LE MONDE du 29 décembre 2011
Ni Yulan et son mari Dong Jiqin (tous deux au milieu), en mai 2010 à Pékin.AFP/ROBERT J. SAIGET
Le procès de la militante chinoise des droits de l'homme Ni Yulan et de son époux, Dong Jiqin, s'est tenu jeudi 28 décembre à Pékin, moins d'une semaine après la condamnation à de lourdes peines de prison de deux autres défenseurs des libertés individuelles. Le procès, ouvert en matinée s'est terminé en début d'après-midi. La sentence sera annoncée à une date non précisée.
Un porte-parole du tribunal a indiqué que Mme Ni et M. Dong avaient été accusés de "provoquer des troubles", de "détruire des biens publics et privés" et"d'abuser d'autres personnes de manière répétée avec des circonstances aggravantes". "Ni Yulan a également été accusée de fraude et de fabrication de faits", a-t-il poursuivi.
Ni Yulan – qui se déplace en fauteuil roulant – et Dong avaient été arrêtés en avril alors que des dizaines de militants voyaient leurs libertés restreintes ou supprimées par des autorités, inquiètes des risques de propagation de la révolte du printemps arabe.
>> Lire l'entretien "Pékin est nerveux face aux révoltes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient"
CONTRE LES EXPROPRIATIONS
Mme Ni et M. Dong ont apporté une assistance légale à de nombreuses familles victimes d'expropriations. Ils avaient entamé leur bras de fer avec les autorités en 2001, après que leur maison de Pékin eut été vouée à la démolition.
L'ONG Amnesty International a appelé les autorités à relâcher le couple. Selon l'organisation de défense des droits de l'homme, Ni Yulan a eu les rotules et les pieds cassés lors de sa détention en 2002, ce qui explique qu'elle en soit réduite à se déplacer depuis en fauteuil roulant.
Mme Ni, qui a une formation d'avocate, avait été condamnée à un an de prison en 2002 pour "obstruction d'affaires officielles" puis à deux ans en 2008 pour "dommages à des biens publics" – alors qu'elle tentait de protéger sa maison de la démolition. Elle a été rayée du barreau en 2002 et le couple assure n'avoir pas reçu de compensation pour la destruction de sa demeure.
TROISIÈME PROCÈS EN UNE SEMAINE
Le gouvernement – qui semble profiter des fêtes de fin d'année pour réprimer la dissidence sans attirer l'attention des Occidentaux – en est à son troisième procès de militants des droits de l'homme en une semaine.
Le 23 décembre, c'est l'écrivain Chen Wei qui a été condamné à neuf ans de prison pour "incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat" après une audience express, au terme de laquelle l'homme s'est exclamé : "Je suis innocent, la démocratie vaincra et ce sera la fin des dictateurs".
Le 26 décembre, c'est un autre dissident renommé, Chen Xi, qui avait participé au mouvement démocratique de Tiananmen en 1989, qui a été condamné à dix ans de prison pour subversion. Là aussi, 2 heures 30 ont suffi à juger ce vétéran de la dissidence, également pour "incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat", en raison de 36 écrits fustigeant l'Etat-parti.
Ils ont de la chance ils sont encore vivants...
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