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Chine : "Il n'y a pas pas d'autre solution qu'un Etat de droit "

Discussion dans 'Informations Chine' créé par Orang Malang, 12 Mai 2012.

  1. Orang Malang

    Orang Malang Alpha & Oméga Membre de l'équipe Modérateur

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    常熟,江苏
    Le Monde.fr | 12.05.2012

    Michel Bonnin est un sinologue français basé à Pékin et auteur de Génération perdue (Editions de l'EHESS, 2004), un ouvrage sur les jeunes instruits envoyés dans les campagnes sous Mao, pendant la Révolution culturelle (1966-1976).

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    Quelles réflexions vous inspire l'affaire Chen Guangcheng ?

    Le premier accord obtenu était très encourageant : on avait un des phares de la défense des droits, qui, ayant obtenu refuge à l'intérieur d'une ambassade étrangère, en sortait sans être mis en prison. Il obtenait ainsi le droit d'être protégé contre les exactions des autorités locales et de faire des études dans une autre ville. C'était vraiment quelque chose d'historique.

    Malheureusement, la solution qui apparemment va être suivie n'a pas du tout ce caractère historique. On retombe dans un schéma traditionnel, où finalement les dissidents sont "soit dedans soit dehors" - dedans voulant dire en prison, dehors voulant dire à l'étranger, selon une expression chinoise.

    Or, avec le recul, depuis notamment Tiananmen, on sait très bien que les dissidents perdent à l'étranger pratiquement toute signification politique. Alors que Chen Guangcheng, lui, a une aura, non seulement à l'étranger mais aussi en Chine. C'est important. Il y a eu tout un mouvement autour de lui, il est un phare du combat pour la défense des droits. Si après un certain temps de repos aux Etats-Unis, il peut rentrer en Chine, peut-être ça en vaut la peine. Mais il n'y a absolument aucune garantie ! D'autant plus qu'il va être soumis à toutes sortes de pressions aux Etats-Unis pour faire des déclarations dénonçant les autorités chinoises.

    Donc, on revient dans un schéma qui est celui des vingt dernières années où finalement le départ des dissidents à l'étranger est un grand soulagement pour les autorités chinoises.

    Comment sont intervenues les luttes de pouvoir liées au 18[SUP]e[/SUP] Congrès du Parti communiste dans l'affaire Bo Xilai ?

    Ce que je dis depuis longtemps, c'est qu'il faut comprendre que le 18[SUP]e[/SUP] Congrès ne peut pas se dérouler aussi facilement que les deux précédents, parce qu'il y a un problème de décision en dernier recours et qu'il n'y a plus de figure tutélaire, comme l'ont été Mao et Deng Xiaoping. Hu Jintao avait été désigné par Deng Xiaoping, donc il n'y avait pas de vrai problème là-dessus.

    On est désormais dans une situation où ça devient plus collégial. Certes, on peut penser que le consensus a été atteint dès le précédent congrès [en 2007] sur les deux personnes amenées à diriger le pays, qui sont deux parmi les neuf, Xi Jinping comme président et Li Keqiang comme premier ministre. Ce consensus a tenu et tiendra.

    Mais il reste le problème de tous les autres membres du comité permanent du bureau politique [9 personnes] et du bureau politique [25 personnes]. Là, c'est plus contesté. C'est l'arrière plan, à mon avis, de l'affaire Bo Xilai : celui-ci s'est mis en avant d'une façon très spectaculaire à Chongqing, parce qu'il n'était pas prévu dans le prochain comité permanent, et qu'il a voulu faire le forcing. C'est ce qui a conduit à cette instabilité et finalement, son échec.

    En quoi l'affaire Bo Xilai est-elle révélatrice d'une crise de gouvernance en Chine ?

    D'abord, on constate que Bo Xilai a cherché à résoudre un problème de droit, la corruption des cadres, par des méthodes qui sont à l'opposé du droit, traditionnelles du régime maoïste. On touche du doigt le problème de la Chine actuelle qui est celui des méthodes utilisées et du refus de la séparation des pouvoirs, du refus de l'établissement d'un Etat de droit, c'est fondamental, c'est la question qui est posée aujourd'hui. C'est celle que pose le premier ministre Wen Jiabao. Il ne donne pas de détails, mais il est évident que la réforme politique consiste à changer le système de gouvernance et qu'il n'y a pas d'autres solutions que l'établissement d'un Etat de droit.

    Malgré tout, officiellement, il y a un refus de cette avancée. La question s'est posée avec Bo Xilai sur le problème de la lutte contre la corruption à Chongqing, mais c'est aussi une question qui surgit partout, notamment dans le rapport entre le centre et les régions. Les administrations locales ont un pouvoir étendu et global, il n'y a pas de séparation de pouvoirs au niveau local, mais il y a aussi une chaîne de commande verticale, où chaque administration est aussi dépendante des autorités supérieures. C'est un problème qui existe dans tous les pays.

    Mais dans tous les pays, quand il y a des conflits, quand il y a des problèmes, la seule solution, c'est le droit. Le droit est la seule chose qui unit vraiment toute l'administration. S'il n'y pas un droit qui est supérieur à l'exécutif, l'administration est sans cesse prise dans des contradictions entre le pouvoir central et le pouvoir local.

    Dans les affaires Bo Xilai et Chen Guangcheng, on a vu que le centre ne peut pas toujours tout contrôler au niveau local. Il y a forcément une certaine perte de contrôle. Mais quand il le veut, il reprend la main - pas de façon systématique, mais sur des cas particuliers. L'ambiguïté, c'est qu'à chaque fois qu'il y a un problème, les autorités centrales doivent se demander si cela vaut la peine ou pas d'intervenir. Elles ne peuvent pas non plus s'aliéner toutes les autorités locales.

    Ce qui est critique aussi, c'est que Wang Lijun et Chen Guangcheng ont tous deux demandé refuge aux autorités américaines...

    Dans un système où il n'y a pas d'Etat de droit, les gens qui se considèrent victimes d'injustices n'ont pas d'autres solutions que le système des pétitions. Chen Guangcheng est un plaignant. C'est quelqu'un qui s'échappe des mains des autorités locales pour chercher le soutien des autorités centrales. Dans les deux affaires finalement, aussi bien Wang Lijun [l'ancien chef de la police à Chonqing et bras droit de Bo Xilai] que Chen Guangcheng ont fait appel au pouvoir central en passant par le territoire diplomatique américain ! C'est vraiment fou et c'est assez ironique.

    A long terme, ce n'est pas tenable, dans la mesure où la société est de plus en plus sophistiquée. Et aussi dans la mesure où l'information passe de plus en plus par Internet.

    Si dans l'affaire Wang Lijun, les photos de voitures de police autour du consulat américain de Chengdu n'étaient pas sorties sur l'Internet, peut-être que toute l'affaire aurait été étouffée et que Wang Lijun aurait disparu.

    L'affaire Bo Xilai a levé un coin du voile sur les liens entre la politique et l'argent en Chine... J'ai un ami qui est un universitaire et s'est lancé dans la politique. Il a effectué un stage d'un an à Chongqing avant Bo Xilai et des hommes d'affaires lui avaient demandé quel poste il voulait obtenir. Ils allaient lui acheter le poste en attendant un renvoi d'ascenseur plus tard.

    C'est quelque chose qui maintenant est une pratique. Des gens qui ont des intérêts aident un jeune cadre à obtenir un poste important en l'achetant. Tout, aujourd'hui, fait entrer en compte l'argent en Chine, et l'affaire Bo Xilai met le doigt sur ça. C'est ce qui la distingue de l'affaire Lin Biao [l'ancien successeur désigné de Mao disparu dans un mystérieux accident d'avion en 1971], toutes les affaires politiques sont désormais aussi des affaires d'argent en Chine.


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