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"Double bonheur" le nouveau roman de Stéphane Fière

Discussion dans 'Culture Chinoise' créé par Equilibrium, 29 Mars 2011.

  1. Equilibrium

    Equilibrium Membre Silver 1 049 posts

    La persistance et la fausseté des fantasmes sont l’un des traits les plus marquants des relations qu’entretient l’Occident avec la Chine.

    Peur et désir, fascination, images imparfaites ou carrément erronées de ce qu’est la culture chinoise : combien d’Occidentaux se seront laissés prendre aux mirages d’un pays qui semblait s’offrir, alors qu’il se contentait de s’ouvrir ?

    Des essayistes se sont penchés sur la question, mais la matière même du fantasme est volatile, difficile à capter. Seul un romancier pouvait entrer vraiment au cœur du problème, imaginer de l’intérieur ce que peut être le vertige d’une illusion comme l’a fait Stéphane Fière dans son roman Double Bonheur.
    Car ce livre éblouissant, n’est pas seulement l’épopée classique d’un Français partant à l’assaut de la Chine, façon Candide découvrant le monde. C’est l’aventure intérieure d’un jeune homme confronté, sans aucun garde-fou, à l’étrangeté _ la sienne et celle des autres.

    Comme l’est aussi celle de ce Double bonheur, qui frappe par la vivacité du ton, la vitalité du style, la façon dont l’auteur mêle le comique et le tragique, et le regard impitoyable qu’il porte sur le monde qu’il décrit. Ou plutôt sur les mondes. Car le récit passe par les yeux d’un jeune narrateur, François Lizeaux, qui navigue entre deux univers : celui des expatriés, Français surtout, et celui des Chinois.

    François Lizeaux, bien sûr, appartient à la première catégorie. Tout frais débarqué de sa province natale, le jeune homme est arrivé à Shanghai pour exercer les fonctions d’interprète au consulat de France. Hélas pour lui, sa candeur et ses illusions seront vite érodées par la manière dont il est exploité, mais surtout par la vilénie des gens qu’il découvre.

    Vulgarité, bassesse, vénalité, presque rien n’est épargné aux personnages de ce consulat imaginaire, pour qui Shanghai n’est qu’une sorte d’île coupée du monde, où peuvent se donner libre cours tous les comportements interdits dans le pays d’origine.

    Parti tout bardé de fantasmes sur la noblesse de son métier, sur la grandeur de la France hors les murs et sur les mystères de la culture chinoise, le jeune homme ne tarde pas à déchanter. Et, fort de son rôle d’interprète, à basculer progressivement, en donnant l’avantage à ses interlocuteurs chinois dans certaines négociations.
    Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? A travers les mensonges de l’interprète, qui déforme les propos des uns et des autres, l’auteur pose implicitement une question qui rejoint les interrogations des Occidentaux vis-à-vis de la Chine. Le personnage lui-même finit par se perdre dans une vie dissolue, où les frontières entre le bien et le mal, le permis et le pas permis, le vrai et le faux, fondent à toute vitesse.
    Derrière la grande drôlerie de certaines situations, derrière une écriture jubilante qui rebondit sans cesse et ne se refuse rien, c’est un véritable décrochage que met en scène Stéphane Fière.

    Celui d’un personnage qui, peu à peu, « sort » de son identité d’origine (un petit bourgeois propre sur lui) pour se dissoudre dans un pays dont les contours lui échappent complètement. Et qui finit même, grâce à son amour pour la belle An-Lili, par se prendre pour un Chinois, passant carrément de l’autre côté du miroir.
    La société chinoise qu’il découvre par l’intermédiaire de ses fréquentations féminines, puis par le biais d’An-Lili ne correspond pas à l’idée qu’il s’était faite du pays. On est très loin, dans le récit que propose Double Bonheur, des clichés sur la Chine éternelle. Corruption, là encore, violence sociale, cupidité, propension à rebattre indéfiniment les cartes du vrai et du faux _ le monde qui surgit dans le roman n’est pas celui du fantasme occidental originel.

    Est-ce à dire que le personnage, débarrassé de ses idées toutes faites, parvient à s’intégrer dans cette société qu’il prétend littéralement « épouser » en se mariant avec An-Lili ? Pas du tout et c’est l’une des grandes subtilités de ce roman tout en jeux de miroirs. Au-delà des aventures qu’il relate (et il en raconte beaucoup), au-delà de son excellente connaissance des milieux français et chinois, le romancier entraîne son lecteur dans un une véritable épopée intérieure.

    Dans un monde globalisé, peut-on sans mal renoncer aux fantasmes qui nous structurent ? Peut-on prendre l’identité de l’autre ? Peut-on perdre ses propres frontières, sans se mettre en grand danger ? Autant dire que les réponses apportées par ce livre ne sont pas forcément celles que l’on attend.
  2. domanlai

    domanlai Membre Silver 405 posts

    Intéressant cette présentation. C'est pas ce que je recherche en lecture actuellement mais c'est un sujet intéressant.

    Et puis je trouve que cette phrase - dans le contexte franco-chinois - pourrait presque faire l'objet d'un post à lui tout seul :
  3. Tres belle analyse :top:

    J'ai fini le livre, qui se lit en un trait. Rempli d'humour et d'anecdotes croustillantes sur les Chinois(e)s et les expatries francais, on sent beaucoup de vecu de la part de l'auteur.

    Cependant celui-ci se montre tres critique envers les Chinois. Sans vouloir devoiler la fin de l'histoire (par ailleurs tres surprenante), la Chine est presentee comme un pays ou le vice est roi et ou tout est faux, mirage, vent. Etonnant de la part d'un ecrivain qui y vit depuis plus de vingt ans :hum:
  4. Equilibrium

    Equilibrium Membre Silver 1 049 posts

    Je pense justement que c'est d'autant plus intéressant d'avoir la vision d'une personne d'expérience, qui après la phase de découverte et d'acclimatation peut enfin transcrire de manière loyale une vision de la Chine actuelle.
    Ah bon, la Chine un mirage moderne ? ;)
  5. L'écrivain critique la Chine à mort, pourtant il y vit depuis plus vingt ans, "parle le mandarin et s'est toujours inséré dans les communautés chinoises et leurs modes de vie".

    C'est ça qui est intriguant! Est-il maso je ne sais pas...:hum:
  6. iria

    iria Membre Bronze 162 posts

    C'est peut etre qu'il est lucide ?

    Merci Equilibrium pour cette petite presentation.

    Je viens de lire cette critique sur ce livre :
    De plus, le personnage de François m'a semblé assez détestable. Naïf et malléable, son amour pour An Lili et son envie de pénétrer et comprendre la vie chinoise le pousse à accepter toutes les compromissions. Voir ce jeune homme frais et enthousiaste, se transformer en arriviste qui courre après l'argent m'a déçue.
    (http://legrenierdechoco.over-blog.c...ne-fiere-67638925-comments.html#anchorComment)

    Ca calme un peu quand meme.
    Voila un "heros" auquel je vais avoir bien du mal a m'identifier.
    Si c'est pour lire un livre ou tout me donne envie de gerber (meme et surtout le personnage principal), merci mais je vais passer mon chemin. J'ai deja suffisamment mon compte en ouvrant les yeux chaque jour. Je pense que ce livre s'adresse surtout a ceux qui vivent en France et ne connaissent pas la Chine. Les expats soient penseront totalement differements, soit auront une overdose de lire des trucs qu'ils connaissent deja.

    Si des lecteurs peuvent nous donner leurs avis...
    Dernière édition: 17 Avril 2011
  7. Pas du tout, il ne faut pas commenter un livre sans l'avoir lu. Ce livre ne s'adresse pas forcément qu'à ceux qui ne connaissent rien de la Chine.
    Je suis depuis 2 ans en Chine, j'ai lu pas mal de livres sur la Chine et pourtant celui-ci m'a bien plu.

    Le narrateur est très critique envers les expatriés français de Shanghai, les Laowais en général et les Chinoises. C'est très intéressant et c'est rare de voir ça écrit dans un bouquin, en tout cas je n'avais jamais lu un tel point de vue auparavant. De plus l'humour est omniprésent.

    Il y a certes beaucoup de clichés mais c'est une oeuvre originale et j'applaudis anim_bravo
  8. vivachine

    vivachine Nouveau Membre 1 posts

    Double bonheur --红双喜. haha...le nom d‘une cigarette en Chine .[TABLE="width: 72"]
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