Pékin début mai - Américains et Chinois ont ainsi entériné des accords de coopération humanitaire en Afghanistan - une initiative dont l'idée a été lancée l'année précédente à Washington. "La perception qu'on a, par rapport à l'Afghanistan, c'est que les Chinois étaient effectivement très irrités de voir arriver les Américains [au moment de la guerre contre les Talibans]. Mais qu'ils sont aujourd'hui assez inquiets de les voir partir", poursuit le diplomate européen.

    Enfin, la Chine est elle-même contrainte par ses propres contradictions intérieures dans sa politique vers l'Asie centrale : ainsi de la communauté ouïgoure, qui s'est retrouvée de facto excluse de la nouvelle route de la soie dont Pékin fait la promotion dans le grand ouest chinois. Turcophones et musulmans, les Ouigours eurent pourtant dans l'histoire un rôle pivot le long des flux commerciaux vers l'Europe. Soumis à toutes sortes de barrières et discriminations pour commercer et voyager suite au serrage de vis qui a suivi les évènements de juillet 2009, les Ouigours, qui sont près de 10 millions, se sentent marginalisés, alors qu'Urumqi et Kashgar sont transformés à grands coups d'investissements chinois en nouveaux pôle d'échanges pour Chinois du reste de la Chine. Or, dans une période où les revendications ethno-nationalistes du peuple ouigour sont brutalement réprimées, il est peu probable que la région puisse prospérer sans eux...

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